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Alain Pao : ces hommes debout

denosenchanteurs
20 juin 2020
dans Lancer de disque
7
Alain Pao (photo non créditée)
Alain Pao (photo non créditée)

« Faites de la chanson ! » On peut aimer la chanson, en amateur, en (vous n’aimerez pas le mot) consommateur. C’est ce que nous sommes, pour la plupart. Et puis, va savoir, un jour pas fait comme un autre, on passe de l’autre côté, se mettant soi-même à en écrire, en composer. Et les chanter. Alain Paolantonacci est de ces amateurs-là. Qui croise un jour la route de Christian Camerlynck, lors d’un stage qu’anime ce dernier. Alain se met à chanter. Puis, peu après, rencontre Rémo Gary dans un atelier d’écriture. Là, on écrit. Coup double. Paolantonacci devient peu à peu chanteur, raisonne comme chanteur, n’a plus que l’envie de ces créations qu’il portera au public.

Chanteur sur le tard, comme il dit. Mais chanteur. Acteur de cet art qu’il chérit depuis des lustres, depuis qu’à quatorze ans, Jean Ferrat s’insinue en lui : « De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine / Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson / Ma France ». C’est là qu’il découvre tout un monde, un art qui lui devient vite indispensable. Mais jamais, jamais, il n’aurait pensé en écrire.

En 2017, il sort un premier album, Je suis la ronce. Son blase est un peu long, qu’on peut mal mémoriser, ça se corse. Il le raccourcit, se crée un pseudo : ce sera Pao, Alain Pao. Il monte sur scène, parfois. Pas assez, sans doute, car on prend vite le goût de se produire, d’offrir ses chansons, de recevoir en retour l’estime et les applaudissements : « Heureux de pratiquer cet art à mon niveau ». Un niveau qui, à l’écoute de ce nouvel album, est un bon niveau.

pao cdD’une facture classique, la voix est claire, précise, qui donne de la valeur aux mots, en soupèse le poids. L’inspiration est humaniste, généreuse. Des notes nomades renforcent parfois le propos, comme dans Frontière bleue, dont l’entame est en arabe, qui nous définit la mer Méditerranée : « La mer blanche, médiane, romaine ou byzantine… » Pao ne nous parle que de l’humain. Et de notre environnement : pas de natures mortes mais des tableaux vivants, comme ce titre sur la Forêt, « forêt noire ou Brocéliande » qu’il nous faut savoir défendre « pour nos enfants ». Vivants ? L’été permanent nous chante l’horreur présente et à venir du réchauffement climatique : « L’été permanent, c’est la seule saison / Terminée la vie sur cette Terre / L’été permanent et son feu solaire / Ont dégagé l’homme et sa déraison ». Le propos est aussi sombre, la musique gronde, quand sont évoqués les martyrs de Vingré, fusillés pendant la guerre de 14/18. Et droit, sévère, quant Pao évoque ces « mi journalistes mi-artistes » que sont ces autres martyrs de Charlie-Hebdo, cette fois-ci en interpellant leurs tueurs et leurs soutiens : « Mais vous ?! / Vous pensiez venger un prophète / Qui d’amour seul était en quête (…) Vous avez mal lu son message / Que n’avez-vous suivi les sages / Des belles confréries soufies / Qui disaient que l’amour suffit ».

L’amitié, l’amour, la fraternité, ce disque en fait partage, sur de belles harmonies. Et se clôt sur une longue évocation de Victor Hugo, à sa mort, beau cortège qui réunit ses principaux personnages, d’Esméralda à Jean Valjean, de Frollo à l’Homme qui rit. Intéressante page, vraiment, d’Histoire et de littérature…

Quinze titres reposés ou tourmentés, bien campés, voix affirmée. Un disque honorable, sincère, qui vaut bien plus qu’une distraite écoute. Qui mérite votre soutien. Ce sera en ce cas sur la confiance car, totalement absent de la toile, Alain Pao n’a rien pour le promouvoir, aucun échantillon, aucun « son » comme on dit. Mais, parole, il vaut l’écoute.

 

Alain Pao, Ils vont debout. Autoproduit 2020. Pour commander cet album : a.pao26@orange.fr Ni site ni page facebook ; pas de vidéo disponible.

Tags : Alain PaoNouvelles
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Commentaires 7

  1. Christian Camerlynck says:
    il y a 6 ans

    Je le connais, il écrit bien et ne parle pas que de son nombril et j’aime beaucoup sa voix. Son engagement est sincère. Bravo, continue ami

    Reply
  2. Sophie Conteuse says:
    il y a 6 ans

    Je le connais aussi. C’est une belle personne, c’est vrai, et ses chansons sont belles et engagées

    Reply
  3. Bossy Jean-Pierre says:
    il y a 6 ans

    J’apprécie fort son premier album
    « La ronce »; et je découvre son second
    Avec des chansons aussi profondes.
    Je te souhaite le Meilleur.

    Reply
  4. SALEIL Françoise says:
    il y a 6 ans

    Alain PAO est un vrai poète dont les mots choisis mis en valeur par sa musique, nous entraînent dans son univers. Les problèmes actuels de notre société sont évoqués dans ses chansons avec un fil conducteur l’humain. Le résultat est plus abouti que sur la premier album . C’est une réelle réussite qui va trouver son public.
    A écouter et ré-écouter sans modération.

    Reply
  5. Françoise Jardé says:
    il y a 6 ans

    J’avais beaucoup aimé ton premier CD Alain, et j’apprécie tout autant celui-là ……. Bravo l’artiste tu es un poète ….. Moi aussi je te souhaite le meilleur .

    Françoise

    Reply
  6. FETAT Arlette says:
    il y a 6 ans

     » pas de natures mortes mais de tableaux vivants « , Alain Pao est une raconteur d’histoires en musique ou un chanteur de paroles ! à quand le voir sur scène ?

    Reply
  7. Mingot Françoise says:
    il y a 6 ans

    Salut l’ami Michel, et merci pour ce bel article ; pas un mot qui ne sonne juste, évidemment, tellement tu es doué pour valoriser ce qui doit l’être… Et salut l’ami Alain, qui mérite cet éloge. Ai-je connu Alain lors d’une semaine auprès de Maurice Bénin, ou avant, je ne sais plus, tant les souvenirs maintenant s’entrelacent autour de cette « Ronce » que j’ai chantée la première, après l’avoir aidée à pousser jusqu’au double tombeau des amants éternels. Alain est venue d’Uzès pour m’écouter la créer au fameux cabaret « Le Magique », à Paris, où officiait généreusement l’ami (encore) Marc Havet, où moi aussi je passais de l’amatrice à la matrice essentielle d’un univers s’affirmant peu à peu ! Depuis, nous rejoint ensemble à Barjac la cohorte des néophytes, puis chanté ensemble à Paris et à Avignon ; Alain si mélodiste m’a offert généreusement les mélodies de « Anna de Bruges » et de « Attache le singe » encore en cours de polissage. Il ne recule pas devant la difficulté, sait mettre en valeur l’original, le tendre ou le téméraire avec l’intuition des grands sensibles, sans se prendre pourtant trop au sérieux. Allez, avec ce timbre qui rappelle sans l’imiter celui de Jean Ferrat, en route vers le troisième album ! fanFan

    Reply

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C’est frais, c’est doux, bien produit, bien chanté, ça passe sans faire de mal. De la pop aérienne, qui gagne singulièrement en force et en énergie sur scène, le son y étant davantage musclé. A choisir, préférez le spectacle !

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