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Berthe Sylva « Le raccommodeur de faïence »

deAgnès André
5 mars 2026
dans Agnès André, L'Équipe, La Chanson du Jour
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SYLVA Berthe 1929 Le raccommodeur de faïenceDans un des plus beaux quartiers de Paris
Aux Champs-Élysées, près de l’avenue
Un bonhomme hirsute aux longs cheveux gris
Va déambulant à travers les rues
Machinalement, tout en inspectant
À chaque fenêtre, anxieux, il s’arrête
Bougonne ou sourit, et part simplement
Faisant résonner bien haut sa trompette
Il joue ses airs les plus jolis
Et chante ce refrain de Paris :
Je suis le raccommodeur
De faïence et de porcelaine
Raccommode objets de valeur
Choses modernes, choses anciennes
Je répare bien des malheurs

Berthe Sylva

Paroles d’André Dedcoq ; musique de Raoul Soler. Extrait du 78 tours Le Raccommodeur de faïence, 1929.

Si l’on demandait aux jeunes quelle serait en 2026 leur chanteuse préférée, ils diraient — d’après l’Ifop : Aya Nakamura. Près d’un siècle plus tôt, d’après Wikipédia, la réponse était : Berthe Sylva, née Berthe Faquet. 

Nous ne pousserons pas la comparaison plus loin (peut-être ces deux chanteuses donnent-elles dans la chanson réaliste ; peut-être leur apparence médiatique y est pour quelque chose, qu’en savons-nous !) pour nous intéresser à ce morceau, parlant de faïence et de porcelaine.

Deux matières certes passées de mode, mais pas ce qu’elles désignent sous la métaphore permise par l’enfant naïf de l’histoire que nous déroule ici Berthe Silva : rassurons-nous, l’amour brisé n’est point passé de mode (la preuve : Aya Nakamura en fait aussi état tel que dans Dis-moi !)  Il est intéressant néanmoins de rapprocher ces paroles du poème de René Sully Prudhomme qui en 1865 emploie la même image, de manière non pas naïve mais délicate (« Il est brisé, n’y touchez pas »). Poncif ou image désuète, celle-ci est sensiblement moins présente de nos jours. Certaines images appartiennent peut-être à certaines époques…

Ces paroles signées André Dedcoq (qui écrira également en 1936 V’là le marchand de chiffons pour l’interprète) racontent ainsi l’histoire banale d’un couple qui se déchire pour quelque infidélité, non sans laisser quelques mystères planer : « pour que maman cesse ses pleurs / J’ vous en prie, monsieur, venez vite / Raccommoder leurs cœurs », demande l’enfant et le raccommodeur de lui répondre : « Mais pour raccommoder le cœur / De ton papa, ma science est vaine ». Ah, c’est que maman aurait pris « sa tendresse » ! Point de raison n’est donnée plus avant sur ce qui a provoqué la brisure : le parolier compte sur notre imagination.

Berthe Sylva a principalement chanté l’amour, évidemment de temps à autre malheureux, tel que dans Tu devrais m’aimer autrement (dans laquelle c’est la femme qui demande tendresse) ou encore la lucide Tu m’oublieras !

Elle est néanmoins plus connue pour Les Roses blanches (1937), qu’elle n’a pas créée mais dont elle a fait un succès éternel, contant l’amour d’un enfant pour sa mère qui se meurt, thème dont on peut aussi percevoir l’écho ici.

Berthe Sylva a déjà été évoquée dans Nos Enchanteurs, par exemple ici ! Aya Nakamura aussi d’ailleurs, et c’est là !

Le raccommodeur de faïence figure dans de nombreux albums de compilation, de 1958 à nos jours, dont est issu notre enregistrement dans « Les introuvables de Berthe Sylva »(2011) chez Marianne Mélodies, à partir de l’émission restaurée Le micro de La Redoute sur Le Poste parisien. 
La chanson figure dans la compilation de trois CD -77 titres « Berthe Sylva/Cœur d’or » parue en 2019 chez EPM et toujours disponible, avec la présentation de Marc Robine. 

 

Tags : Aya NakamuraBerthe Sylva
Agnès André

Agnès André

vit, écrit, traduit à Veynes. Un lieu qui l’a menée à la chanson et à parler au passé surcomposé. Elle aime Gaston Miron, Dorothy Parker, les poireaux et la chanson des bonbons de Jacques Brel. Sa recherche ultime n’est pas celle du temps perdu mais du mot juste.

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