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Romain Didier dans le buée des miroirs : l’interview exclusive

deGhislain Debailleul
30 avril 2026
dans Ghislain Debailleul, Interviews, L'Équipe, Lancer de disque
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Romain Didier (photos Ghislain Debailleul)
Romain Didier (photos Ghislain Debailleul)

Interview de Romain Didier réalisée le 18 avril 2026 à Bruxelles.

 

Lire aussi la critique du CD « La Buée des miroirs » par Ghislain Debailleul et Michel Kemper. C’est ici.

 

NosEnchanteurs : Bonjour Romain Didier. Votre passage en Belgique pour quatre concerts en trois jours est pour NosEnchanteurs une occasion rêvée de vous poser quelques questions. Votre actualité immédiate, c’est la sortie imminente d’un tout nouvel album prévue ce 1er mai. Vous qui avez écrit « J’ai noté », avez-vous « noté » à quel quantième album studio sommes-nous ?

Chapitre Neuf paru en 2005 est un bon point de repère. Si on exclut Dans ce piano tout noir qui a été enregistré en studio mais ne contient pas de chansons originales, disons alors dix en 2011 pour De loin on aurait cru des oies, onze en 2021 pour Souviens-moi, c’est donc le numéro douze.

Quel chemin parcouru depuis la sortie du premier album en 1981, il y a donc quarante-cinq ans. Quelles sont les particularités de « La buée des miroirs », ce nouvel opus ?

Premièrement et pour pouvoir continuer à revendiquer mon statut d’auteur-compositeur-interprète, il ne fallait pas attendre dix ans pour sortir un nouvel disque (rires). Bien que la parution de l’intégrale, mes projets symphoniques, mes contes musicaux et d’autres projets m’ont bien occupé, le temps était venu pour un nouvel album. Lorsque je travaillais avec Allain Leprest, j’écrivais sept ou huit titres et Allain se chargeait d’écrire les autres chansons du disque. Ici, je me suis dit si j’attendais d’avoir écrit tous les textes, nous allions dépasser les dix ans (rires). J’ai donc appelé mon ami Gil Chovet et c’est ici la particularité puisque c’est la première fois que je fais un album dont il signe les textes, à l’exception de deux titres. Attention, Gil Chovet n’est pas, et de loin, un inconnu pour moi. Nous avons déjà travaillé sur sept ou huit contes musicaux. La première fois, c’était avec la Maîtrise de la Loire installée à Montbrison. Cette maîtrise, réputée en France, m’avait commandé un conte musical qui aurait pour décor la Loire. Je me suis renseigné et tout le monde me disant : « Il y a un gars formidable qui connaît le sujet et qui s’appelle Gil Chovet ». J’ai adoré travailler avec lui et les projets se sont enchaînés jusqu’à aujourd’hui. Voilà.

Romain Didier CD La buee des miroirsPour ce nouveau disque, êtes-vous entouré de musiciens habituels ?

Oui, tout à fait. On retrouve Thierry Garcia à la guitare avec qui je travaille depuis plus de vingt ans. Il y a David Venitucci à l’accordéon avec qui j’ai tourné pendant six ou sept ans il y a une vingtaine d’années. Philippe Istria, qui était déjà sur l’album Souviens-moi, est aux percussions. A la contrebasse, c’est Christophe Devillers qui avait participé à La Tribu Nougaro et que j’avais retrouvé pour faire Les rendez-vous Anne Sylvestre en vidéo. Ces captations avaient été réalisées aux Studios Ferber. J’en avais aimé le soin et le son, raisons pour lesquelles j’ai choisi ces studios pour ce nouvel album.

Le nom d’Isabelle Mayereau apparaît également dans le livret pour la chanson d’Apocalypse en Calypso, en duo avec vous. Seulement comme interprète ?

Pas seulement, elle a aussi écrit les paroles de cette chanson. Je lui avais dit un jour que si elle pensait à moi, j’en serai ravi. Pas de nouvelles ! Nous étions tous deux aux obsèques de Jean Guidoni et, avant de nous séparer, elle me glisse un texte. De sa petite voix, elle me dit : « Je trouve cela très adolescent, je ne sais pas si tu pourras en faire quelque chose, mais voilà, tu n’es pas obligé ». Le lendemain, la musique était prête et une place sur le disque était prévue. Je rêve de la faire rechanter un de ces jours.

Croisons les doigts pour que cela se fasse. Ces dernières années, vous avez tourné avec votre récital « Souviens-moi », avec Enzo Enzo pour « Virée douce » et avec le spectacle « Leprest symphonique ». Une présentation en scène du nouvel album est-elle prévue ?

Il faudrait effectivement, début 2027 par exemple. Il n’y a plus beaucoup de fentes pour y introduire les petites galettes mais un nouveau CD, c’est un peu une carte de visite, une piqûre de rappel pour dire : « Salut, j’existe, j’ai un nouveau projet ! ». Donc oui, je pense que je vais le faire sur scène.

Dans ce piano toute noirRégulièrement vous publiez un disque capté en public. En 1987, c’était le spectacle donné au Théâtre 140 à Bruxelles, en 1997 le concert enregistré à l’auditorium de la radio sarroise à Saarbrück, en quartet au Théâtre de l’Arche à Tréguier en 2007 et enfin la publication en 2016 du piano voix Dans ce piano tout noir, capté il est vrai en studio. Avec une fréquence d’environ dix ans donc. Alors, un enregistrement en public pour 2027 ?

C’est vrai que cela s’est fait environ tous les dix ans. J’admire beaucoup le travail de Gérard Manset qui ne se produit pas en public et qui se consacre à l’enregistrement, au disque qui est son but final. Ce n’est pas mon cas. Pour ma part, quel que soit le soin que j’apporte à l’enregistrement de mes albums en studio, j’ai du mal à figer mes chansons dans une version définitive.

Puisque nous sommes à Bruxelles, nous croyons savoir que vous avez aussi une actualité liée à la BD belge ?

Oui, vous avez raison. J’ai rencontré André Taymans, un auteur belge de bandes dessinées hyperactif qui a fondé les Éditions du Tiroir, lors d’un de mes passages en Belgique. Son héroïne, Caroline Baldwin, va fêter ses 30 ans d’existence en septembre prochain. Nous avons l’idée d’une bande-son autour d’un album spécial qui s’intitulera Jour de moussons. Nous sommes trois dans ce projet, André Taymans, votre serviteur et Karla Lazo, une chanteuse d’origine mexicaine qui se produit partout dans le monde hispanique. Elle existe déjà dans des albums d’André Taymans (DON, l’ange de Mexico d’après Henri Vernes). Je suis également croqué dans ce nouvel album en préparation. Un peu comme Alfred Hitchcock dans ses films, c’est une courte apparition mais je donne néanmoins la réplique à Caroline Baldwin (rires). Je découvre les planches au fur et à mesure, nous allons très bientôt entrer en studio, c’est un projet qui me plaît beaucoup.

Romain Didier 3 ph Ghislain DebailleulPouvez-vous, en quelques mots, quelques phrases, réagir à l’évocation des noms suivants ? Francis Lemarque ?

A la fois un frangin et un papa. J’avais fait ses arrangements pour un disque paru en 1976. Nous sommes restés très amis et, après sa disparition, je suis resté proche de sa famille. Artistiquement, j’aimais bien sa façon d’écrire des chansons à la fois populaires mais qui risquaient d’être interdites de passage en radio. C’était un personnage humainement engagé.

Jean Guidoni ?

J’ai fait sa connaissance en Belgique au Festival de Spa, il représentait la France et chantait Le têtard. On s’est aperçu de temps en temps. J’avais beaucoup de respect pour lui. Plus récemment j’avais fait les musiques sur des textes d’Allain Leprest pour son disque Paris-Milan et enfin les musiques et les arrangements de son dernier album.

Pascal Mathieu ?

Encore un disparu. C’est pour moi un auteur absolument formidable avec une écriture très particulière. C’est intelligent, drôle, fin et ciselé. J’avais fait sa connaissance en Franche-Comté, à Belfort lorsque j’étais en résidence. On a fait ensemble l’opéra pour enfants Pinocchio court toujours, qui est rejoué de temps à autre, et j’ai fait appel à lui pour l’album Chapitre Neuf.

Jean-Louis Foulquier ?

Passés les succès publics de mes débuts, j’ai toujours eu l’impression d’être aimé de mes pairs qui m’ont donné de nombreux prix. Des gens comme Jean-Louis Foulquier, ou encore Jean-Michel Boris, m’ont encouragé à continuer même lorsque les maisons de disques se montraient plus frileuses. Et Foulquier, j’étais assez lié avec lui pour l’engager à faire un album.

Sans surprise, Allain Leprest ?

Il y a tellement de choses à dire sur Allain. Disons que c’est celui qui a changé ma façon d’envisager ce métier. Avant je voulais être un chanteur de variétés, faire un tube, être dans les hit-parades. Avec Leprest, la chanson est devenue pour moi autre chose. Mais je garde beaucoup d’indulgence pour toutes les formes de musique. Je ne fais pas d’hiérarchie des valeurs entre Annie Cordy et Léo Ferré. Il n’y a pas d’échelle, les chansons ne sont pas au-dessus mais ailleurs, à côté. Donc, Leprest et moi, nous nous sommes bien entendus, nous étions très différents, nous venions de milieux très différents. Et le métissage, ça fait des prouesses.

Nous avons évoqués des disparus. Pour conclure, avez-vous des envies, des phantasmes de travailler avec l’un ou l’une artiste en particulier ? Avez-vous des noms en tête ?

Honnêtement, je n’ai pas ce type d’envies. Des projets, oui ! Je me laisse plutôt entraîner comme avec Jour de moussons dont on vient de parler. Avec Leprest, nous avions fait Pantin-Pantine. Du coup je me suis dit : « Mais c’est formidable ça ! ». Donc je me suis lancé dans les contes musicaux. A la fin de l’année dernière, dans le cadre du Festival Les Boréales à Caen, j’ai travaillé avec l’Ensemble de l’Opéra Normandie Rouen. Ils m’ont demandé de faire les arrangements pour une chanteuse jazz-pop suédoise Fredrika Stahl qui chante en anglais. J’ai adoré cela. J’ai aussi composé pour un sextuor. Voilà ce qui me motive, des projets à droite et à gauche, mais aucun phantasme pour travailler avec un ou une artiste en particulier.

Merci Romain Didier de nous avoir accordé ces quelques instants et à vous revoir très vite en Belgique.

 

Ghislain Debailleul pour NosEnchanteurs.

 

Rien que pour le plaisir, deux vieux titres de Romain Didier :

« Amnésie » : 

« L’Aéroport de Fiumicino » : 

 

 

Tags : Gil ChovetNouvellesRomain Didier
Ghislain Debailleul

Ghislain Debailleul

Naît en 1959 à la frontière franco-belge non loin de Lille. Il est pharmacien d’industrie à la retraite. Dès sa prime adolescence, il est passionné par la musique classique et ensuite par la chanson d’expression francophone. Au début d’internet, il crée un site consacré à la chanson. Pendant 15 ans, il fut bénévole au Festival de Barjac.

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