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Puyalto ou tard

dePatrick Engel
1 octobre 2020
dans En scène, L'Équipe, Patrick Engel
0
François Puyalto (photo E.Jacobson-Roques)
François Puyalto (photo E.Jacobson-Roques)

28 septembre 2020, Théâtre Lepic, Paris 18e,

 

« La Butte Rouge, c’est son nom, l’baptême fit un matin / où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin… » C’est pourtant d’un pas alerte que se fit ce soir-là l’ascension de la Butte Montmartre, point culminant officiel de la capitale (les habitants de Belleville connaissent, eux, la vraie vérité vraie, mais chuuut !), tant le rendez-vous était d’importance… Pensez ! Un des vrais premiers concerts dans une vraie salle, avec en scène, tout frétillant de retrouver les projecteurs, l’immarcescible François Puyalto en chair et en notes. Alors, certes, même si les escaliers de la Butte sont durs aux miséreux, les ailes des moulins protègent les amoureux, et c’est précisément à deux pas du moulin de la Galette que nous menaient dès lors nos pas de flâneurs en altitude.

Mais avant cela, crise sanitaire oblige, comment ne pas prendre le temps de profiter d’un Montmartre inattendu, totalement déserté des hordes habituelles de touristes braillards et moutonniers… Comment aussi ne pas s’oublier et se perdre au passage dans ce Montmartre de la chanson, nos pas nous menant du Lapin Agile à la thébaïde néo-gothique de Dalida, de la mystérieuse allée des Brouillards chère à Nougaro à la galerie d’art occupant l’ancien emplacement du cabaret de Patachou, qui comme le rappelle fort opportunément une plaque de marbre vit tout de même défiler Brassens, Béart, Aufray, Brel, Ferré, Nougaro (mais aussi Sinatra, Dean Martin ou Sammy Davis Jr), et accueilli Edith Piaf pour sa toute dernière représentation en public. Magie de la nuit qui tombe et des lampadaires s’illuminant doucement pour créer une ambiance vespérale à la Mac Orlan, ces chansons nous emmènent au fil des petites rues luisantes de pluie éteinte comme dans un décor de film d’Alexandre Trauner, baignées de pétrichor entêtant et de nostalgie automnale. Bref, je vous connais, Enlectrices, Enlecteurs, je vais finir par vous perdre dans les méandres de mes phrases et de ces rues, il est plus que temps de saluer le Passe-Muraille de Marcel Aymé, immortalisé en bronze par Jean Marais, et d’arriver, enfin, au Théâtre Lepic, ex Ciné 13 Théâtre abritant précédemment les avant-premières de Claude Lelouch. Tiens, puisque je vous sais friands d’anecdotes, une petite digression encore pour préciser que c’est ici même qu’eu lieu en 2009 le record du monde du plus long concert, 27 heures 3 minutes et 44 secondes, excusez du peu, par le fantasque pianiste canadien Chilly Gonzales.

Et le concert du soir, me direz-vous ? C’est mon papier, je fais ce que je veux, vous répondrais-je !  Rassurez-vous, nous y voilà…

(photo Bapou Shoo)
(photo Bapou Shoo)

Une fois descendu dans les arcanes de velours et de métal de ce très beau cocon Arts Déco, il y a du monde et du beau monde dans la salle, visiblement heureux malgré les contraintes sanitaires (et la déclivité des rues environnantes…) de retrouver toute la magie du spectacle vivant, ainsi que les collègues de bureau scène. Avant le lever de rideau, l’atmosphère est tout de même des plus étranges, avec ces spectateurs espacés d’un fauteuil rouge et ces masques montrant tout ce qu’ils cachent. Étonnamment, tout le monde joue plutôt le jeu, y compris dans la pénombre du spectacle, à l’exception de quelques rebelles de pacotille ayant semble-t-il en tête de se singulariser à peu de frais… Bref. Toujours est-il que le sieur Puyalto s’est visiblement fait grand plaisir ce soir avec deux invités de marque, le belge Ivan Tirtiaux et le montreuillois Sanséverino.  Un Puyalto en pleine forme que nous découvrons rajeuni et rasé de près, comme sorti à peine de sa séance photo pour le nouveau numéro de la très belle revue Hexagone à laquelle vous courrez vous abonner à la fin de cet article (message totalement subliminal, vos paupières sont lourdes, lourdes…). De bien belles retrouvailles très touchantes, pour nous comme pour lui, qui nous dit et nous redit tout le plaisir de retrouver enfin la scène et le public, après les pénibles annulations que l’on sait.

À ses côtés sur les planches, un chœur lumineux de luxe, composé entre autres de Robi, Maissiat, Maud Lübeck, Carole Masseport et Skye  sous la houlette émérite de Katel, chœur sublimant les titres entre envolées atmosphériques et strates sonores tourbillonnantes, comme sur le très beau Faiseuse d’anges… Malmenant sa fidèle basse électrique tel un boxeur les cordes du ring, Puyalto nous embarque sans coup férir dans son univers lunaire et lumineux, comme lorsqu’il fait se rencontrer au sommet les Premiers symptômes de Gainsbourg et les Scènes de manager de Bashung… Même principe que sur l’album « 44 », il alterne compositions personnelles (Aaah, le superbe Aller jouer dehors…) et reprises-hommages à la sauce Puyalto (Mmm, Higelin et Sa dernière cigarette, miam Barbara et Dis, quand reviendras-tu ?).  De son côté, Sanséverino nous offre quant à lui une version taillée à l’os de son titre Le dormeur du val vivant, ainsi qu’une vivante reprise de Tranche de vie de François Béranger, tandis qu’Ivan Tirtiaux délivre une très belle adaptation de Chico Buarque. Enfin, en offrande timide et généreuse, Puyalto, ému comme un gamin, nous gratifiera même d’une nouvelle chanson toute fraiche jamais chanté en public. Et c’est si touchant d’avoir la chance d’assister à une naissance en scène, en l’occurrence le très beau titre Rue de Belleville, traitant du temps qui passe…

Est-il permis, en cette période troublée, d’entendre « rude belle ville » dans ces propos..?

Mais demain, espérons-le, sera un autre jour…

 

Le site de François Puyalto, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

« Faiseuses d’anges » (concert ACP nov 2019) : 

« Dis, quand reviendras-tu ? » :

Tags : François PuyaltoIvan TirtiauxNouvellesSanseverino
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