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La bonne année de Françoise Fabian

dePol De Groeve
6 juin 2018
dans L'Équipe, Lancer de disque, Pol De Groeve
0

Francoise-FabianAttention, disque rare ! Pas une galette pondue pour occuper les play-list ou faire le buzz chez les obsédés de la branchitude. Tellement plus précieux. Un disque séduisant, apaisant, empreint de sérénité, qui vous attrape par l’oreille, vous émoustille les neurones et finit par squatter votre cœur. Une rondelle de bonheur.

Disque singulier pourtant, puisqu’il est l’œuvre d’une débutante de 85 ans, grand nom des planches et des écrans : Françoise Fabian. On se doute qu’à ce stade de sa carrière, notre actrice n’allait pas se lancer dans l’aventure par simple caprice. On peut deviner l’urgence et la nécessité de faire entendre sa voix d’une manière plus personnelle. Comme un dernier cadeau. Et si, certes, elle n’a signé aucun texte ni musique, en comédienne aguerrie, elle sait choisir ses rôles et connaît la valeur des mots. Sa personnalité transpire en vérité de chaque morceau et nous la révèle aussi attachante que son image le laisse pressentir. Aussi puis-je bien l’avouer : je suis tombé amoureux de Madame Fabian !

Je l’aime pour ces leçons de vie qu’elle nous offre. Sans prêchi-prêcha, ça n’est pas le style de la maison. Mais avec la sagesse acquise au fil des ans. Avec l’humanité qui est la sienne. Avec la quiétude dont elle fait preuve face à l’inéluctable qui se profile. Avec la tranquille assurance des bourlingueuses de l’existence, qui en ont retenu l’essentiel.

Qu’il est bon, dans ce monde frénétique en perpétuel changement, de recevoir de si beaux rappels à l’ordre : « Ah ! Ah ! dit la Terre, je tourne / Et tout ce qui sur moi séjourne / Un de ces jours n’y sera plus ». De se questionner sur la vanité des choses : Après quoi courions-nous ?, vous demandez-vous (« Comme courent les émissaires / Des batailles légendaires / En ignorant qu’au bout… »), et en concluez lucidement : Nous courions pour du vent. De goûter la paix intérieure : « J’ai souvent caressé l’idée / Qu’un jour je partirai / Tant et si ben choyée / Que cette curieuse idée / Je l’ai apprivoisée ». De faire une pause pour revivre nos émotions d’antan : « La nuit va tomber / Et je veux revoir / La scène où tu passes / Dans la contre-allée / Derrière le plongeoir ». De ne garder que le suc : « Dépouillée de mon histoire / Je me tiens, comme au départ / Face à tout ce que j’aime / Tant de choses que j’aime… »

A la réalisation du disque et à l’écriture de quatre morceaux, Alex Beaupain. On le sait : le chanteur-musicien, suivant la voie d’un Chamfort ou d’un Souchon, aime à chanter des choses tristes et graves sur des musiques pop à la mélancolie légère. Méthode parfaitement mise en œuvre ici, tant le résultat – particulièrement les arrangements de cordes – est somptueux. Pour l’assister dans sa tâche, l’admirateur-pygmalion a rameuté ses amis et collaborateurs habituel : Vincent Delerm, La Grande Sophie, Julien Clerc, Dominique A… On y ajoute Charles Aznavour et Jean-Claude Carrière pour un titre chacun, et les moins connus Nicolas Ker ou Axel Reynaud. Vous avez ainsi une idée de la dream team rameutée pour escorter notre apprentie chanteuse, dont la voix juste et à peine voilée ne trahit en aucune façon son âge ou son inexpérience. Feuilletage de bottin mondain que ce panel de grands noms ? Disons plutôt beau rassemblement d’artistes généreux, qui se sont modestement mis au service de leur interprète pour lui offrir sur un plateau d’argent le meilleur de leur talent.

Ce premier (et unique ?) disque de Françoise Fabian a le goût et la saveur des œuvres automnales. Ces disques où l’artiste laisse tomber les barrières et les tics pour se mettre à nu, parler sans fard, s’offrir tout entier. On évoquera le Chambre avec vue d’Henri Salvador. On lui souhaite volontiers le même succès. Soyons sûr en tout cas qu’il saura trouver le chemin des cœurs et y creuser un nid inexpugnable. Qui s’en plaindrait ?

 

Françoise Fabian, Labréa Music, Wagram Music, 2018.

Tags : Axel ReynaudCharles AznavourDominique AFrançoise FabianJean-Claude CarrièreJulien ClercLa Grande SophieNicolas KerNouvellesVincent Delerm
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