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Tharin pointe son nez

denosenchanteurs
30 juin 2014
dans Lancer de disque
6

0888608864138_600Rebelle et suisse ? C’est possible. On sait depuis longtemps la chanson indocile des Michel Bühler, Sarcloret, Bel Hubert, Thierry Romanens et quelques autres du même et enivrant tonneau. D’autres ont fait leur trou dans le même gruyère : Fabian Tharin semble être du lot, qui arrive à nos oreilles avec l’insigne récompense d’un récent Coup de cœur de l’Académie du disque Charles-Cros, ce qui n’est pas rien. Un Tharin qui, en 2009, avait signé l’essentiel des textes de l’album Je m’appelle Romanens du Thierry ainsi nommé.

« Changer le monde m’aurait plus, mais j’ai le rhume des foins / Alors j’écris dans l’eau, de ma plus belle écriture / Des chansons pour ton cul, et un peu pour le mien. » L’yverdonnais Fabian Tharin chante le quotidien, qu’il traite par des focales sans détour, incongrues, apparemment sans délicatesse mais avec une infinie tendresse. Tournures de phrases et tournures d’esprit y font enivrant tourbillon, au sein duquel se mêle la voix d’« authentiques rebelles » du cru en guise de témoignages. On peut prendre Fabian Tharin comme une claque, raisonnable choc dans la chanson romando-helvétique, encore une bonne surprise venue du pays des banques. La séduction est réelle qui pourrait transformer certains en addict.

Mais, quitte à retrancher un peu de plaisir (le mien, le vôtre peut-être), j’avoue ma gène. Le hic se nomme Dorémus. Le timbre, la diction (scandée d’un résiduel et léger hip-hop), l’écriture, la façon d’envisager la chanson (au moins sur ce disque, je ne connais pas les précédents) de Fabian Tharin renvoie immanquablement à Benoit Dorémus, avec un habillage un chouia plus pop-rock, encore que.

Vu l’estime dans laquelle je tiens Dorémus, la comparaison est flatteuse. Mais, à ce point, gênante, embarrassante. Quitte à me faire incendier en commentaires de cet article (Sarclo n’est jamais loin), en écoutant Tharin j’ai l’impression de découvrir un nouvel (et excellent !) album de Benoit Dorémus. Si je cite Dorémus, c’est que la parenté est troublante. Même dans l’inspiration, dis-je : Tharin chante « Il faut écrire avec les pieds / Il faut écrire sans les mains / Si on veut qu’elles fonctionnent encore / Les chansons qu’on a écrites cent fois. » ; Dorémus l’avait précédé : « Rapport à comment j’écris / Rapport à comment je chante (…) / Mon style, pour pas qu’on me le fauche / J’écris faux, je chante de la main gauche ! » L’un chante de la main gauche, l’autre écrit avec ses pieds. Le reste est à l’avenant, comme deux frères utérins. Tous deux apportent un souffle, une respiration autre à la chanson. Un pas grand’chose, certes, mais qui fait la différence et les signale tous deux pareillement.

Malgré ma réserve, je ne saurais que vous recommander l’écoute (et l’adoption) de ce suisse. Tant de disques insipides nous arrivent sur les platines qu’il serait imbécile de louper celui-là.

 

Fabian Tharin, Swiss rebel, Disques office 2014. Le site de Fabian Tharin, c’est ici.

 

Tags : Benoît DorémusFabian TharinNouvelles
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Commentaires 6

  1. Danièle Sala says:
    il y a 12 ans

    On sait déjà que Suisse rebelle n’est plus un oxymore depuis Bühler et Bel Hubert. Tharin est dans la lignée. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser à Dorémus en écoutant Tharin mais qu’importe. « L’un chante de la main gauche, l’autre écrit avec ses pieds », je les écoute tous les deux avec le coeur et sans réserve.

    Reply
  2. Claude Fèvre/ Festiv'Art says:
    il y a 12 ans

    Quand on s’affiche « artiste » et quel que soit notre domaine d’expression, de prédilection, on est toujours, fils, frère de… On appartient à une famille, on ne naît pas de rien, plus encore ici qu’ailleurs.
    D’ailleurs il fut un temps où cette question ne se posait pas, où l’imitation, la filiation étaient soulignées… Bien sûr, il s’agit d’un temps très éloigné mais qui laisse à notre Histoire de grands, très grands auteurs dont nul ne s’autoriserait à contester la place. Dans une période appelée Renaissance (pour illustration) on s’évertuait à imiter les Anciens (grecs et latins) et c’était là source de grandeur !
    Alors que Tharin ait ou non emprunté à Doremus ne change rien l’intérêt d’aller le découvrir.

    Reply
  3. denis says:
    il y a 12 ans

    Juste un mot pour dire que le titre de cet article est honteux 🙂

    Reply
    • Michel Kemper says:
      il y a 12 ans

      Oui, il est naze ! 😉

      Reply
  4. Norbert Gabriel says:
    il y a 12 ans

    C’est un titre au pif … Mais je vais y mettre le mien dedans, et un peu les oreilles aussi …

    Reply
  5. Mélanie Depuiset says:
    il y a 12 ans

    …heu?! ça ressemble à du Dorémus? mon cher, si ces deux là ont en commun un phrasé frisant le hip hop c’est peut-être juste générationnel et c’est peut-être que leurs influences sont faites de ce qu’ils sont et de là d’où ils viennent. Ils ont grandi avec le rap et le hip hop (entre autre) et ceci explique cela il me semble. Gaffe à pas vous ghettoïser! Faudrait quand même pas que la chanson de qualité reste l’apanage du piano voix, de la grosse voix ou de la casquette gavroche!
    Heureusement que certains mêlent les vents nouveaux et les profondes racines!
    Et que dire de Loic Lantoine et de son « parlé chanté » dans ce cas? La demoiselle inconnue tambien? Ils auraient tout piqué à Grand Corps Malade? Allons allons, il faut faire attention à ce que vous dites.

    (pis Tharin et Doremus sont arrivés grosso modo en même temps sur la « scène chanson », Dorémus a pas devancé Tharin, ni inversement, donc rien de louche là dedans)

    Reply

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