
« L’hiver passera pas le printemps / C’est entendu depuis longtemps / Mais t’as cent mille fois raison / De vivre tes quatre saisons ». C’est un modeste qui, flanqué de sa guitare, nous raconte des histoires relevant parfois de l’intime, parfois du collectif, souvent des deux. Sans nul effet de manche, sans ficelles, sans trucs du métier. Modeste, vous dis-je, naturel. Et talentueux. Flanqué de deux étonnants complices : le jeune et beau Mélaine aux percussions, Lionel Dudognon à la basse. Lui est comme la superposition de Leprest, Dutronc père, Romain Didier et, à n’en pas douter, Bashung, lunettes et posture inclues. Et donc Boutet, au milieu. Lui, ce n’est pas qu’on ne le voit pas, c’est qu’il se fond dans le panoramique des ses chansons qui font écran, toiles sur lesquelles se projettent, parfois en couleurs, des fois en sépia ou en noir et blanc, des scènes et des personnages sur fond d’infinie mélancolie. Du cinéma, les chansons de Michel Boutet ? Pas tout à fait, plus documentaire en fait, presque de l’ethnologie, en prise directe avec la vie, celle d’avant, celle d’aujourd’hui. Avec des focales chaque fois différentes : des plans larges qui saisissent la complexité de la vie, des plans rapprochés qui fixent la traînée d’une larme.
C’est tant le souvenir du père et des gardes-barrières que celui de cette saloperie de guerre d’Algérie, l’évocation des copains de caboche, un regard au vitriol qui raille avec drôlerie La manouf pour tiss… A écouter Boutet, on a l’impression de lire des articles jamais publiés, restés au marbre de gazettes trop timides, cadenassées. De l’entrefilet à l’enquête, de la plus petite anecdote à la grande Histoire, pas celle officielle mais celle qui souffre et souffle, au plus près du vécu. Ce sont voyages intérieurs, mais aussi voyages quand l’avion décolle, le bateau quitte le port, quand le vin frissonne le souvenir de Barcelone…
Un concert de Boutet c’est ça, un séjour en douce et belle nostalgie, celle des temps passés et de ceux à venir, spleen aux superbes mélodies, arrêts sur images et sur nous, sur ce que nous sommes. C’est précieux, infiniment chaleureux comme une insolite berceuse faite de douceurs et d’insolence, d’un devoir de mémoire, de colères et de combats. Et de quelques mots d’amour, lui qui paradoxalement met peu son cœur à nu, trop pudique, trop discret, modeste j’insiste, mais entier : « Si tu l’aimes, c’est toute entière / Il faut rien laisser en jachère. »
Le site de Michel Boutet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là.










![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)



Après lecture attentive de cet article, envie de faire plus ample connaissance avec cet artiste ….