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Les Innocents : n° 6 (il y a un petit peu plus, je vous le mets quand même ?)

dePol De Groeve
16 avril 2019
dans L'Équipe, Lancer de disque, Pol De Groeve
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Les Innocents (photo Ryann Orhan)
Les Innocents (photo Ryann Orhan)

Le premier opus des Innocents, Cent mètres au Paradis, est paru en 1989. Arrive aujourd’hui leur 6ème album, intitulé 6 1/2 . Pourquoi ce 1/2 malicieux ? Parce qu’ils ont également commis jadis un mini-disque de Noël composé de 6 titres seulement (sacré collector). Le compte est donc bon ! Et constatons qu’avec 6 albums en 30 ans, le groupe n’a pas vraiment contribué à encombrer les bacs des disquaires. Même si leur séparation de 2000 à 2013 n’a pas aidé à la prolifération de leurs chansons…

2013 fut l’année de la renaissance du groupe, réduit à un duo : Jean-Pierre Nataf et Jean-Christophe Urbain. Retour scénique tout d’abord, suivi d’une nouveauté discographique en 2015, l’album Mandarine. Quatre années plus tard, les revoilà, armés de 10 nouvelles chansons qui trouveront vite place dans le cœur de leurs aficionados, auprès de leurs titres de gloire que sont Colore, Raide ou Un autre Finistère…

Dès l’entrée, le temps semble s’arrêter et rebrousser chemin. C’est que le titre d’ouverture, Quand la nuit tombe, aurait parfaitement pu figurer sur leur Post Partum de 1995. Une rythmique imparable, les guitares mises en avant, les voix étonnamment jeunes… Tout nous ramène à la grande époque ! Les Innocents en 2019 ont décidé de renouer avec leurs racines et de nous offrir ce qu’ils font le mieux, avec ce son qui n’appartient qu’à eux : de la pop légère, efficace et décomplexée, lorgnant sans honte vers les classiques anglo-saxons (les Beatles en tête, of course). Du plaisir à l’état pur, garanti sans prise de tête.

Le reste de l’album est à l’avenant. 10 chansons écrites et composées par deux grands gamins de 56 ans, prêts à en découdre avec la morosité et à faire la peau à l’esprit de sérieux. Voyez d’ailleurs la belle pochette du disque ou le clip décalé de leur chanson Apache : et si l’important, en fin de compte, c’était de jouer aux cow-boys et aux indiens ?

Les innocents pochette CDParadoxalement, si l’humeur musicale de l’album est à la joie, les textes – pas toujours compréhensibles d’emblée – donnent dans la gravité, sans parasiter pour autant le plaisir simple de l’écoute. Chez les Innos, les mots sont certes porteurs de (double) sens, mais ont comme première mission de se glisser dans la mélodie qui les porte. Tout coule, tout sonne, la rythmique est essentielle. Ce qui n’interdit pas les trouvailles poétiques, comme ces Îles d’amnésie, destination idéale pour tirer un trait sur un passé encombrant, ou ces Cascades où l’on se retrouve pour fumer des calumets d’amour light.

S’agirait-il en réalité d’un album concept qui s’avance caché ? A l’examen, en effet, tous les textes ou presque évoquent la remise à zéro (Dans les îles d’amnésie / Vendre des souvenirs / Et libérer dans l’espace / L’espace pour ton étoile), la nécessité de nouvelles bases ou d’une nouvelle vie (Tu voudrais t’en défaire mais ça ne marche pas / tu voudrais redevenir, comme autrefois, plus léger), le retour à l’enfance comme point de (re)départ (Je reviendrai sur la Côte d’Opale couper les amarres / Des non qui me retiennent de prendre le large), le marasme d’une vie morne dont on rêve de s’extirper (J’ai l’âge de le faire / Courir le monde, voir des coups de foudre / Mais je n’ai que le droit de rester chez nous)… Signe des temps ? Le grand changement si souvent prôné imprègne en tout cas ce nouvel album.

6 1/2 marque le grand retour d’un groupe cher au cœur des grands ados des années 90. Il serait dommage toutefois de ranger l’album dans les curiosités pour quadras nostalgiques. Leur pop mélodique et intemporelle est en effet à même de plaire à toutes les générations : il suffit d’avoir soif de chansons légères qui font battre du pied.

Et peut-être, un beau jour, pourrons-nous vivre un peu mieux ensemble, chante le groupe. Ecouter leur musique, sourire aux lèvres et cœur battant à l’unisson, semble être déjà un excellent point de départ.

 

Les Innocents, 6 1/2, Sony Music, 2019. Le site des Innocents, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.

Apache

Tags : JP NatafLes InnocentsNouvelles
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