
« Automne 1969, Tournai. J’ai vingt ans et une seule idée en tête : la chanson… Ce soir, Félix Leclerc chante à la Halle aux draps, ancienne Halle reconvertie en salle de spectacle. Je ne sais pas encore à quel point il va influencer mon devenir. Félix Leclerc, ce soir-là, je le découvre. Inconsciemment, je découvre aussi à quel point je suis affamé… de mots, d’émotions, d’échanges, de découvertes… » (1)
Après l’intégrale de ses textes publiée en 2013 (très beau livre faisant utilement office d’autobiographie, belle mise en pages), Jofroi rassemble ses enregistrements pour une intégrale discographique qui, à quelques jours de la Saint-Sylvestre, pourrait être un de vos présents. Présent et à venir.
Son écrasant statut de directeur artistique du festival Chansons de parole de Barjac, vingt ans durant, a pour beaucoup d’entre nous masqué l’intérêt, l’importance, la pertinence de son chant, de sa qualité de chanteur. A fait écran, et c’est grand dommage. S’il a tenu, par rééditions (de 2016 à 2020) et compilations (les trois CD Survol), à maintenir son œuvre disponible, Jofroi frappe en cette fin d’année un grand coup : il se fait coffret (je sais, je reprends l’expression d’Yvan Dautin, mais j’aime bien, elle m’est irrésistible).
Intégrale ? Sauf les contes musicaux « jeune public », autre partie de lui et de son art : une douzaine de très honorables albums, tous tirés de spectacles éponymes, qui s’étalent de 1983 à 2009.
Onze albums studio (on ne lui connaît qu’un double disque en public, Duo, paru en 2007), soit 120 chansons.
On aimera Jofroi pour cette voix qui allie fermeté et douceur, qui garde en elle un peu beaucoup de ses origines wallones, pour ce regard constamment porté sur l’Homme et la terre, sur ce que l’homme fait de la Terre, sur ce « qui pousse les hommes à faire de leur paradis un enfer ». C’est au contact de Julos Beaucarne que Jofroi est devenu chanteur, gardant comme lui et pour toujours cette relation philosophique et charnelle à la nature. « Un chanteur écolo » devait-on dire à l’époque… A la nature comme, malgré tout, à l’humain.
Il vous faut goûter à Jofroi, de son premier album (Jofroi et les Coulonneux, en 1975) à maintenant (Habiter la Terre, en 2018), revivre par ses chansons son itinéraire d’homme et de poète, de la Belgique dont il est natif (à Ath, en 1949) à cette terre du Gard, Cabiac pour être précis où il réside depuis plus d’un quart de siècle et dont il fera la chanson-titre de son album de 2011, Cabiac sur Terre.
Cette intégrale est précieuse car elle traverse cinq décennies et en garde l’empreinte, les titres qui la composent s’inscrivent de plain pied dans l’Histoire contemporaine de la chanson, épousant sinon les modes au moins les grandes tendances de cette chanson « de paroles ». Avec de bien belles réussites qu’on tiendra pour autant de singulières pépites. Et cette chanson-étendard qu’est Si ce n’est manque d’amour, une chanson de 1976, paru sur le 33 tours éponyme, que Jofroi chante encore et toujours.
Petite précision : pour ceux qui ont déjà plusieurs cédés contenus dans cette intégrale, vous pouvez n’acheter que ce qu’il vous manque, le coffret en carton en sus.
(1) Jofroi, de Champs la rivière à Cabiac sur terre, Éditions du Soleil 2013.
Jofroi, Faut bâtir une Terre, faut s’inventer la vie, Coffret 11 CD, Productions du Soleil/EPM-Socadisc. Le site de Jofroi (et le bon de commande), c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
« Si ce n’est manque d’amour » : https://www.youtube.com/watch?v=TK6joPPLeQo
« Cabiac sur terre » : https://www.youtube.com/watch?v=S5lEjrOr3-E
« Faits d’hiver » :



![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)









