Il a suffit d’un enregistrement public au Forum Léo-Ferré d’Ivry en 2008, Ne pense plus, dépense !, pour qu’Yvan Dautin se rappelle à notre (bon) souvenir. Il s’était passé seize ans depuis son précédent opus et on ne savait plus trop, mis à part quelques rôles au théâtre et à la télé, ce qu’il était devenu. Pour renouer avec le passé, deux titres, « La méduse » et « La mal mariée », faisaient agréable lien. Un disque de toute beauté fait de mélodies, d’humour et d’ironie, de jeux de mots… Et donc de quelques reprises, inclues une de Ferré, une autre de Caussimon. Un come-back sans avenir ? Ben non. Car, depuis, Yvan Dautin se reproduit en scène. Et qu’un nouvel album s’ajoute à une discographie un temps contrariée.
« La vie c’est pas cadeau / Quand elle te prend aux mots. » Si on résume à grands traits ce disque à la sombre jaquette, c’est « Tout va mal mais (au lit) on peut se faire du bien. » Chomage, guerres, environnement, Yvan Dautin est pessimiste et si les disques d’aujourd’hui ne sont plus des grandes rondelles en noir vinyle, il n’empêche que celui-ci broie du noir. Le pire, c’est que le constat est juste et que c’est pas joli joli. Le précédent opus au moins faisait mille pirouettes et grimaces de clown pour passer la pilule, pas celui-là. Bien sûr il y a l’amour pour valeur-refuge. Celui des hommes, certes. Celui de la Femme, de l’amour physique. Au pieu on se songe guère aux cours des bourses, encore que. Dautin nous tend un miroir pas drôle. Par bonheur il le fait avec le talent qu’on lui sait.
Faut-il dire que ce disque est superbe ? Qu’il compte et comptera dans les grands classiques ? Et qu’il ne passera jamais en radios, même pas à Inter si ce n’est chez Meyer, le préposé aux rattrapages du service public. Ecoutez La femme battue (je sais, le sujet n’est pas joyeux, juste bon un illustrer un Téléphone sonne…) ou la chanson titre, Un monde à part, ou La valse des adieux, et ça vous sera aussi évident.
De nos jours, un disque se vend sur une impulsion, sur un titre rabâché, qui tourne en boucle dans les playlists. Là, même pas sûr qu’à la première écoute il vous accroche, si ce n’est par sa petite musique jazzy (un presque « grand orchestre », dirigé par Angelo Zurzolo, fait de cordes et de cuivres, de piano et de basses, succulent). Il faut y entrer, singulière démarche, se mettre au diapason de Dautin, de mots finement agencés qui s’ébattent dans l’émotion : « Est-ce que dans l’cœur des sourds / On entend quelque chose / A la tombée du jour ? » Ce disque se mérite. Il mérite sa place dans une discographie idéale.
Le blog d’Yvan Dautin, c’est ici.
« Un monde à part », Hexagone 2017, mise à jour vidéo 5 juin 2022







![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)





Il faut voir Yvan Dautin sur scène. Comédien talentueux, une indéniable présence et beaucoup de nuances dans ses interprétations. Certaines chansons de ce CD sont testées en scène depuis pas mal de temps, avec un pianiste de haute volée Elie Maalouf, qu’on ne retrouve pas sur le CD.
Ne jamais entendre Dautin sur Inter, c’est un comble, mais dans ce domaine, plus rien ne m’étonne depuis bien longtemps !
Pas sur France Inter, c’est fort dommage, et désespèerant maiis il n’y a pas que France inter sur terre… Sur Radio Valois Multien, radio associative libre, Yvan Dautin passe três régulièrement… Mëme les amours d’un dromadaire et d’une méduse y sont accueilli avec bienveillance, c’est dire.
Heureusement, il reste près de 600 radios associative en France. Merci aux enchanteurs de penser à elles, parfois…
Amitiés chansonneuses
« … La chanson est un art à part entière. Il existe des chansons mineures et des chansons majeures.
Les premières pullulent, les secondes sont plus rares, elles ne viennent pas automatiquement à nous, il faut aller les chercher… »
Michel Trihoreau – « La chanson de proximité »