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Makja, sur le devant du monde

deCatherine Laugier
28 janvier 2017
dans Catherine Laugier, L'Équipe, Lancer de disque
1

MAKJA Un camp 2016Lors de sa prestation en direct au Sémaphore de Cébazat, retransmise sur un profil twitter le 8 janvier dernier, nous étions déjà saisis, séduits en trois chansons, par l’Aquitain Kalam Makja : seul, debout à son micro, mains au jeu expressif, voix prenante à peine éraillée, inspirée, disant-chantant, soutenu par le piano de Michaël Benz qui court avec lui. La presse l’a comparé à Ferré, Têtes raides ou Noir Désir. En écoutant cette voix, cette interprétation habitée, c’est plutôt à Mano Solo, Damien Saez et Daniel Darc qu’il fait penser. Makja, en 2016 médaille de bronze du Festival de la chanson francophone de Saignelégier et prix du texte au Pic d’Or, ne peut laisser indifférent. Porté par des musiques qui puisent leurs sources aussi bien dans le classique que dans le rap ou la musique traditionnelle, ses textes puissants, précis, piquants comme un argéras des collines, d’une langue fleurie totalement maîtrisée nourrissent l’émotion comme la réflexion.

Makja, nous dit–il avec son léger accent chantant du sud-ouest, cela veut dire Maquis. Des grands espaces, des plantes épineuses, comme la nature humaine, qui nous charme et nous repousse. Les titres ici interprétés sont différents de ceux de l’EP 4 titres, ce qui nous permet de nous faire une bonne idée de l’artiste.

Makja écrit les textes, ses musiciens (au violon Solène Pougnet, à la basse et au violoncelle Xavier Barthaburu, et à la guitare Raphaël Raymond) composent les musiques de cet EP, rythmées par la batterie de Rémy Devert ou de Fred Girard. N’y aurait-il qu’une chanson que l’émotion serait là dès les premières minutes. Les textes posent les grandes questions : la toute première, que restera-t-il de moi après ma mort. La voix s’élève comme un incantation, sur une musique qui peut évoquer tant des chœurs médiévaux à la Carmina Burana que des morceaux rocks et violoneux, prière pour un monde. Se lance, chantant, parlant, nous interpelle : « Jouez… Jouez … Jusqu’à en perdre haleine / Jouez… Jouez… Faites parler le thème / Jouez… » Corneille y croise le XXIeme siècle « Les plumes sèchent, les stylos faiblissent / Les œuvres titubent quand leurs pères périssent / Ainsi soit-il ; dans les sacs de 100 litres s’empilent / La rage, la bile, les tensions futiles. »

Même si les chansons sont longues (trois dépassent les cinq minutes), pleines, on ne voit pas le temps passer avec ce flot qui articule, décrit, raconte, la misère commune. Le drame de l’abandon, de la précarité, prend des allures de tragédie antique. Après la voix off de la femme, la voix de Makja monte, enfle, sur d’efficaces ponctuations de batterie, souligne le courage de cette femme Seule : « Plaquées contre, elles tiennent / Ces louves, ces reines / Guerrières, dont on ne sait / Où elles trouvent la force d’avancer. » Une chanson réaliste qui saute un siècle pour nous alerter sur l’horreur économique, pour reprendre un titre connu, et  l’intime solitude générée par une société en perte de ses solidarités.
Constat sans concession sur le système médiatique porté par Wake up qui appelle à la prise de conscience, à la réaction : « Cut’ le fil / coupe la corde, avant qu’ils t’annihilent / Et qu’ils te rendent amorphe, à en être immobile / Presse le bouton ; l’urgence presse / Tu croules sous les grandes messes »

Le dernier titre sur le dramatique bourdon du violoncelle de Xavier Barthaburu nous conduit telle l’antithèse de Mourir pour des idées dans un Camp qu’on ne peut pas déserter « Je n’ai pas choisi un camp / Pour quelques temps après le déserter / Seule la mort coupe l’effort, sans concerter / J’ai mis mon âme, j’ai mis mon corps, au service d’une idée ». Le silence qui s’ensuit pèse lourd. Makja nous a promis d’enchaîner avec un autre EP sur des musiques de Michaël Benz. Nous aurons alors l’équivalent d’un album complet qui ne pourra que nous emporter dans son flot d’émotions.

 

Makja, éponyme, autoproduit, 2016. Le site de Makja, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.

Seule

 

Un camp

Tags : MakjaNouvelles
Catherine Laugier

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Commentaires 1

  1. Catherine Laugier says:
    il y a 10 ans

    Le Corneille évoqué, c’est Pierre bien sûr.

    Reply

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