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Le chant des vagues 2022. Thibaud Defever chante la mer

deGabriel K
5 août 2022
dans En scène, Festivals, Gabriel Kerneis, L'Équipe
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Thibaud Defever, ©Pierrick Ménard, association Erquy en Scène
Thibaud Defever, ©Pierrick Ménard, association Erquy en Scène

5 juin 2022, festival Le chant des vagues, Erquy (Côtes d’Armor)

 
C’est un dimanche matin, à l’heure de la messe, dans la chapelle des marins d’Erquy pour une liturgie maritime. Dans la douce lumière des vitraux, seul avec sa guitare dans son pull rayé, Thibaud Defever mêle compositions personnelles et reprises sur le thème de la mer. Sans applaudissement entre les chansons, le public plonge dans un long moment de poésie suspendu dans un silence religieux. La voix est profonde, les doigts volent sur les cordes, délicats.

L’heure vagabonde commence par nous emmener « aller voir la mer un dimanche », et le paysage côtier se dessine en touches impressionnistes ponctuées du répliques triviales du quotidien. Cap ensuite vers les plages du Nord, Bray-Dunes, pour une enfance littorale fantasmée. « Je revois tout / j’invente à peine / dans les flots de mes draps / je comptais les sirènes. »

Chapelle des marins d'Erquy ©Gabriel Kerneis
Chapelle des marins d’Erquy ©Gabriel Kerneis

Parfois les mots manquent. À l’artiste, pour dire ses émotions depuis le confinement : il nous livre une délicate chanson sans paroles, D’un bon pas, composée le long du chemin des douaniers quand son stylo s’est asséché. Au chroniqueur aussi, pour traduire le frisson ressenti face au Dauphin de Tri Yann entonné a capella : « Sur la lande déserte, une femme fredonne / Pour son enfant et pour elle aussi : / Je connais ton père, petit bonhomme / Il vit très loin, très loin d’ici… » À l’artiste encore qui oublie les paroles, saisi par le moment : c’est le public alors qui les lui souffle, émouvante communion.

Pour finir, ce sont les notes de La mer de Charles Trenet que Thibaud Defever fait résonner comme une bande instrumentale pour égrener le générique. Il n’est pas si courant qu’un artiste prenne le temps de dire ainsi les noms de ceux qu’il a repris, pour ceux dans le public qui ne les (re)connaissent pas. Partageons ici cet hommage : Anne Sylvestre (Le pêcheur de perles), Les Innocents (L’autre Finistère), Léo Ferré (La mémoire et la mer), Bertrand Belin (La longue danseuse).

defever 2 Théâtre L'ancre des mots KerneisLa veille au soir, Thibaud Defever — anciennement connu sous le nom de Presque oui — a donné un autre concert tout aussi émouvant sur la scène du théâtre d’Erquy. Seul encore, sans le Well quartet qui l’accompagnait sur son album. La mélancolie est présente en filigrane mais sans jamais donner dans l’appesantissement ou l’apitoiement. Les Mirages (à l’horizon) nous entraîne dans un rythme dansant, puis cède la place à  Île (C’est ça qu’il nous fallait) , chanson d’amour naissant si fragile, sans passion, mais doux comme une évidence enfin trouvée. Plus tard, l’amour se dissout dans L’artillerie lourde, une dispute conjugale sous forme de guerre totale, convoquant napalm et gaz sarin. Comment reconstruire ensuite ?

Quand il se fait « de la bile, encore de la bile, encore du mouron », il manie la métaphore filée comme il tisse ses mélodies, avec finesse et ironie. Il n’hésite pas à diviser le public pour mieux l’unir, faisant chanter aux spectateurs pas moins de huit voix distinctes. Il joue ensuite avec l’ingénieur lumière, changeant au dernier moment l’ambiance du vert au rouge pour décrire un incendie nocturne : « brûle, brûle, brûle bien / brûle, qu’il ne reste rien / de la maison d’enfance » concluant par un cri et un accord rageur comme le brasier 

Il fallait finir ce concert puissant par des mots d’apaisement. On saura pas dit avec ce qu’il faut de doute et de tendresse l’amour qui durera, ou pas. Qu’il faut bien vivre pour savoir, « tout à la fin si on était bien faits l’un pour l’autre. » Une chose est sûre : on était bien dans ces chansons qui disent la difficulté et la douceur d’aller les uns vers les autres.

 

Le site de Thibaud Defever c’est ici ; ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Thibaud Defever habite à Douarnenez et cherche d’autres chapelles en Bretagne pour donner ce spectacle. On peut le contacter sur son site.

Les mirages, Live Européen-Hexagone 

 

Tags : Le chant des vagues 2022NouvellesPresque OuiThibaud Defever
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