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Les Oreilles en pointe 2019. Renan Luce, trop peut nuire

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17 novembre 2019
dans En scène, Festivals
3
Renan Luce (photo non créditée, Le Télégramme)
Renan Luce (photo non créditée, Le Télégramme)

15 novembre 2019, Le firmament, Firminy

Une contrebasse, une batterie, un piano. Et un orchestre de douze autres personnes, où les violons prédominent, tiennent la corde. Impressionnant, surtout pour qui se souvient, comme moi, d’avoir vu débuter Renan Luce il y a plus d’une douzaine d’années, seul avec sa guitare, avec ses chansons pas encore gravées, des pépites qui, plus tard, feront logiquement disque de diamant. Renan Luce est en début de tournée. Pour son quatrième album album, éponyme, il a fait appel à un tel orchestre, bien plus nombreux encore. Ce sont ces chansons qu’il vient nous présenter, avec de plus anciennes que le public vient retrouver.

Ça a d’la gueule, qui dirait le contraire ? On ne sait d’ailleurs qui est la vedette : lui, son orchestre ou quelques de ses chansons ? Des tirées de ce nouvel opus (presque toutes), dis-je, et des précédents. En fait, surtout du premier, dont les titres sont depuis longtemps passés à la postérité : La lettre, Les voisines, Le Lacrymal Circus, Monsieur Marcel, Repenti… « Dans les fourrés quelque chose bouge / J’aperçois l’ombre d’un sniper / Sur ma poitrine une lumière rouge / Je t’attendais, je n’ai pas peur / Repenti / J’ai trahi… ». Là, l’orchestre vient ajouter son art, poser ses sons, souligner, surligner, qui plus est avec délicatesse. Même si, on le sait, ces chansons se suffiraient en elles-mêmes. Mais pas de quoi bouder cette façon de les envisager, nouvelle offre, même si trop d’instruments peuvent parfois affadir, estomper le propos.

La livraison de l’année, elle, a été conçue avec un tel accompagnement. Bien sûr, les chansons, sauf à avoir écouté le disque en boucle, n’ont pas eu le temps de s’inscrire dans nos mémoires. Reste qu’ici elles ne marquent pas, impriment peu ou mal. Par cet orchestre, Renan Luce se fait plaisir, renoue avec un rêve de gosse (c’est lui qui le dit). Il se la joue crooner. Mais la chanson s’accorde mal avec cette débauche d’instruments. Avec au moins autant de musiciens en scène, tant de bruit même voluptueux, La Mamma par Aznavour avait, je m’en souviens, bien du mal à rendre l’âme. Ici, c’est pareil, sujets et paroles sont happés, bouffés, digérés par les nappes de notes, bien trop riches, voluptueuses certes mais trop lourdes.

Les nouveaux titres de Luce sont intéressants, certes. D’ailleurs ils n’ont jamais été si intimes. C’est une livraison après rupture : les violons dessinent tristesse et tourments du cœur. Trop, tant que les larmes en sont liquoreuses et le rendu des chansons un tantinet sirupeux.

« Est-ce qu’on peut reprendre au début ? / Re-boire le vin que l’on avait bu ? / Moi j’aimerais que l’on se rendorme / Dans un lit à mémoire de forme ». Au risque d’émarger à la presse du cœur, rappelons que Renan a perdu sa Lolita. Et que ce sont là les chansons d’après. Faut-il convoquer violons et violonade pour se bercer de tristesse, de regrets ? Pour faire revenir l’aimée… Pour communier. Alors que Renan Luce nous a fait la preuve, jadis, qu’il savait créer l’émotion, autrement supérieure à celle-ci, dans l’épure d’une voix-guitare.

L’idée de Luce était sans doute bonne, du reste on ne contrarie pas un rêve de gosse. Mais l’effet est raté. L’instant d’après une chanson, on a oublié celle-ci, pas de mémoire de forme donc. Là, ça noie, ça efface le propos, paradoxalement gomme toute dramaturgie parce que c’en est trop. « Mais pourquoi, alors / Nous, on reste au port / On n’monte pas à bord / D’un bateau ? »

Suis-je dur, alors que le public n’a pas attendu l’ultime rappel pour l’acclamer, l’ovationner, debout ? Je ne crois pas. Que reste-t-il après coup que l’idée d’avoir vu Renan Luce en grande formation ? Quels en ont été les points forts, ces moments où l’artiste vous remue les tripes, vous tire des larmes ? De quoi nous entretenait-il d’ailleurs ? Non, je crois que l’art de Renan Luce – de lui comme de la plupart des chanteurs –, ne peut s’exprimer que dans une plus grande simplicité. Laissons les crooners crooner, Luce n’en est pas un.

 

La page Renan Luce sur le site 3C, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

 

Au début

Et, pour le plaisir, retrouver ce titre qui fut un tube, Repenti :

Tags : NouvellesRenan Luce
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Commentaires 3

  1. Lucas Erem says:
    il y a 7 ans

    Tu as très bien écrit ce que je pense de Renan Luce, les gros arrangements de scène ne m’ont jamais convaincus, ses guitares voix dans le spectacle « Seuls à trois » sont un de mes meilleurs souvenirs de concerts.

    Reply
  2. Elodie Galland says:
    il y a 7 ans

    Cet article me conforte dans les impressions que j’ai de Renan Luce depuis plusieurs années maintenant… ses productions se sont malheureusement grandement affadies depuis ses premières lumineuses et brillantes prestations du début. Espérons qu’en perdant sa Lolita il retrouvera la simplicité et l’émotion des débuts qui m’avaient tant enthousiasmée …

    Reply
  3. Catherine Laugier says:
    il y a 7 ans

    Je n’ai pas vu ce spectacle…

    De l’album, me sont déjà bien imprimées en tête Au début, et encore plus l’obsédante On s’habitue à tout https://www.youtube.com/watch?v=ExOS8kiqAgk
    « Au 21 avril
    Aux réveils difficiles
    Et à celui des loups
    On s’habitue à tout
    Aux bruits de pas du dessus
    À vivre un peu déçu
    À vivre de peu de sous
    À faire un peu l’autruche
    Sans remettre les bûches
    Qui font battre le pouls
    On s’habitue c’est tout
    À faire sa petite danse
    Javanaise de l’absence
    Et j’en bave, pas vous? »

    Berlin et sa belle métaphore du mur, la belle nostalgie d’Enfants des champs ou l’aveu de Citadin :

    « Citadin, j’ai un trou de mémoire anodin
    Avec mon arrosoir dans les mains
    À qui je donne à boire, j’en sais rien
    Je ne sais pas nommer les oiseaux »

    Du champagne à quinze heures est très Salvador…

    De jolies écritures sensibles, et le rythme entêtant des valses, bossas, sambas ou boléros qui rythment le grand orchestre.

    A lui de retranscrire tout cela sur scène… Certaines chansons en formations plus réduites (guitare-ou pas-, piano, contrebasse, batterie) rendent bien aussi cette « batida » :
    https://www.youtube.com/watch?v=SG7MOQ4sWM8

    Reply

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