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Le Temps est loin de nos vingt ans…

denosenchanteurs
10 février 2010
dans En scène
1

Le jury du Charles-Cros vient, parmi ses prix annuels, de récompenser in honorem l’œuvre de Graeme Allwright, à l’occasion de la sortie du double cédé-dévédé Des inédits… pour le plaisir, chez EPM. Pas médiatique pour deux sous, hélas (ça nous changerait des insipides Valentin et Victoires), le Charles-Cros est une grande et vénérable institution de la chanson, dont l’avis est précieux.

Ce papier date de presque quatorze ans. Il acte de mon retour à la presse, lassé alors de lire en guise de comptes-rendus des articles minables, des torchons infâmes. Il ne me semble pas avoir pris de rides, sauf qu’il y a bien longtemps que je n’ai vu des ados jouer Davy Moore et fredonner Petites boîtes…

Graeme Allwright (photo DR)

Archive. Le Temps est loin de nos vingt ans… Oui… Non ! Le temps est notion toute relative quand il s’agit de Graeme Allwright, ce jeune vieux monsieur de soixante-dix ans qui, à la manière d’un colporteur de chansons, vient régulièrement dans les parages nous dire des choses sur la vie, sur les gens, sur la difficulté d’être, sur l’espoir, sur le bonheur aussi. Il y a longtemps que nous portons en nous les thèmes de Graeme Allwright, ses refrains, ses reprises de Cohen, Dylan et Guthrie. Suzanne est trentenaire. Les gosses chantent Petit garçon, les ados s’essayent à jouer Qui a tué Davy Moore ?, tous fredonnent Petites boîtes. Sans trop savoir du reste qui en fut l’interprète. Quand une chanson finit par oublier son créateur, c’est qu’elle entre de plain-pied dans notre Histoire. Alors les vingt ans… Ça en fait trente que nous épuisons nos pick-up sur La Ligne Holworth, celle qui, honteuse, transportait les bagnards puis, respectable, des émigrants. Trente ans que, pieds nus sur scène, il nous refait le coup des mêmes chansons, même s’il nous en offre d’autres. « Si je suis encore là, c’est pour vous dire ce que vous savez déjà ». L’aveu est clair. Car y-a-t’il vraiment des choses nouvelles à se dire ? Entre guerres et famines, entre haines et paix, l’Histoire repasse les plats. Tous les capitaines obtus et têtus sont toujours ces « vieux cons » qui nous disent d’avancer. Et Allwright de le dire et le redire, avec constance, avec raison. Complicité absolue entre la salle pleine comme un oeuf et le chanteur. On ne triche pas, on se raconte. Le temps qui passe, les voyages, les copains… Ici « tout le monde sait que les dés sont pipés, que les jeux sont faits ». Entre nous, on ne se la fait pas. On se connaît tellement pour se côtoyer depuis si longtemps. On retrouve l’ami lointain, de passage, qui nous donne de ses nouvelles, de celles du monde. Qu’on écoute parler, chanter. Il y a belle lurette qu’Allwright et autres ont quitté le devant de la scène. Ils sont dans un vague coin de notre conscience. De mémoire lasse, nous avons oublié la portée de leurs textes, reléguant ceux-ci en un temps obsolète où Éclaireurs et Jocistes en faisaient pain quotidien. Faut-il que la p’tite flamme de la musique et celle, grande, des feux de camps soient à ce point encore vives pour qu’à la première impulsion, nous soyons là, si nombreux, convoquant amis et enfants pour faire la fête à cet homme humble et discret, qui « à tout prendre, veut bien être condamné » si c’est « pour s’entendre et pour s’aimer ». Pour se voir offrir ce spectacle totalement maîtrisé : lui, au sommet de sa forme, avec un son précis et d’exceptionnels musiciens. Parmi eux, le Malgache Érick Manana qui, outre son picking éclairé, nous a donné de sa voix magnifique des chants déchirants de Madagascar et des émotions brûlantes que nous ne connaissions pas. Bravo ! Plus de deux heures de spectacle et, au final, une salle debout pour saluer Graeme Allwright, l’artiste, l’ami, le complice. Après des rappels mille fois recommencés, nous nous sommes quittés. « Ça m’fait d’la peine / Mais il faut que je m’en aille ».

Tags : Graeme Allwright
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Commentaires 1

  1. delorme says:
    il y a 17 ans

    Salut,
    Sur mon site, rubrique Parlons chanson, un texte (hommage) qui parle de Graeme Allwright.
    Pierre Delorme

    Reply

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