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Interview : la genèse de Malicorne (3)

denosenchanteurs
15 mars 2011
dans Interviews
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Gabriel Yacoub, le fondateur et leader de Malicorne (photo DR)

MK : Le disque « Trad’ Arr », en 1978, c’est la carrière solo qui s’annonce ?
GABRIEL YACOUB : « Pas du tout. En réalité, Malicorne marchait très bien. On tournait beaucoup, on vendait plein de disques. Ce qui est paradoxal, et m’ennuyait beaucoup, c’est qu’un groupe qui marche bien est un groupe qui ne fonctionne plus. C’est une routine qui me déplaisait totalement. C’est-à-dire qu’on travaillait un mois, un mois et demi sur un nouvel album, on l’enregistrait, on faisait une tournée puis on rentrait chez nous. Pendant six mois de l’année on ne faisait rien. Mais rien ! Ou aller chercher des chansons pour un nouvel album. C’était rigide. Ce qui m’ennuyait aussi, c’est qu’on ne jouait plus que dans des grosses salles (des gymnases très vilains, souvent), sans plus de contact avec le public, sans cette convivialité qu’on peut avoir dans des petites salles, des centres socio-culturels, des mjc, des clubs… Je restais chez moi six mois de l’année et je n’étais pas content. Je me suis dit que j’allais me mettre à tourner tout seul. Car, en même temps, comme ça marchait bien, on avait atteint des cachets importants (je ne dis pas que c’était faramineux) qui nous interdisaient de tourner à l’étranger. Comme on ne pouvait pas rogner sur la fiche technique, on ne tournait plus ni en Angleterre ni en Allemagne, ni en Italie ni nulle part. Je me suis que, seul, j’allais reprendre la route pour aller dans ces petits lieux que je fréquentais avant, que j’aimais et qui me manquaient. Comme je ne voulais pas qu’il y ai confusion avec Malicorne, je m’étais fait un répertoire qui certes y ressemblait beaucoup, mais qui n’était pas « Malicorne sans les autres ». Simplement des chansons traditionnelles que j’aimais bien. Au bout d’un an, je me suis dit « Pourquoi ne pas en faire un disque ? » mais c’était vraiment pour en avoir une trace. Et je ne pensais pas faire une carrière solo. »

« Balançoire en feu », en 1981 : du pur Roda-Gil en lieu et place d’un répertoire prélevé à la tradition !

En 1981, « Balançoire en feu », ce sont des textes que tu demandes à Roda-Gil ?
« Un peu avant 81, on a décidé d’arrêter Malicorne. On avait l’impression d’avoir fait le tour de l’expérience. Chacun, à ce moment-là, avait des envies un peu différentes. On s’est dit « on va faire un disque ultime, pour s’arrêter de manière élégante, mais on ne va pas faire ce qu’on n’a plus envie de faire : de la musique trad’. On va essayer de faire de la musique originale. » À l’époque, aucun d’entre nous n’écrivait bien qu’ayant tous, plus ou moins, de petites velléités en ce domaine. Mais personne n’était capable, ni à nous tous, d’écrire un album. On a donc décidé de prendre un auteur et notre choix s’est porté sur Étienne parce qu’on l’aimait bien, on respectait son boulot. »
Parce qu’il travaillait avec Angelo Branduardi ?
« Pas pour ça, non, mais pour son travail en général. On lui a demandé ; il était ravi de le faire. Il se trouve qu’il a fait un super travail : nous en étions tous très contents. On a fait ce disque comme le dernier de Malicorne, avec cependant ce revirement inattendu pour notre public : ce n’était plus traditionnel. »
Ça a été perçu comment ?
« Très mal ! Ce disque n’a pas marché du tout ! Les gens n’ont pas compris. Il faut dire qu’à ce moment-là, il y avait une nette baisse d’intérêt. Tout ce mouvement folk, magnifique, mélangé au courant écolo qui avait porté cette musique, se liquéfiait. »
Creys-Malville était passé par là…
Oui, bien sûr. Et puis le désenchantement. Ce côté baba-cool qui revirait… Ça a été une révolution dans les mœurs, tranquille mais radicale. Non seulement les gens n’avaient plus envie de ça, mais en plus Malicorne sort ce disque avec des choses complètement contemporaines. Les vieux fans étaient déçus et ça ne nous a pas permis non plus de toucher un autre public. »
Ça s’est senti lors de la tournée ?
« Bien sûr. Mais comme on avait décidé d’arrêter, ce n’était pas un problème pour nous. »

 

Cette interview-genèse de Malicorne est en quatre parties sur NosEnchanteurs. Lire les précédents épisodes ainsi que le suivant :

1er épisode ;

2e épisode ;

4e épisode.

Tags : Gabriel YacoubMalicorne
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