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Off Avignon 2017. Jean Guidoni, hier, demain

deCatherine Laugier
7 août 2017
dans Catherine Laugier, En scène, Festivals, L'Équipe
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Jean Guidoni (photo Cathy Lohé)
Jean Guidoni (photos Cathy Lohé)

24 juillet 2017, Espace Roseau à Avignon,

 

Après avoir dû céder la place à l’actualité des festivals de Barjac et de Boucieu-le-Roi, nous voici de retour à Avignon pour les spectacles vus la dernière semaine du festival. A tout seigneur tout honneur, Jean Guidoni est une légende à qui seul le concert peut rendre justice.

Entrée a cappella sur  Mort à Venise, incontournable de plus de trente ans. Ballade tragique mais douce « amoureusement cruel[le] » qui est déjà tout Guidoni en ses légendes urbaines. Le texte de Guidoni « A ton front le battement / D’un vol d’amour effréné / D’un vol d’amour suicidé / A l’heure du petit déjeuner» fait écho à la mélodie de Pascal Auriat aussi familière à nos oreilles que la musique de Mahler du film éponyme. La salle se suspend aux notes de piano égrenées par Julien Lallier qui épousent la voix de Jean Guidoni.

Julien remplace en concert Didier Pascalis qui a composé et enregistré l’album. C’est un pianiste et compositeur aussi bien de concert que de jazz qui donne belle couleur au spectacle. « Bienvenue dans mes légendes urbaines ». Celui qui marche dans les villes (repris en toute fin avant le dernier rappel sur La patience du diable, qui rappelle par moment étonnamment Aznavour) nous y accueille dans sa maison morte : « Et parmi vos visages je cherche encore le sien / Ma vie est un naufrage mais je n’y peux plus rien ».

Sa vie est « Une valse qui semblait m’inviter à danser » et fait tourner pas bien rond « Ce manège enragé », ce Grand-Huit qui nous donne le vertige sans jamais vouloir s’arrêter. Le piano très jazz, si présent et si discret à la fois, dramatise à souhait « la trace du couteau sur la peau… et ton orgueil blessé ».

19875486_10213470537459620_8451321747523654697_nLe jeu de scène de Guidoni, épuré, en intériorité intense et expressive, ne surprendra pas ceux qui l’ont vu interpréter Djemila à l’Olympia dans les années quatre vingt. Qu’il nous redonnera en milieu de concert, sur des notes de piano arabo-andalouses. Attendue, espérée, LA chanson d’amour. Amour bafoué, reine de Saba tombée de son trône certes. Mais  femme libre, fatale, déesse, même rattrapée par les sirènes de la jet-set. Ses sœurs, ses filles peut-être sont cortège de femmes soumises, oubliées, niées. Les temps ont changé.  « Où allez vous, Nora, Nabila, Djemila, Fatima, Aïma, Nassima, Fatïa, Izïa,… » c’est appel au réveil des femmes endormies, d’Irak, de Syrie, de Kaboul, sous le soleil liquide…

Avec la maturité Guidoni a gagné en épaisseur, perdu un peu de son côté sulfureux (pourtant le Tu ne te reconnais plus ! de La note bleue reste très cabaret) . On  y trouve cette  tendresse cachée sous le message sombre, une lassitude, une vision désabusée, et la complicité avec son public. Sa danse, à contre-temps dans les salles d’attente, dans les hôpitaux, sur le marbre des tombes, est celle de chaussons rouges qui font tournoyer sans fin les pieds qu’ils emprisonnent, désespérés sur un fil dérisoire. Et nous comptons ses pas avec lui, suspendus à son ombre qui se balance. Mesurons sa désillusion d’un monde Fatigant, encore répétée dans ce Demain c’était hier : « En arrière appuyé (…) je ne suis que fumée, je ne suis que poussière ». On est plus proche du style des années 80 que de la poésie musicale de l’album Trapèze, ou même de La Pointe Rouge dont la plupart des textes sont de lui. Et d’ailleurs ses chansons des débuts s’y insèrent remarquablement.

La voix de Guidoni s’élève comme il y a quarante ans, avec tout son éclat, mais plus grave, moins douce, encore plus désespérée  pour ce Y a un climat co-écrit avec Maurice Fanon, « Y’a des jours j’me dis / Y’a un climat y’a pas à dire / Y’a des jours d’avaries / A s’faire sauter la pompe à vie », sur les dramatiques cordes pincées de la contrebasse de Philippe Drevet. Et quand s’intensifient les notes du piano, on voudrait aussi lui écrire des lettres de tendresse, pour qu’il s’élève au-dessus de cette atmosphère de fin du monde.
 
Seule respiration dans ces sombres errances, le monde idéal de Dorothy. Ne rêvons pas, il s’agit d’humour noir. Quand il nous dit détester la chaleur, les vacances, les familles, les femmes comme les hommes, la politique, les arts, les chanteurs…on n’est pas loin de penser à Je hais les gosses de Leprest.

Et au milieu arrive les mots du dit Leprest, d’abord d’une voix blanche « J’ai peur » sur ces trois notes de piano répétées à l’infini, avant qu’elles ne montent avec la voix, partent en impro jazz, avec des pizzicati de contrebasse, des pauses et des envolées. Encore supérieur aux enregistrements déjà entendus, magistral, presque plus Leprest que Leprest. « J’ai peur de tout ce que je serre / Inutilement dans mes bras / Face à l’horloge nécessaire / Du temps qui me les reprendra ».

 

Le site de Jean Guidoni, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. Suite au succès de cette tournée un concert exceptionnel sera donné le 20 novembre 2017 à 20h à La Cigale à Paris.

Concert à l’Européen extraits

Tags : Jean GuidoniNouvellesOff Avignon 2017
Catherine Laugier

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Commentaires 1

  1. mas says:
    il y a 9 ans

    Guidoni jean, un guide spirituel ! Dans le début des années 80, je débarquai à Paname, de ma province, je dormais avec lui toutes mes nuits, l’oreille collée à mon magnétophone, en écoutant « crime passionnel », Olympia 83, le rouge et le rose, j’avais été le voir à la fête de l’huma où il s’ était fait hué avant Nina Hagen devant un public qui n’avait rien compris ( pas tous, je suppose ), j’étais devant les barrières de sécurité pressé par la foule ! j’ai du faire appel au service d’ordre qui m’ont fait une haie d’honneur pour quitter la place, je n’étais venu que pour lui, m’en foutant pas mal de la chanteuse allemande ! Bref des souvenirs inoubliables ! Depuis je ne l’ai pas quitté et… je m’aperçois que je recommence ! Merci pour ce très bel article ! Je pense réserver pour novembre, Salutations
    Patrick Mas

    Reply

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