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Christophe, les vertiges du k.o.

dePol De Groeve
12 avril 2016
dans L'Équipe, Lancer de disque, Pol De Groeve
3

ChristopheLe saviez-vous ? Les chanteurs sont des oiseaux ! Certains sont comme des coqs et leurs chants des hymnes matinaux, portant haut la musique du réveil. On se les met dans les oreilles au lever du soleil, pour se mettre d’entrain, pour démarrer d’un bon pied. D’autres sont des oiseaux siffleurs, dont on fredonne les trilles durant la journée, sans y penser, pour se faire du bien, se donner du plaisir. Certains (les plus nombreux ?) sont des volatiles de basse-cour, dont le gloussement continuel semble n’avoir pour fonction que de remplir le silence. Et puis, et puis, il y a les oiseaux de nuit…

Ceux-là sont les plus rares et leurs chants peut-être les plus beaux. Ce sont ceux qu’on écoute à la nuit tombée, quand le calme a envahi la maison et qu’on trouve enfin le temps d’être soi. Ceux qui nous bercent sans nous endormir, au volant de la voiture, quand les kilomètres défilent silencieusement. On les rêve plus qu’on ne les écoute, ils nous portent plus qu’ils ne s’imposent.

Dans cette volière nocturne, Christophe est le roi, le phénix des hôtes de ces bois sombres (dont Julien Doré est l’humble serviteur), au ramage reconnaissable entre mille et au plumage encore beau de dandy septuagénaire.

A l’heure où, comme bien d’autres, il pourrait se reposer définitivement sur son riche passé de faiseurs de tubes, l’homme s’est mué en infatigable chercheur, aventurier de la marche perdue et de la symphonie inachevée, en quête permanente de la sonorité ultime. Il nous livre à intervalles irréguliers le fruit de ses travaux. Parfois c’est brillant (Bevilacqua en 1996), parfois c’est abscons et nous laisse sur le bord de la route (Aimer ce que nous sommes en 2008). Jamais cependant il ne nous laisse indifférents.

Sa nouvelle œuvre s’intitule Les Vestiges du chaos, par ailleurs titre d’un morceau aux paroles écrites par son vieux complice, Jean-Michel Jarre. A la plume également Daniel Bélanger, Boris Bergman et les inconnues au bataillon Laurie Darmon, Claire Le Luhern ou Isabelle Prim. Difficile toutefois de juger de leurs qualités d’auteur, tant le maître n’attache apparemment qu’une importance secondaire à ce qu’il chante. Telle est l’impression en tout cas qui ressort de la lecture du livret : pour peu que les mots sonnent comme ce que l’artiste veut entendre sur sa musique, cela fera bien l’affaire. Si ça a du sens, tant mieux. Si ça en manque un peu, on mettra cela sur le dos de la poésie… Et dans la foulée, on intercalera une moitié de chanson en russe (Définitivement), un talk-over d’Alan Vega (Tangerine), une interview de Lou Reed (Lou) ou un poème susurrée par Anna Mouglalis et un long passage parlé en italien extrait d’un obscur documentaire (E justo). Pourquoi pas, après tout ? La chanson est multiple et toute approche est respectable. Et, somme toute, Bashung agissait-il autrement ?

Les tenants de la chanson rationnelle passeront donc leur chemin. Les autres amateurs, ceux qui ne rechignent pas à se laisser porter par la musique et à s’abandonner à la rêverie, seront aux anges. Car disons-le, ce disque est une brillante réussite, juste entachée de l’ultime morceau bonus (Mes nuits blanches), maladroite tentative d’électro-pop aux relents de rap. Les synthés, comme sur ses derniers opus, s’y taillent bien entendu la part du lion, mais l’aspect symphonique n’a pas été oublié, porté par des cordes venant donner de l’ampleur aux bidouillages électroniques du chanteur. Liant la sauce, la voix unique de Christophe, fragile dans ses aigus, éraillée dans ses graves, finit de rendre le tout indispensable. Avec un peu de bonne volonté de la part du grand public (auquel ce disque ne s’adresse pas, malgré la réelle popularité de l’artiste), Océan d’amour ou Stella Botox pourraient même devenir des tubes.

Ce chapitre supplémentaire dans la discographie de notre beau bizarre préféré ravira donc tous ceux qui l’apprécient pour ses expérimentations sonores, ses ambiances vespérales, ses chansons en pointillé qui nous disent ce qu’on veut bien y mettre. L’invitation est claire : l’album ne débute-t-il pas par ces vers : « Je vous propose / D’ouvrir des choses / Des choses avec moi / Sur de nouvelles voies ? »

Les nostalgiques d’Aline seront peut-être mieux inspirés de faire un détour.

 

Christophe, Les Vestiges du chaos, Capitol/Universal 2016. Le site de Christophe, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

Dangereuse (clip)

Tags : ChristopheNouvelles
Pol De Groeve

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Commentaires 3

  1. Frédéric Quinonero says:
    il y a 10 ans

    Je trouve au contraire que, comparé à ses 2 ou 3 précédents albums, celui-ci sonne moins expérimental et renferme des chansons qu’on peut qualifier de « traditionnelles ». Certaines même pourraient être des tubes. Donc les nostalgiques d’Aline peuvent l’aimer tout autant.

    Reply
  2. Pol de Groeve says:
    il y a 10 ans

    D’accord avec Frédéric : les « Vestiges du chaos » sont nettement plus accessibles que le précédent « Aimer ce que nous sommes ». La remarque valait surtout pour les paroles : ce serait quand même pas plus mal s’il se souciait un peu plus du sens des mots et pas uniquement de leur son… Maintenant, même s’il se rapproche plus d’une structure « chanson », avec couplet-refrain, ce ne sont quand même pas des trucs à reprendre en chœur ou à chanter sous la douche. En ce sens, on reste loin de « Aline » ou des « Marionnettes ».

    Reply
  3. Floréal Duran says:
    il y a 10 ans

    Quoi qu’il en soit, j’aime beaucoup ce dernier album tout comme j’avais aimé le précédent même s’il n’est pas dans le même registre.

    Christophe me parait être le seul « oiseau de nuit » qui fait scintiller les étoiles. Contrairement à ce qu’il peut affirmer ces mots parlent et ont du sens. C’est juste une question de perception.

    Reply

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