
Gwen est chanteuse, G est musicien, c’est l’ordre établi. Sauf qu’il est admis que ces deux-là sont aussi un duo, une voix claire, l’autre éraillée : le grave et l’aiguë.
Ça démarre à l’ukulélé, doucement mais fermement. A la manière de ne pas y toucher, façon chanson récréative, en apparence légère tant dans le propos que dans la forme, Gwénaëlle pique ses banderilles urticantes, de son spoutnik larde notre piètre et pauvre monde de ses piques, s’indigne de la catastrophe écologique. Tout ça pour conclure, d’une fausse naïveté, que « l’IA est là et ce sera magique ». Eh, c’est que, mine de rien, ça pourrait faire un tube chez les gogos, les toujours prêts-à-comploter.
Le ton est là. Daniel Gasquet, le Monsieur G (guitariste, ukéléliste et parolier, compagnon de madame aussi), et Gwénaëlle Baudin s’emparent (parfois s’amusent ou s’en amusent) de sujets souvent graves, les exposant à leur manière (qui va de décontractée à soucieuse) dans la clarté du propos. Propos glaçant (même les doigts sur les cordes de la guitare sont alors froids) quand il s’agit, sur Sans visage, de cet homme violent en toutes circonstances (« C’est quoi qui cogne dans ta tête ? / Tu sens la lave qui monte / Seras-tu volcan sans honte / Ou terrible tempête ? »), au volant comme avec sa compagne d’où « coule un filet de sang / à chaque claque ». En fait nos deux chantent des causes : « Chanter toutes les causes / Des choses dont on cause / Et que tout oppose ». Des causes et des postures, des attitudes : « On a nos opinions / Sommes fiers d’avoir raison » lancent-ils dans un titre (Oradour-sur-Flamme) où il n’est pas difficile de retrouver le discours-type d’un militant du RN, bête, obtus (pardon pour ce double pléonasme). C’est ça Soli & G : sous des p’tites chansons d’apparence sans importance se nichent des vérités toujours bonnes à dire, des éléments de réflexion à consommer sur l’instant, à ramener à la maison aussi pour mieux encore cogiter. Nos deux se piquent sans s’en donner l’air de nous rappeler des choses de la vie, des évidences qui ne le sont que si on les réfléchit, que si on les possède. Pour se définir, nos deux larrons ont une formule : ils « apprivoisent nos peurs et nos colères » mais, précisent-ils, « avec humour et malice ». A trois ou quatre chansons plus sentimentales près, plus tendres, un peu à la manière de marchands de bonheur, le répertoire de notre espiègle duo n’est fait que de tels rappels au bon sens. Un répertoire mémorisable, facile à reprendre, comme une possible chanson de tous les jours, un truc de plus dans sa caisse à outils pour réparer les bobos du monde.
Gwen Soli & Monsieur G, Visages, EPM 2025. Le site de Gwen Soli & Monsieur G, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.
« Mais c’est novembre » :
« La Dame de la rue » :










![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)


merci Michel ! Heureux que tu aies entendu notre album avec cette oreille……Pour les gens que cela intéresse, la photo est de Robert Arnoux.