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Retour Aubercail : Evelyne Gallet / Les Blérots de R.A.V.E.L

dePatrick Engel
27 mai 2015
dans En scène, L'Équipe, Patrick Engel
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Évelyne Gallet (photo Jérôme Bujakiewicz)
Évelyne Gallet tente de s’en relever (photo Jérôme Bujakiewicz)

Les plus fidèles d’entre vous, chères Enlectrices, chers Enlecteurs, s’en souviendront sans doute : c’est par voie fluviale et subséquemment navigante que votre obligé rejoignit l’an passé le cadre enchanteur du Magic Mirrors abritant le festival Aubercail, sis comme son nom le laisse volontiers subodorer au sein de la riante banlieue d’Aubervilliers. Je ne ferais point à votre grande science chansonnesque l’offense de préciser que cette fort sympathique manifestation est menée de main de maitre par l’ineffable Thomas Pitiot, dont le très beau spectacle sur Pierre Vassiliu vient de vous être rapporté en ces lignes pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps.

Histoire de varier un peu les plaisirs, point d’embarcation cette année puisque, les moyens financiers de NosEnchanteurs nous le permettant largement, c’est largué d’un hélicoptère affrété spécialement à grands frais pour l’occasion que je viens poser élégamment la corolle immaculée de mon parachute de soie au beau milieu de ces faubourgs industrieux, pile devant le chapiteau chamarré de l’Espace Fraternité, le bien nommé… Un élégant roulé-boulé plus tard, abandonnant le pliage de ma céleste voile au majordome prévu à cet effet (quelle organisation…), il n’est que temps de rejoindre le chaleureux cocon circulaire et boisé (ne cherchez pas, il n’y a pas de contrepèterie.)

C’est à la pétulante Évelyne Gallet que revient l’honneur de donner le coup d’envoi de la soirée, et de cette riche semaine de concerts. La piquante Lyonnaise entre en Saône Seine accompagné de son fidèle guitariste souffre-douleur, avec dans la voix et au coin des yeux une belle tendresse amusée qui fait que l’on est immédiatement conquis par le personnage. Effet vivifiant de mon aérienne arrivée, suis-je le seul à remarquer que le câble d’alimentation de la guitare électrique est subtilement assorti aux lacets oranges des chaussures vernies de la miss ? (oui, j’assume totalement mon fétichisme des câbles d’alimentation des guitares électriques…).

Gouailleuse, provocante, séductrice, en un mot totalement craquante, la tornade que l’on croit rousse (je touche le Font, là…) emporte illico la salle au gré d’un vent salutaire. Gone with the wind, en quelque sorte. Arnaud Jouffroy, son comparse de scène, reste totalement impassible devant ses brimades, sorte de Droopy lunaire rock’n’roll salement doué et pas manchot du tout sur sa six cordes à six coups. L’occasion  de relever au détour d’une phrase l’audace d’une rime qu’il fallait oser : …tête de turc / je suis sûre que… Chapeau bas !

Évelyne Gallet, c’est plus que jamais la bonne copine qui vient nous dégoiser des horreurs et à qui on en redemande, capable de chanter, le sourire aux lèvres La liberté, la liberté, c’est tout ce qui me fait jouir ou bien On me traite si souvent de salope que j’ai oublié mon prénom… Capable aussi de nous émouvoir aux larmes avec Les confitures, petit joyau d’émotion accompagné sobrement par les délicates notes cristallines égrenées par une boite à musique.

Les Blérots de R.A.V.E.L. (photo DR)
Les Blérots de R.A.V.E.L. (photo DR)

C’est à un spectacle bien particulier que nous convient ensuite les trublions des Blérots de R.A.V.E.L  Je ne ferais point à votre grande science chansonnesque l’offense de préciser que… (ah, merde, je l’ai déjà écrit plus haut ça, ça va finir par se voir…), bref, vous ne l’ignorez que si vous ne le savez pas, cet élégant acronyme signifie donc Renouveau Artistique Volontairement Elaboré par des Loosers. Particulier donc, disais-je avant de m’interrompre moi-même, puisque après dix-huit ans de scène et sept albums au compteur, le groupe entame sa tournée d’adieux avec ce mélange qui leur réussit si bien de chanson-rock teintée de musiques de l’Est et baignée de rythmiques volontiers sautillantes. C’est donc sur le célèbre rythme du Boléro de Ravel qu’ils apparaissent lentement en ombres chinoises diaprées de bleu, avant de partir en vrilles échevelées tels les aristos skas qu’ils sont. Syncope, priez pour nous !  Printemps, été, tout se mélange en nos esgourdes dégourdies. Il se murmure même qu’un éventuel  futur nouveau groupe pourrait s’appeler les Quatre saisons de Vivendi, c’est dire. Sept sur scène (chants, guitares, accordéon, basse, sax, clarinette, trompette, batterie…), ça prend de la place, et ça bouge, et ça joue, et ça danse, au gré d’un jeu de scène bien huilé et bien pimenté. Le tout n’est d’ailleurs pas sans évoquer le petit monde de Debout sur le zinc, groupe dont une émérite et charmante représentante est d’ailleurs dans la salle ce soir…   

Sous une apparence de grosse déconnade collective, les Blérots c’est visiblement extrêmement travaillé et ça envoie du lourd ! La belle voix de Fred, les chaudes envolées de cuivres rutilants et la complicité palpable des musiciens font de cette cérémonie sans chichis un superbe enterrement de première classe. Côté public, la mise en bière se fait au bar. A l’accordéon, Alice fait des merveilles, petit lutin facétieux à la hargne bluffante. A ses côtés, bottée de cuir, dotée de cuivre, Claire la trompettiste bien embouchée est vraiment trombone… A la basse, Arnaud Joyet, accessoirement pilier émérite des Joyeux Urbains et rejeton de son paternel (Nanard, si tu nous lis !) est absolument parfait en tortionnaire pince-sans-rire terrorisant le groupe. La mise en scène est pleine d’humour et de rebondissements, comme lorsque après avoir annoncé qu’ils se séparaient en très bon termes et sans acrimonie, ils simulent de façon très crédible une magnifique bagarre générale…

L’envie se fait irrépressible de bouger, de valser, de pogoter, et l’on se prend presque à regretter la configuration assise de la salle pour ce concert bien pêchu.  Point d’orgue de ces joyeuses funérailles, un moment absolument magique réunit tout ce petit monde au beau milieu du public pour un morceau intime en acoustique dans un silence religieux, communion païenne à laquelle viennent se rajouter 5 ou 6 amis musiciens jouant qui de la guitare, qui de la clarinette, qui du mélodica. Sans omettre un adorable petit bout de chou de 5/6 ans, très appliqué sur son ravissant ¼ de violoncelle… La relève de la scène française vraisemblablement sous nos yeux ce soir…

Mais demain est un autre jour !

 

Le site d’Évelyne Gallet, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là. Le site des Blérots de R.A.V.E.L c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’eux, c’est là.

Tags : Aubercail 2015Evelyne GalletLes Blérots de R.A.V.E.LNouvelles
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Commentaires 2

  1. catherine Laugier says:
    il y a 11 ans

    Depuis le temps que j’attends de voir Evelyne Gallet sur scène…Quant aux Blérots de Ravel, ils m’ont époustouflée l’été dernier au Off d’Avignon, dans un multi-spectacle avec les danseurs de Vilcanota ! Je m’y étais précipitée apprenant la prochaine dissolution du groupe : https://www.facebook.com/notes/catherine-laugier/lhomme-dhabitude-multi-spectacle-des-bl%C3%A9rots-de-ravel-et-de-vilcanota-au-festiva/731130860280759
    et bravo pour la plume volante et enchanteresse de Patrick Engel !

    Reply
  2. Duplenne says:
    il y a 11 ans

    Quand les concerts d’artistes de talent sont racontés par un critique talentueux et drôle, ça nous enchante !
    Cependant payer un hélicoptère à ce Monsieur Engel pour qu’il se rende à Aubervilliers, franchement, c’est quand même scandaleux surtout à l’heure où les festivals s’arrêtent faute d’argent…
    Et je ne parle pas des charges sociales qu’il faudra verser à l’URSSAF pour l’embauche de ce majordome !

    Reply

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