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Saint-Gély-du-Fesc 2025 : Brassens dans tous ses états

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8 novembre 2025
dans En scène, Festivals
5
Bertrand Papy, Nicolas Del Rox, Piou Bernon d'Ambrosio et Benoît Marot (photos Sébastien Cholier)
Bertrand Papy, Nicolas Del Rox, Piou Bernon d’Ambrosio et Benoît Marot (photos Sébastien Cholier)

7 novembre 2025, festival Rendez-vous avec Brassens, Scène en Grand Pic Saint-Loup à Saint-Gély-du-Fesc,

 

Dans un festival Brassens, qu’entend-t-on ? Du Brassens, sur tous les tons ! Toutes les nuances du Sétois, toutes les tailles de soutien Georges. L’élasticité de la matière première (le Brassens) fait l’intérêt tant de la démarche que du résultat : nous passons par toutes les couleurs de l’interprétation, de l’émotion. L’œuvre du chanteur à la pipe est objectivement un terrain de jeux extraordinaire.

Ils sont six à se partager la scène. Des rompus à l’art du vieux comme des qui semblent le découvrir de fraîche date. Chacun son art, sa personnalité, chacun son quart d’heure warholien. On va du plus modeste à la plus excentrique, étonnament le tout fait un spectacle cohérent.

Piou d'Ambrosio
Piou d’Ambrosio

Qui a donc dit que ce qu’il y a de bien chez Brassens, c’est sa musique ? Un musicien sans doute : en experts ils en savent plus que tous autres sur la complexité des notes. Toujours est-il que (je divulgâche avec rare plaisir) le meilleur de cette soirée, la cime, l’acmé fut un instrumental. Ou plutôt une chanson éclatée : Les Oiseaux de passage. D’abord sa musique, puis ses paroles (non de Brassens, vous le savez, mais de Richepin) alors déclamées : dites, combien Piou Bernon d’Ambrosio a-t-il de mains, de doigts, de cordes à sa guitare, de siècles de pratique, de talent surnuméraire, pour tirer de son instrument une telle virtuosité ? On est reste baba. D’autant que, pour cette chanson ou d’autres, Piou a l’élégance, la politesse de connaître ses textes par cœur : il semble ici être le seul.

On ne va pas lister, encore moins classer, les autres beaux moments, de peur d’en oublier. Mais quand même. Saluons d’abord Bertrand Papy, en quasi maître Loyal, guitare et costume rouge marbré de blanc. Un simple et efficace interprète : son Dans l’eau de la claire fontaine, délicieusement jazz, ouvrait avec brio cette soirée. Ça et le reste, dont il n’est pas avare.

Ulrike Van Cotthem
Ulrike Van Cotthem

Ulrike Van Cotthem, elle, est soprano lyrique. Sa découverte de Brassens semble remonter à il y a peu de temps, la veille peut-être. Qu’importe. Elle s’en empare comme elle le ferait d’un livret d’opéra, dans la grandiloquence d’une interprétation qui, autant que son fort accent germanique, non maltraite les vers mais les met à rude épreuve. En des chansons qui certes « collent » à son lyrisme (le choix est judicieux), à la poésie de son phrasé comme Pénélope ou Il n’y a pas d’amour heureux d’Aragon. Plus étonnant, cette confrontation entre sa voix quelque peu heurtée et le vocabulaire si particulier, si imagé de Brassens (particulièrement dans La Marine) : du teuton aux tétons dira-t-on, drôle et émouvant à la fois, osé. C’est une expérience à vivre au moins une fois. Pour l’artiste certes, pour nous aussi. Un très très grand moment !

Dee Dee Abella
Dee Dee Abella

Pas persuadé par contre de la performance de Dee Dee Abella, chanteuse swing jazz ici réputée (à l’applaudimètre, son fan-club devait être tout entier dans la salle) qui elle non plus ne savait pas ses textes, semblait les découvrir à mesure qu’elle les chantait. Trop prompte au prompteur, hélas sans nulle discrétion : le temps que vous passez à lire, à faire défiler les textes de votre doigt, vous n’êtes pas avec le public : rupture donc, d’autant plus qu’on a l’impression qu’elle n’en comprend pas toujours le sens, qu’elle est hors-texte, que seules comptent les fioritures vocales qui semblent être sa marque de fabrique, et sa gestuelle quelque peu décalée. Dans un m’as-tu vu quand je chante à l’exact opposé de l’ostensible modestie tant de ses collègues de scène que du père Brassens.

Quatre nuances de Brassens, certes, mais qui ne seraient rien, ou nettement moins bien, sans l’enviable talent de Benoit Marot (basse et contrebasse) et de Nicolas Del Rox (percussions et xylophone), on ne peut plus brillants.

Le site du festival, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit du Festival de  Saint-Gély-du-Fesc, c’est là. 

Brassens dans tous ses états à St-Gély-du-Fesc, extraits, vidéo Vianney Aubé

Piou d’Ambrosio, session studio Novason 2023, « Les oiseaux de passage » 

 

Tags : Bertrand PapyDee Dee AbellaGeorges BrassensNouvellesPierre Bernon d'AmbrosioPiou d'AmbrosioSaint-Gély-du-Fesc 2025Ulrike Van Cotthem
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Commentaires 5

  1. JJ says:
    il y a 11 mois

    Quelle soirée inoubliable que ce concert hors norme ! Chacun des six très talentueux interprètes a su apporter sa touche et son originalité… Au passage, je ne suis pas du tout d’accord avec les critiques sévères formulées par Monsieur Kemper (probablement un pro qui connait le registre du vénérable Georges sur le bout des doigts… et qui s’en gargarise) à l’encontre de Dee Dee Abella (ne la connaissant pas auparavant, on ne peut m’accuser de faire partie de son fan club :-)). Certes, elle a certainement beaucoup improvisé ses interventions mais c’est bien l’essence même de son talent que de laisser libre cours à son scat. Étant juste un auditeur conquis par ce groupe hétéroclite, je regrette de ne pas avoir les mots et la culture nécessaires pour souligner la discrète mais tellement nécessaire interprétation de Nicolas et Benoît !!! Bravo à eux, merci pour nous.

    Reply
    • Michel Kemper says:
      il y a 11 mois

      Je ne fais justement pas partie de ces gens qui « connaissent Brassens sur le bout des doigts et s’en gargarisent », sorte de gens dont je me méfie et que je fuis (et que je n’ai pas trouvé à Saint-Gély). Je suis un amateur de Brassens sans exclusive et de centaines d’autres artistes que je défends au jour le jour (suffit de lire NosEnchanteurs pour s’en rendre compte). J’ai l’esprit libre. Quand c’est bon je le dis, quand ça ne l’est pas je le dis pareillement, sans nullement penser détenir la vérité. Là, Dee Dee a fait du Dee Dee sans visiblement trop se soucier de Brassens dont elle n’avait cure : c’était trop voyant. Il convient de le dire.

      Reply
  2. Bouche Roland says:
    il y a 11 mois

    Hé…oserais? Michel, que notre festival /rendezvousavecvous…doit subir à son tour la critique d’un benelove de cette Association,
    d’une légalité tutélaire…
    Piou, est l’architecte de son talent, une corbeille de fruits de toute saison…est-ce la guitare qui joue avec lui…ou existe-il une relation duale?
    J’y arrive : Michel, le Bernon de la critique…la musique peut être aussi trempée dans un bain d’acide, se débattre dans une piscine à bulles…
    Nous sommes très heureux de ce Festival, comme d’autres du temps jadis qu’on peut.
    Au suivant, au suivant…
    Roland Association JRAV

    Reply
  3. Newel Solanas says:
    il y a 9 mois

    Cette critique appelle quelques précisions.
    DeeDeeAbella avait été invitée précisément pour proposer une relecture personnelle et performative de Brassens, dans l’esprit même de Brassens dans tous ses états. L’improvisation, l’appropriation vocale, le jeu scénique et la liberté d’interprétation faisaient partie intégrante de la proposition artistique — et non d’un manque de préparation.
    Par ailleurs, il est important de rappeler que l’auteur de cet article est bénévole au sein de l’association organisatrice, et que les relations entre l’association et l’artiste se sont malheureusement très mal déroulées en amont et en aval de l’événement. Cette situation interroge nécessairement la neutralité de la critique.
    Contrairement à ce qui est avancé, DeeDeeAbella ne se produisait pas devant son “fan-club” (quatre personnes sur près de 200 spectateurs étaient des proches), mais devant un public majoritairement nouveau, venu découvrir des propositions variées autour de Brassens.
    Enfin, réduire une interprétation féminine, puissante et expressive à un “m’as-tu-vu” ou à de simples “fioritures vocales” pose question, tant cela semble ignorer la tradition même du jazz, du swing et de la performance scénique — traditions où l’incarnation et la liberté sont centrales.
    On peut ne pas aimer une proposition artistique. Mais encore faut-il la juger pour ce qu’elle est, et dans un cadre critique exempt de règlements de comptes.

    Reply
    • Michel Kemper says:
      il y a 9 mois

      L’auteur de cet article que je suis n’est absolument pas bénévole au sein de l’association organisatrice. Rien que cette affirmation ruine à jamais votre commentaire, vous ridiculise. Depuis plus de 16 ans que NosEnchanteurs existe, nous maintenons notre farouche indépendance sur toutes les scènes que nous visitons, ainsi pour tous les albums que nous chroniquons : nos lecteurs le savent, eux. Je déplore, pour ma part, une prestation totalement égocentrique, nullement dans l’esprit par nature modeste de Brassens. Dans cette prestation, DeeDeeAbella fut très mauvaise : elle en a hélas le droit.

      Reply

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