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Gauvain Sers et le domaine des Dieux de la chanson

deVincent Capraro
2 avril 2018
dans En scène, L'Équipe, Vincent Capraro
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Gauvains Sers à l'Olympia (photos Vincent Capraro)
Gauvains Sers à l’Olympia (photos Vincent Capraro)

L’Olympia, ça c’est fait ! Il l’aura gravi la montagne sacrée le bougre, avec une rapidité incroyable, une maîtrise et un talent qui n’a rien à envier à ses illustres prédécesseurs en ces lieux. Le voilà premier de cordée mais sans le vertige des sommets, juste un peu grisé, sur un petit nuage. Mais comment ne pas l’être quand en dix fois plus gros que n’importe qui son nom s’étale en lettres rouges sur le fronton du music-hall du boulevard des Capucines ? Hier encore, « le coeur léger et le bagage mince », il se produisait au cabaret. S’il n’avait pas encore conquis le tout Paris, pour nous il avait déjà tout d’un grand, n’en déplaise à la très affligeante Christine Angot. Alors ce soir, le voir fouler la scène de ce lieu mythique, nous a bouleversé de joie et d’émotion. Gauvain dira lui même, à maintes reprises dans la soirée, qu’il n’en revient pas d’être là…

Quand des directeurs artistiques de grandes maisons de disques ont le courage de mettre dans la lumière la chanson française de qualité, le public est au rendez vous. Non, le genre n’est pas mort, des artistes talentueux existent, dans l’ombre (si vous saviez le nombre de disques que nous recevons chaque jour à la rédaction de NosEnchanteurs…) Il suffit de leur donner leur chance. C’est bien l’intention de Gauvain en invitant ce soir pour sa première partie l’excellent Frédéric Bobin dont nous vous reparlerons très prochainement.

Avec Clio
Avec Clio

Alors un Olympia pour lui tout seul ? Non pas vraiment, c’est en groupe que Gauvain Sers entre en scène dans un écrin de lumière somptueux pour Comme si c’était hier, entouré de : Martial Bort l’ami fidèle, Martial au sourire incroyable des premiers concerts acoustiques et aux riffs de guitare endiablés ; le flegmatique Jérome Pichon qui joue tout aussi bien de la basse que de la contrepèterie classique ; Léo Cotten, à la coiffure improbable mais aux claviers bien léchés et, enfin, Mathieu Gayout, le prince du groove, avec ses baguettes magiques à la batterie.

Dès le second titre, Quand elle appelle sa mère, on prend une énorme claque. Les chansons prennent corps dans une interprétation musicale magistrale. Gauvain nous avait habitué à des versions plus intimistes sur scène mais le Pourvu tour prend une tout autre dimension. Les titres dans une versions plus proches de l’album dégagent une énergie encore plus puissante et généreuse. On imagine aisément tout le travail effectué  pour en arriver là, mais le public lui, n’y voit que du bonheur.

On embarque illico pour une ballade Dans la bagnole de mon père, une vielle Citroën blanche immatriculée 23 (oui, pour ceux qui ne le savent pas encore Gauvain est Creusois). Thierry, le papa est dans la salle. Il nous confiera son émotion de voir « le gamin » sur cette scène… de notre côté on ne le remerciera jamais assez d’avoir fait découvrir tous ces beaux artistes à ses fistons… Gauvain introduit son brûlot anti FN Hénin-Beaumont avec la citation d’Audiard « Les cons ça osent tout c’est même à ça qu’on les reconnaît » ; il ajoutera que « certains poussent  le bouchon encore un peu plus loin en arrivant à remporter des élections… » Allez ! On peut aisément décliner le raisonnement  jusqu’au élections nationales.

Avec Tryo
Avec Tryo

On découvrira deux chansons nouvelles qui figureront sur le prochain album : Tu vends des roses (chanson qui déclenchera une pluie de roses lancées par le public sur scène) et Je pense à toi mon amour, très émouvante ode à la femme, par laquelle il y dénonce la bêtise et la violence masculine « quand on insulte une femme on les insulte toutes… la liberté d’une femme ça vaut tout l’or du monde ».

Gauvain arrête Martial qui joue l’intro de Pourvu à deux reprises et lance au public : «  c est pas ce que vous croyez ! » effectivement, c’est une grosse surprise. La petite fouine ! Voilà qu’il a réadapté son titre phare, en hommage au public : « Pourvu qu’tu repartes tout content / Sans réclamer le remboursement / Pourvu que je lise pas dans ton regard / Qu’il faudrait qu’j’arrête la guitare… » Voilà un savant mélange d’humour-amour en guise de remerciement au public qui l’a porté là. L’émotion se poursuit pour introduire Comme chez Leprest. Un vibrant hommage sera rendu par l’artiste à Françoise, la patronne du cabaret le Connétable, présente dans la salle et qui lui a fait confiance en lui donnant la possibilité de se produire sur scène à son arrivée à Paris.

C’est encore Paris qui inspire Gauvain et la chanteuse Clio qui le rejoindra sur scène pour interpréter cette chanson incroyable, Mon rameau, écrite à deux mains. Mais quelle merveilleuse idée ils ont eu de faire parler la Statue de la République, témoin privilégié des heures graves de la place « Il y en a pour me consoler / Qui viennent allumer des bougies / Au moins ça me réchauffe les pieds / Et ça éclaire un peu mes nuits ». La chanson déclenchera une standing ovation pour les deux artistes.

Entre République et Nation il n’y a qu’un pas de militant et c’est Martial qui se lance dans la marche avec une envolée de guitare fracassante qui soulève la salle et transforme le concert en une véritable fête qui va se poursuivre avec des invités de choix. Gauvain accueille, extrêmement ému, ceux qui lui ont donné la chance de faire leurs premières partie, avant même le chanteur énervant, le groupe Tryo au complet, qui partagera avec lui le très symbolique « ce que l’on sème ».

On saluera le choix de Gauvain pour deux excellentes reprises, La ruelle des morts de Thiéfaine et ce Poulailler song de Souchon qui, bien qu’écrite en 1977 sous la Giscardie, résonne encore aujourd’hui comme un titre tristement d’actualité. Le concert s’achèvera avec Mon fils est parti au djihad qui nous bouleverse d’émotion à chaque fois.

En fin de soirée, dans les loges, entouré des copains, des amis, l’équipe du label Mercury fait la surprise à Gauvain, en lui remettant son disque de platine ! Respect absolu. Mais connaissant l’artiste, c’est sûrement pas un disque de platine ou un Olympia pour lui tout seul qui le fera virer de bord qui lui fera fermer sa gueule… quelques Spritz plus tard, les yeux encore plein d’étoiles, la petite troupe remontera dans le bus tour pour un départ vers le concert du lendemain à Sochaux. Voilà la vie de saltimbanque dont il rêvait…

 

Le site de Gauvain Sers, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. Retrouvez ici toutes les photos de Vincent Capraro prises lors de cette soirée à l’Olympia.

Tags : ClioFrédéric BobinGauvain SersNouvellesTryo
Vincent Capraro

Vincent Capraro

La passion qui l’anime au fil des ans tant de la chanson que de la photo s'est structurée pour aboutir à une collaboration avec NosEnchanteurs, le Quotidien de la chanson, sur lequel il publie régulièrement. Il possède aussi un site à son nom où il présente ses clichés scéniques. Plus qu’une magnifique cimaise, c’est un festival !

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Commentaires 2

  1. Catherine Cousin Raynaud says:
    il y a 9 ans

    Cet article est à la hauteur de l’artiste. J’ai raté cette soirée, mais je n’oublierai jamais les toutes petites salles. Comme il mérite ce succès !

    Reply
  2. LILI LESBULLES says:
    il y a 8 ans

    Merci pour ce bel article. Je viens de voir Gauvain à Foire en Scène et je cherchais le nom de ses musiciens, trouvé dans votre article! Merci.
    LILI

    Reply

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