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Denez Prigent, son jardin enchanteur

denosenchanteurs
10 avril 2015
dans Lancer de disque
3

Visuel-Denez-630x0S’il y a un reproche, un seul, à faire sur ce disque, sur le livret plutôt, c’est de ne pas avoir traduit les textes en français. C’est forcément un choix. Mais tous ne parlons pas forcément breton, pas même ces critiques qui se parent d’un nom finistérien. Ça a beau n’être qu’une somme de chanson d’inspirations et de thèmes traditionnels, des gwerz (complaintes), on aime savoir ce qu’on écoute, vivre un peu ses complaintes tragiques qui peuplent l’art de Prigent.

Nouvel album de Denez Prigent donc, après longue absence discographique : douze ans déjà. Ne reste sur le visuel que le prénom tant il fait pléonasme dans l’ouest.

Un disque non de chansons traditionnelles mais de chansons, paroles et musiques de Denez, traitées à la façon traditionnelle, sur des thèmes récurrents de la tradition. Qui apportent à la tradition de nouvelles et intéressantes pièces.

Ainsi le thème du long voyage où on s’en va chercher ce qui était là, devant soi : « J’ai fait le tour du monde / Et après sept ans je suis revenu / J’ai trouvé sur le seuil de ma porte / Ce que je cherchais / Et que je n’avais pas trouvé / J’ai trouvé une terre, un pays /Que j’avais oubliés. »

Il y a de ces histoires d’amour sordides, d’une exemplaire cruauté : « Tête brune, tête blonde ou tête rousse ? / Me voici avec trois amoureux / Lequel prendrai-je pour époux / Je ne parviens pas à me décider… » La belle en mal d’amour en perdra la tête et tranchera les leurs pour mieux les garder à elle. Des histoires belles à en pleurer.

Rumeurs et médisances, contes et légendes, partie de cartes avec la mort, paysages et ambiances, romantisme celte : « Dans les brumes de Kerchagrin / On aperçoit un jardin / On n’y trouve plus que du chardon noir / Du lierre, des orties et des roses-cendres / En son milieu pousse un vieux chêne / Que j’arrose nuit et jour de mes larmes »… Merlin et Brocéliande ne sont forcément pas loin.

Du trad et du bon. Jadis, dans les années 70 on nommait ça le folk mais le terme a été quelque peu galvaudé, frotté à un peu tout et n’importe quoi, au meilleur comme au pire. On parle à présent du blues breton.

Il y a en Denez Prigent et ses musiciens une ferveur et un talent tel qu’on se dit, à tord, ne pouvoir rencontrer qu’en Irlande. Aux incontournables instruments bretons et celtes (bombarde, violin, celto, whistles, binioù kozh…) se marient d’autres plus en phase avec les temps présents, d’autres enfin empruntés à d’autre cultures : daf, cajon, bendir, djembé, hang… Denez lui aussi frotte, comme précédemment Stivell, son art à celui d’autrui, au slave, au yiddish, même si sa musique reste d’essence bretonne et que, rien qu’à l’écouter, on s’imagine danser an-dro et anter-dro.

Par ce septième album, Denez Prigent affirme son précieux statut de leader de la scène régionale celte. Cette galette bretonne est assurément œuvre d’orfèvre.

 

Le site de Denez Prigent, c’est ici. 

Tags : Denez PrigentNouvelles
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Commentaires 3

  1. Danièle Sala says:
    il y a 12 ans

    Il faut écouter pour y croire, dépasser l’a priori encore un chanteur breton qui chante en breton. On est vite pris par ce chant incantatoire qui vient du plus profond des origines pour atteindre l’universel, comme une danse qui s’agrandit en courant autour du monde. Et on est sous le charme, au sens fort du terme.

    Reply
  2. catherine Laugier says:
    il y a 12 ans

    Et alors, ces paroles en français, elles viennent d’où ?

    Reply
    • Michel Kemper says:
      il y a 12 ans

      Je me nomme Kemper, breton deuxième langue 🙂 Kemper, ça veut dire « confluent » en breton. Et la ville de Kemper (Quimper) est bâtie sur ce confluent.
      Sans blague, à ma demande, l’attachée de presse m’a fourni la traduction des textes. Qu’on doit aussi pouvoir trouver sur le site de Denez Prigent.

      Reply

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