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Amélie-les-crayons : à nouveau frôler la perfection

denosenchanteurs
26 juin 2017
dans Lancer de disque
2

amelie mille pontsAmélie-les-crayons est décidemment à part dans la chanson, à contre-courant de tout ce qui se fait. À elle seule elle y fait niche. Et singulière et agréable marge. Il y a en elle la résurgence d’une chanson traditionnelle (ça crève l’écran ne serait-ce qu’à l’écoute du Vent dans les éoliennes ou de ce Mille ponts, très « yacoubien » dans le sujet, l’écriture et l’interprétation). Pas tout à fait bien sûr, car pas polie par la transmission, encore que (c’est un de ses thèmes de prédilection), mais qui en a souvent la sagesse, l’inspiration et, au final, l’élégante et superbe patine.

Amélie est légèreté, non dans le propos, certes non (il y a souvent beaucoup de gravité dans ses vers), mais dans la façon de l’exposer. Sa voix est presque danse, les mots font chorégraphie, comme le feraient des farfadets, des étoiles dans le ciel ou ces agroglyphes qui redessinent les épis rebelles « pendant qu’on s’effeuille aux champs ». « L’amour et le courage parfois ne suffisent pas / Alors je danse aux cieux aux esprits et à la force / Alors je fais des vœux je chante de toutes mes forces ». Ne chante-t-elle pas « Je suis avec vous / Au bal des vivants / Et je suis avec vous / Dans un tableau géant / Un manège envoûtant… » ? Ce qu’Amélie chante c’est presque film d’animation au trait d’une fausse naïveté et à la palette sensible (un peu comme ce trait de Samuel Ribeyron, qui toujours illustre les pochettes et livrets d’Amélie), où tournoient les émotions, les beautés et les indignations de ce monde.

Il y a en cet album (le quatrième en studio) une énergie qu’on lui connaissait, certes, mais pas à ce point. Ça percussionne et ça rythme à tout va : ce sont les rythmes qui donnent vie aux chansons, non une suite d’accords ou une harmonie comme il en va habituellement. Tout claque, tout cingle, fait son et sens. Car derrière le son s’érigent ou se décodent ceux qui sont et restent les fondamentaux d’Amélie (liens, filiations – on y retrouve sa mère en un superbe et ultime secret –, solidarité, entraide, espoir, environnement…) traités avec la touche d’intemporalité qui accentue plus encore l’impression de chansons tirées de la tradition. « Ce lien qui relie mon cœur à votre âme / Est indestructible madame ! »

Saluons (nous ne le faisons pas souvent mais, là, c’est rarement aussi évident) le bel équipage musical de ce disque : les fidèles Olivier Longre et Bruz, Quentin Allemand (percussions), Olivier Kikteff (guitare) Guillaume Faure (banjo), Sébastien Quencez (ukulélé), Guillaume Clary (flûte et bohran).

C’est un disque qu’il vous faut avoir, non sagement rangé sur votre étagère à disques mais toujours à proximité de votre platine, au nom de l’élémentaire et indispensable droit au bonheur.

 

Amélie-les-crayons, Mille ponts, Néômme/L’Autre distribution 2017. Le site d’Amélie-les-crayons, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

Tags : Amélie-les-CrayonsNouvelles
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Commentaires 2

  1. Siméon Kiss says:
    il y a 9 ans

    Lire cet article, ça vous donne furieusement envie d’écouter l’album. J’espère qu’on le trouve partout

    Reply
  2. Fran says:
    il y a 9 ans

    Un peu déstabilisée par le parti pris rythmique de ce nouvel album, surtout à la première écoute, j’ai été rattrapée par la profondeur des textes, la portée à la fois insidieuse et intime qui s’opère au fil des titres. La joie domine, mais aussi le courage et l’énergie, pour surmonter deuils (dont la perte d’une mère -merveilleux hommage et transmission), épreuves, peurs diverses et variées. On retrouve comme un écho prolongé en album du titre les Filles des Forges mais aussi de Chamelet.
    Si l’on pouvait au départ penser Amélie un peu enfermée dans des jolis textes à l’univers poétique et tendre (à la façon des chromos 1900), on découvre sur cet album une nature ardente, bien connectée au réel, mais qui choisit délibérément de le transcender pour en faire autre chose, à savoir une raison d’espérer malgré tout du monde, de l’humanité. Et c’est cela qui est touchant.
    Qui créée une sororité, une fraternité avec elle. En ces temps difficiles, cet album en forme de main tendue, aide à dépasser nos douleurs et nos craintes. Rien que pour ça, il est précieux. Et donne envie de le partager, comme un antidote à la grisaille.

    Reply

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