
Perdre Birkin, suivant votre âge, c’est un peu comme perdre sa sœur, perdre sa mère, perdre une mamy qui n’en a pas l’air, toujours pieds nus en jeans et son basket à la main. Cheveux au vent cachant les épreuves de sa vie. Les réactions de ses pairs, ceux dont elle était la muse, ceux avec lesquels elle a si souvent joué ou chanté, se succèdent. Biolay, Beaupain, Frédéric Bobin, Daho, Pierre Lapointe, Florent Marchet, Jean Marie Perier, Hervé Suhubiette, Johan Sfar… mais aussi la femme ou l’homme que vous croisez dans la rue. Un seul mot : tristesse.
On ne vous racontera pas à nouveau son enfance anglaise, fille d’un commandant de la Royal Navy, David et d’une actrice, Judy Campbell, elle même fille d’auteur de théâtre. Son premier mariage à dix-sept ans avec le compositeur John Barry, la perte de sa fille Kate, issue de cet amour, à quarante-six ans en 2013, le plus grand drame de sa vie.
Sa carrière au Cinéma et au Théâtre.
Sa rencontre avec Gainsbourg (je me souviens de leurs échanges mi figue-mi raisin à la télévision), auquel elle fut fidèle même après leur séparation, chantant ses amours des feintes, chansons toutes de Serge, couverture dessinée par Serge, vidéo de Serge, un an avant la mort de celui-ci en 1991, presque le même jour que son père. Le chantant encore en symphonique en 2017.
Sa rencontre avec Jacques Doillon, qui lui permit aussi d’enrichir sa carrière cinématographique. Chacun de ses amours faisant naître une fille, Charlotte avec Serge, Lou avec Jacques.
Après plusieurs soucis de santé, Jane avait le projet de rechanter, de remonter sur la scène du théâtre cet automne. Jane c’était la fille à qui l’on voulait ressembler, celle dont rêvaient les garçons, nature, engagée pour les bonnes causes. Jane c’était aussi une chanteuse, inoubliable interprète de fraîcheur naïve, qui n’osa écrire elle-même qu’au XXIème siècle, avec d’abord cet album autobiographique, Enfants d’hiver (2008), puis en collaboration avec Etienne Daho, Oh pardon tu dormais, 2020. Daho, un des premiers à réagir : « Inimaginable de vivre dans un monde sans ta lumière. »
« Amours des feintes », 1990



![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)










Je ne sais plus quand c’était, ni où. C’était un théâtre à l’italienne et j’étais à un des balcons, sans doute le plus haut perché. Jane était sur scène. Avec un petit décolleté. Tout en savourant ses chansons, je matai sa petite poitrine. J’ai tellement aimé ce concert que, je vous le jure, je crois avoir vu ses seins. Doux souvenir, peut-être rêvé, mais c’est celui que je garde, que j’emporte.