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Ce qui reste à Thomas Fersen

denosenchanteurs
27 septembre 2019
dans Lancer de disque
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Thomas Fersen (photo de presse Laurent Serroussi)
Thomas Fersen (photo de presse Laurent Serroussi)

Deux ans après Un coup de queue de vache, voici la nouvelle livraison de notre hurluberlu, notre incongruité de la chanson qu’est Thomas Fersen, définitivement et depuis longtemps ailleurs, cultivant avec amour une niche de son art qui souvent s’apparente à une annexe de l’Arche de Noé. On ne compte plus vraiment le nombre de bestioles, de la plus petite à la plus grosse, qui parsèment son répertoire. Ça va ici des poux à King-Kong, et d’autres singes et des chats. Ainsi que de zombies, têtes en l’air, hébétés ou étêtés, qui ne retrouvent pas leurs trous. Sur le papier, Hardy et Cauvin ne sauraient faire mieux de leur Pierre Tombal.

Je parle de bédé, je pourrais tout autant le faire du cinéma : l’auditeur qui sait auditer trouvera moult références et allusions. Ne serait-ce encore pour Les zombies du cimetière qui convoquent et pelliculent en nous pas mal de scènes mémorables, de L’Étrange Noël de Mr Jack à la série Walking dead… Nos confrères de France-info se sont amusé à identifier de vrais morceaux de cinoche contenus ou suggérés dans ce disque : bien sûr King-Kong, quelle qu’en soit la version, mais aussi Max mon amour, Les valseuses, Benjamin le bienheureux et quelques autres œuvres. Bien vu !

À tout point de vue, en tout domaine, nous sommes en terrain familier avec Thomas Fersen. Familier dans les références, dans le ton, une poésie parfois déjantée, un vocabulaire leste et lettré à la fois, parfois un peu suranné, toutefois presque révolutionnaire dans une chanson ma foi bien sage, bien proprette, qui hésite à se projeter hors des chants mille fois labourés : Fersen n’aime vraiment que les jachères, où il cultive sa différence, son impertinence, pré vert où il sème sa poésie.

FERSEN CDLa chanson-titre n’est pas, il est vrai, du meilleur goût et ne sera en conséquence pas retenue par les radios, mais tel est Fersen, qui s’accroche mordicus à son slip, pièce de musée même pas usée (si certains retournent leur veste, lui doit retourner son slip…). Comprenez que, face à une gourmande, qui plus est autoritaire, voulant vaincre l’entêté pucelage du damoiseau, « c’est tout ce qu’il me reste et j’y tiens ». Ça devrait faire fureur dans les soirées pyjama, d’autant que ça se retient bien : « Sans slip on est nu / Pour moi c’est l’inconnu / Et c’est pour ça que j’flippe ».

C’est du Fersen pur jus et il semble bien seul à s’égayer dans cette subdivision de la chanson (quoique Gotainer…). À ton léger, orchestrations légères, où on retrouve ukulélé aussitôt, sitar et banjo, accordéon… Paroles comme musique sont prétextes à jeux, onirisme, insouciance. Du Fersen en ordre de marche, qui plus est en grande forme (nous l’avions laissé en bel et bois dormant, chemise et bonnet de nuit, sur la scène de Barjac cet été)..

Même si, au fond et dans la forme justement, il n’y a rien de bien nouveau chez lui : il poursuit son œuvre, ses fabulations, ses insolites considérations, ajoutant simplement de nouvelles pages à son gros recueil de chansons, de doux délires. Tant d’artistes ont la prétention de changer du tout au tout d’un album l’autre ; Fersen, lui, imperturbable, poursuit sa route, ferroute, fait son train-train dans un paysage de prairies et de vaches. Lui ne fait pas de coups, il bâtit une œuvre résolument unique, hors des chants communs. Remarquez que, à notre époque, c’est franchement remarquable !

 

Thomas Fersen, C’est tout ce qu’il me reste, Bucéphale 2019. La page facebook de Thomas Fersen, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là. 

Tags : NouvellesThomas Fersen
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