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Nicolas Jules, à l’aune des pylônes

denosenchanteurs
7 décembre 2020
dans Anne-Marie Panigada, Catherine Laugier, L'Équipe, Lancer de disque
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Nicoles Jules (photo Anne-Marie Panigada)
Nicolas Jules (photo Anne-Marie Panigada)

Écouter Nicolas Jules, c’est se livrer en conscience à un univers autre, quasi parallèle, où les images ne sont pas clichés, où les mots n’ont pas le même poids, comme libérés de toute pesanteur, parfois pas la même signification. Un monde où l’illogisme règne sans partage, où la folie a fini son travail de sape, comme un consciencieux termite attaque le boa. Faut-il pour autant créer un dico Français-Jules/Jules-Français pour traduire la douce mais sûre aliénation que Nicolas Jules distille dans la chanson depuis vingt-deux ans, foutant le bordel dans toute discothèque rien que par sa présence de fait incongrue ?

Sur cet album, le neuvième, il a tout fait : les textes, les musiques, l’interprétation, le jeu des instruments, le mixage, la production, le dessin de la pochette, la maquette, la cuisine et la vaisselle. Pour l’expédition il a même léché les timbres à l’adresse de ses fans. Nicolas Jules est coupable d’absolument tout et doit rendre des contes : par bonheur il ne sait rien faire de mieux. Et nous d’accrocher ses poèmes autour du cou comme des colliers de nouilles…

Il y a elle, en voix off. Et lui. Ainsi que douze chansons en file d’attente, en attente que se débloque la situation. Danse devant l’objet de ses pensées. Exploration. Supputations. État des lieux, état des deux : « Elle est bien trop grande la vérité pour le petit trou de ton oreille ». Jules sait les mots qu’il lui faut.

Un  train qui se couche dans ses pensées, des mots qui montent et qui descendent, des phrases sans verbe, des échos cinématographiques lointains, toujours un couteau dans le cœur et en interlude un talon cassé à ta botte. Avec Jules la musique sonne et dissone, l'amour (ou l'anamour) est cru, noir et rose mais il y a des mouettes et d'autres oiseaux pour s'envoler... CATHERINE LAUGIER
Un train qui se couche dans ses pensées, des mots qui montent et qui descendent, des phrases sans verbe, des échos cinématographiques lointains, toujours un couteau dans le cœur et en interlude un talon cassé à ta botte. Avec Jules la musique sonne et dissone, l’amour (ou l’anamour) est cru, noir et rose mais il y a des mouettes et d’autres oiseaux pour s’envoler…
CATHERINE LAUGIER

Les textes sont fins, tendance fin de tout début de l’autre ; lui est carrément givré même si, à bien entendre, il ne manque pas de sens pratique (« Si j’appuyais sur le bout de ton sein je ne serais pas étonné que la lumière se fasse ») ni d’esprit lumineux (« Ton cœur est trop petit pour se voir à l’œil nu / Seuls éclairent tes nuits ton nombril et ton cul »). Ces douze titres font conversation entre le « je » et le « tu », le « je » qui tue l’émoi. Conversation contrariée objecteront ceux qui ne connaissent pas encore assez notre Jules, qui toujours s’en étonnent. C’est rien que de l’amour.

Un disque solitaire comme un vers, solaire comme une crème. Secoué d’une musique électrique prégnante, qui sait se faire oppressante, qui à elle seule fait dramaturgie, accentue les mots, les allusions, rassure toute hésitation, colmate, se rend complice des idées, surligne la tension, aussi sûrement que le stabylo bosse.

« Ici les eaux sont profondes et le courant dangereux / S’y noyer prend vingt secondes » Surréaliste, angoissant, amoureux, l’opus nouvelet est plus encore craquant. Un conte de fait, conte de fée où tout finit pour le mieux mais pas vraiment. Le remonter c’est faire replay ; le remontant c’est le revivre. Pour pareillement aimer. MICHEL KEMPER

 

Nicolas Jules, Douze oiseaux dans la forêt de pylônes électriques, Ursule 2020. Le site de Nicolas Jules, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

Pas de vidéo actuellement des titres du nouvel album. On se console en l’écoutant en concert juste avant le premier confinement.
Sans toi, album Crève-Silence (2017)

Les éclaboussures (mise à jour 18 décembre 2020) 

Les nouilles (mise à jour 4 janvier 2021) 

 

 

Tags : Nicolas JulesNouvelles
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