
Il n’est pas dit que le Vingtième Théâtre tienne compte du calendrier lunaire, ni des alignements de planètes, ni des astres pour faire sa programmation. Sa désormais traditionnelle Nuit de la pleine lune se fiche pas mal de savoir si le ciel sera étoilé ou non, si la lune sera pleine (c’est pour le 4 février, pas avant). Pierre Margot y invite non des stars-étoiles (encore que) mais des amis, de longue date ou de fraîche rencontre. Il compose son menu avec gourmandise (trop) avec pour seule thématique le plaisir. Et la lune ? Digresser en chanson sur la lune nous exposerait à des vers coquins et ce n’est pas le cas (il n’ a que Stef qui profite de l’aubaine pour rendre hommage à son cul) : il ne faut pas (trop) demander la lune.

Pour sa quatrième édition, Margot ne pouvait guère inviter plus de personnes qu’il ne l’a fait : la scène en était pleine. Certes d’une chorale (celle, excellente, des « Voisins du dessus », mais relativisons, seize chanteurs, c’est une petite chorale), surtout d’artistes venus de partout. Tous les prétextes furent bon, d’ailleurs : celui-là je bosse avec, ceux-là je les ai croisé dans le métro, celle là c’est ma femme, celles-ci les amies de ma femme, eux c’est des copains et j’en suis fou, elle, c’est Anne Sylvestre et c’est respect, cette autre c’est Marianne James et l’avoir fait venir c’est comme décrocher la lune. Margot est un chat qui toujours retombe sur ses pattes.
Ceci dit, cette quatrième édition sentait l’improvisation, l’impréparation, la re-mise en scène pour plus tard. D’où certaines longueurs (trois heures, c’est trop) et pas vraiment d’enchainements. Mais, ici et là, en fait assez souvent, de bien beaux moments, parfois dignes d’anthologie. Et, selon notre degré de connaissance de la chanson, des révélations, un peu, beaucoup. Citons en vrac Romain Lemire et ses rues de Paris, la très trad’ et délicieuse Lise Martin, Claire Guyot a capela pour trois titres d’Aragon dont L’affiche rouge, Dorothée Daniel et cette superbe chanson Les Cerfs-volants qui lui a été inspirée par le livre Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini, les aphorismes euphorisants de Georges de Cagliari… Et notre ami et collaborateur Franck Halimi, que les lecteurs de NosEnchanteurs connaissent pour ses articles (trop rares) perfusés de jeux de mots. Il y des duos, des trios, des quatuors (dont la renaissance des Frères Jack, en collants moule-bite, prétexte à chanter du Gérard Morel qui, insolent et concurrent, est ce soir-là commis à la mise en scène de Guidoni, à l’Alhambra). Tout le monde y passe et ça nous donne l’occasion de revoir un extrait du Carré de dames unissant Anne Sylvestre, Agnès Bihl, Nathalie Miravette et Dorothée Daniel (les quatre vont bientôt partir en studio pour graver ce travail en commun).
Malgré ses longueurs, le « Grand chambellan de la lune » qu’est Pierre Margot peut être satisfait de ce plateau d’exception, de cette soirée dont la recette est versée au D.A.L. (association Droit au logement) et dont les bénéficiaires seront ceux qui, été comme hiver, dorment sous la lune en y rêvant d’un toit. Nous, on y a vu de belles choses. C’est du commerce équitable où tout le monde repart content.
NB. Il est grand temps de vous le dire : les lundis « Chanson » du Vingtième Théâtre accueilleront NosEnchanteurs le 23 mars 2015 pour une soirée par nature exceptionnelle avec plein de beau monde, soyez-en certains. Nous vous en reparlerons : par avance, bloquez votre agenda.





![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)








Bravo à tous ces chanteurs(euses), qui ont déjà bien du mal à vivre de leur art, pour la plupart, de venir chanter sous la ( presque) pleine lune pour ceux qui dorment à l’hôtel des étoiles . Une belle solidarité .