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Didier Sustrac, la bossa qui nous va

deCatherine Laugier
28 novembre 2018
dans Catherine Laugier, En scène, L'Équipe
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José Curier, Philippe Pasquier, Didier Sustrac, James Müller au Petit-Duc 2018 photo Myriam Daups
José Curier, Philippe Pasquier, Didier Sustrac, James Müller au Petit-Duc 2018 (photo Myriam Daups)

10 novembre 2018, Le Petit-Duc, Aix en Provence,

 
Accueilli par un tonnerre d’ap-plaudissements, Didier Sustrac, vite rejoint par son percussionniste brésilien James Müller et par José Curier à la basse, trouvera dans l’écrin du Petit-Duc, son acoustique parfaite, ses jeux de lumières savamment réétudiées par l’éclairagiste maison, le cadre idéal à sa chanson mélancolique et chaleureuse à la fois, constat d’un paradis perdu mais qu’il s’attache constamment à revivre, et chanceux que nous sommes, à nous le faire partager.

Séduit à vingt ans,  lors d’un séjour au Brésil,  par la suavité et le raffinement de l’afro samba et de la bossa jazz, la saudade du violao et le son du portugais brésilien, la musique latine est devenue immédiatement son alphabet musical, tel Pierre Barouh son aîné. Il reste le seul français à respirer bossa, à faire sonner les mots en français, pas seulement pour des tubes exotiques à la faveur d’un été. Le sien (il en a un !), c’est Tout seul, un qui ne manque pas de philosophie. Ça lui permet au rappel de chanter avec le public : « Tout seul, tout seuls les hommes / Qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs / Les hommes / Comme ces vagues dans l’océan ». Ne cherchez pas, c’est la seule chanson dont vous trouverez les paroles sur le net, ce qui est fort dommage, car il a des choses à nous dire, à faire passer.

Sa vie, ce sont des voyages, jamais bien loin de la mer, de la plage, lieu de passage, de début et de fin, réels ou imaginaires, du  Zanzibar de ses débuts (il suffit de prononcer le mot pour être emporté sur un tapis magique), jusqu’à Ostende. Les brumes du crayon à mine sur tes toiles de sanguine le font rêver tout autant que les lasures indigo, et il nous les évoque avec la sûreté d’un peintre, tandis que James Müller effleure avec subtilité cymbales et fûts de ses « pinceaux » ou baguettes magiques et assourdies, dans le raffinement des jeux de couleurs, violets, pourpres, émeraudes ou indigo, et des nappes ouatées créées par l’éclairagiste… Rarement l’univers des musiciens n’est aussi bien révélé par celui des techniciens de la lumière, artistes aussi à leur manière.

Si la tonalité est la Mélancolie, « Je n’ai rien d’autre que l’hiver sur la mer endormie » il ne s’agit pas pour autant de tristesse,  plutôt d’une prise de conscience douce de la vie, de ses aléas, de ses bonheurs, alliant nostalgie et espoir. La voix grave et veloutée, l’empathie, tout ce qu’il  nous conte attirent immédiatement la sympathie du public.
 
Amours heureux. On y retrouve, comme chez Leprest, le bonheur d’un pull partagé à deux : « Nos vies sont minuscules sous nos pulls », déjà dans l’album où il se décrit avec autodérision comme un Chanteur d’ascenseur : «  Un p’tit peu d’amour comme un fil de soie » ; ou plus récemment « On prend juste l’air / A deux dans un pull-over on a tout » (Papillons).
Amours échec où les  fruits sont amers « quand on coupe la poire en deux / Tant pis pour ma pomme / Si la vie nous dégomme », amours finis « mais les amoureux, deux par deux, nous quittent un jour pour les anges ».

Amours hommage à son icône de jeunesse, Emmanuelle, tant fantasmée, si mal aimée, elle qui a tout donné, comme dans une autre sphère Soeur Emmanuelle, parce qu’il faut que l’amour soit le cœur et le corps : « Tu auras passé ta vie en lune de miel à voir le Messie au septième ciel ».

Mais aussi engagements, avec Haïti où il suffirait d’un T de plus pour que ce soit un pays de rêve, Madagascar où les gens pauvres sont heureux, comme des Bêtes à bon Dieu, comme des enfants généreux « Comme si la vie n’était qu’un jeu / A la queue leu leu ». Et pour les petites filles blessées, « entre barbares et Barbies, nos larmes de Bambi ».

Que seraient pour lui la vie sans  les rencontres, Chico Buarque, Nougaro qu’on croit entendre : « Cogne, cogne, même si c’est le cœur qui cogne », lui qui lui offrit ce duo, et d’un trait de plume rectifia entêtant plutôt qu’embêtant : « Seraient-ils si méchants sans les cités nos mioches / Sans le béton entêtant, sans cet amour à la pioche ». Et par hasard rencontré dans un bar, le guitariste Philippe Pasquier qui joua trente ans plutôt avec le bassiste José Curier, qu’il appelle sur scène par deux fois pour nous offir un jam , double impro basse/guitare et solo de batterie. Avec le public qui reprend un des premiers succès de Didier, Comme des animaux « amis ou ennemis, attachés à la vie, attirés par ce qui brille ». Mais aussi des humains à la recherche d’un impossible rêve.

 

Le site de Didier Sustrac, c’est ici. Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là.
Entrevue chez Cédric, 2017

« Emmanuelle » 2011

Tags : Didier SustracNouvelles
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