
Bien sûr, la pochette du disque se charge des couleurs d’un tag mural, bien sûr, à l’intérieur, dans le dedans de son art, de sa nouvelle douzaine de chansons, les musiques se chamarrent de notes légères, parfois empruntées à l’exotique, souvent soulignées avec grâce par un violon bienvenu. Bien sûr. Mais rien que le titre de l’album vous donne une précieux indice : c’est Vents contraires, ce que peu de titres démentent. Pas de Covid, de confinement, de couvre-feu à l’intérieur. Ou pas en apparence. Faut-il nommer ce désastre alors qu’il est en filigrane des maux.
Disque après disque (c’est son troisième album – et deux EP – ), plus j’écoute Luc Alenvers et plus j’apprécie. Pour vous le situer sur la mappemonde de la chanson française, il serait de la famille Renaud, manière d’écrire façon de chanter. Des mots qui s’agencent bien sur des mélodies sympas, entrant facilement dans nos caboches. D’ailleurs, son Comme Tabarly qui ouvre l’album fait songer à ces marines que le chanteur énervant tenta avant d’abdiquer devant son mal de mer persistant. La différence est qu’Alenvers semble avoir le pied marin, à résister à la houle : « Ces vagues bleues qui dansent en ébats d’écume, au clair de lune / Poussée par les vents, au gré des courants, elle parcourt la mer, solitaire… » La grande bleue baigne cet album, mais pas que. Comme si, de sa sagesse, elle calmait nos esprits, notre colère, apaisait un temps la houle de ces foules qui, confinées, trépignent de se déverser dans les rues, de saper, de ruiner les digues du pouvoir. « Sans doute la vie est une catin / Sauvage, elle distribue les points / Comme Tabarly en pleine mer, nous faisons face aux vents contraires / Comme Tabarly en pleine mer, nous affrontons les vents contraires ». Le marin prépare le combattant. En fait, Alenvers dit plein de choses en douze titres. La mer, l’amour, un carnaval et une tragédie, le sacrifice, le doute… La vie, quoi, dans toute sa banalité et ce qui l’est moins : « Dans ce monde fou, vie funambule… / En équilibre, je funambule ».

Sa plume parfois s’inspire d’autrui : Nicolas Mathieu, Nazim Hikmet, Amina Khilaji. Et capte l’air du temps, traque les amours clandestins afin de, à faim d’elle, prend la route, fait son cinoche, déplore cette poubelle qu’est l’océan et ces ours blancs qui agonisent.
La musique est alerte, le propos bienveillant, vigilant, soucieux, amoureux. C’est fou ce qu’on peut faire de guitares et de violons, d’un ukulélé et de claviers : on parcourt le monde, au passage on le refait, quitte à faire en mieux : il est dit qu’Alenvers le remet à l’endroit. Même et surtout si les temps sont contrariés, si les vents sont contraires.
Alenvers, Vents contraires, Bec à Foin/Quart de lune/Inouïe Distribution 2021. Le site d’Alenvers, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.
« Comme Tabarly » :







![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)




