Pour beaucoup, l’image de Raphaël reste celle d’un jeune chanteur à minettes, née de l’immense succès (en 2005 déjà) auprès des jeunes ados, de son album Caravane. Image trompeuse qui lui colle à la peau comme le sparadrap récalcitrant du Capitaine Haddock.
Reconnaissons pourtant que l’artiste vaut mieux que ce cliché tenace. Les albums qui ont suivi ont démontré sa volonté d’éclectisme et de sortie des sentiers battus, allant même jusqu’à enregistrer un disque d’hommage – passé assez inaperçu – à son idole nourricière, Gérard Manset. Autant de projets qui lui auront permis de s’affirmer comme artiste, mais l’auront aussi quelque peu éloigné du succès commercial. Son nouveau CD, intitulé Anticyclone, lui donnera-t-il un second souffle ? Il a en tout cas pas mal d’atouts pour cela. Doit-on y voir la patte redoutablement efficace de son maître d’œuvre, l’infatigable Gaëtan Roussel, qui en a assuré la réalisation ?
Onze chansons le composent, tournant autour des trois minutes chacune. Pratique : si un morceau nous plaît moins, on ne doit pas le supporter longtemps ! Mais pas de raison particulière d’apprécier moins l’un ou l’autre titre, tant l’ensemble est cohérent. On aimera ou rejettera donc l’album en bloc. Ainsi, ceux que le chant plaintif et assez monotone de l’artiste horripile trouveront matière à renouveler leur désaveu. De même pourra-t-on légitimement se plaindre de certains textes, où la poésie a bon dos pour justifier un propos tout simplement obscur (bel exemple avec Retourner à la mer, qui mêle allègrement Pompéi, un jardin désert et des hélicoptères…).
Si l’on est prêt à faire abstraction de ces scories et à se laisser envoûter par la beauté simple des compositions, la richesse des orchestrations et le son clair de la production, l’album dévoilera son charme vénéneux au fil des écoutes. On retiendra en particulier le premier extrait de l’album – le très Stephan Eicher L’année la plus chaude de tous les temps et son message écologique – , le mystérieux Fièvres d’Asie (qui voit le chanteur sortir de sa zone de confort en adoptant une voix de tête par moments), l’énergique Les gens (où la patte du leader de Louise attaque s’entend à mille lieues à la ronde) et le cynique et inattendu Quel genre d’ami ferait ça.
Un bel objet musical en fin de compte que cet Anticyclone. Dans le voisinage des Christophe, Julien Doré ou Bashung. L’album d’un artiste arrivé à maturité, en pleine possession de ses moyens, et dont on se dit que le meilleur est à venir. Prenez donc le train en marche, la destination finale s’annonce très belle.
Le site de Raphael, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.










![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)


