
8 juillet 2017, La Chansonnade à Pourchères (Ardèche),
« Les dieux sont panacée de frustrés de cocus / Qui fomentent des lois pas plus haut que leur cul… » D’abord des montagnes – que c’est beau en fond de scène – d’avertisse- ments, de prévenances, de délicatesses. Avec distinction et raffinement. Tel est Joyet, artiste aux cheveux blancs bouclés, intermittent à permanente, qui plus est insoumis sans cravate au grand dam de députés dépités. Lettré et courtois de surcroît. A peine en scène que, déjà, il taille ses mots, maille à l’endroit maille à l’envers, comme l’araignée fait sa toile. Lui aussi tisse et lisse.
Bernard Joyet est artiste. Et tout autant journaliste, chroniqueur. Ses chansons valent éditoriaux. Dedans ses vers, souvent sévères, il y a l’humain. Et si ses mots sont divins, n’y voyez là rien d’extra-terrestre.
Suffit qu’il trouve une bible dans une chambre d’hôtel (c’est courant, c’est coran aussi), il l’analyse en fin critique littéraire et en fait exposé, explosé : « L’œuvre à certains égards coté rocambolesque / Fait penser à Tintin l’immortel vadrouilleur / Et pour venir à bout d’un travail titanesque / Comme chez Sulitzer l’auteur était plusieurs… »
Ses mots s’accouplent au silence dont il fait singulière résonance : « C’est l’ivresse de la patience / Le silence. » Rien ne saurait troubler le bel ordonnancement de ce spectacle, ni les mots, parfois trempés dans le curare (mieux vaut ça qu’un derrière ordinaire), qui toujours touchent leur cible, je n’ose dire la pénètrent. Rien… si ce n’est le ciel, juste après la chanson Y’a plus d’saison (« Il faut, en toute lunaison / S’aimer à perdre la saison… »), sans doute par de tels propos contrarié, ou pire vexé. Les burettes en temps normal pleines d’enivrant vin de messe se gonflent d’eau… Va-t-on s’aider ou céder ? Hésitations, les techniciens vont et viennent, à la hâte et à la bâche. Les nuages osent puis renoncent : « Vous m’avez beaucoup plu ». Joyet-Dieu : 1-0 ! Joyet est riche et Dieu sans talent ni kopeck.
Joyet est un type précieux et rare (on aimerait qu’il le soit moins), un luxe pourtant à portée de bourses. Un qui donne à toute salle, à tout festival, une once de plus-value. On en sort toujours plus intelligent qu’avant. Bien plus qu’une dérisoire tentative d’orage à L’heure du leurre, ses mots sont tornade qui nous emportent. Ils sont couteaux qui souvent tranchent le débat.
L’artiste est aussi coutumier du bon mot (comme sur le poil : « on efface et on épile ») que de la tendresse : on vient chercher les deux en allant le voir. Ça et quelques titres plus fameux encore que d’autres, comme On n’sera jamais vieux, ce qui pour le public de chanson française de qualité est plutôt rassurant.
S’il fut un temps, longtemps, où il fit fifti-fifti avec Miravette, la belle, la traîtresse, a quitté son lit étroit pour faire fleuve ailleurs. Joyet a dû piquer à Rémo Gary Clélia Bressat-Blum. Y gagne-t-il, y perd-t-il au change que ce n’est pas là grand souci : Clélia est précieuse et douée, qui renouvelle l’offre et s’offre, en un écrin pas tout à fait pareil, aux chansons de notre gérontophile autodidacte. Et, telle une muse, chante en duo avec son nouvel et facétieux comparse : « Au clair de la plume / Que l’encre s’allume / Sur le parchemin / Et sème des miettes / Pour que le poète / Trouve son chemin ».
Beau tandem, en vérité, que celui-ci. Etonnez-vous de son triomphe, de ces gens debout à les ovationner en fin de récital… Joyet, le savez-vous, est un grand bonhomme de son art. Rémo Gary, Philippe Forcioli, France Léa, Bernard Joyet : cette Chansonnade fut celle des titans.
Le site de Bernard Joyet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.










![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)

