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Marco Moustache, un genre qu’on aime

deCatherine Laugier
15 mars 2019
dans Catherine Laugier, L'Équipe, Lancer de disque
2

marco-moustache-autopsie-dun-poil-rebelle 2018Ça y est, après des milliers d’années de silence, la parole de la femme se libère. Et ça gratte, ça agace, cette logorrhée verbale, il y avait tellement longtemps que c’était retenu, comme un énorme boule dans la gorge, qui vous empêche de respirer, d ‘avaler, de vivre. Il y a Des mots (où elle fait intervenir le rappeur Amosev) : « Les mots qui s’empilent / Les mots qui s’empalent / Les mots qui s’empirent et les mots qui s’emparent / Les mots qui transpirent / Les mots qui s’enflamment  / Les mots qui s’enfilent ». Des dialogues de femmes, avec Anne-Solène et Saba, pas seulement militants, beaux comme un poème qui s’élève en hymne à Ma liberté sur quelques notes de piano.

Je dois bien le dire, ce n’est ni le nom de l’artiste (pour ceux qui ne connaissent pas, une femme) ni sa présentation qui m’ont attirée, la moustache tatouée, quelle nécessité ? Le dessin-dessein de couverture, vintage représentation d’une lame de ces rasoirs dits de sécurité, est plus audacieux, même si la querelle de la dictature du poil ou du non poil n’est pas ma priorité. Je retiendrai rebelle…
Ça se slamme (beaucoup), se parle, se rappe, se chante, en piano batterie. Est-ce que Marco connaissait Barbara Weldens ? En tout cas c’est à elle que j’ai pensé, feu cette cousine trop tôt brûlée, arrachée à notre admiration. Toute une génération de femmes qui ne se contentent plus d’être l’interprète expressive de la pensée d’un autre, qui l’ouvre, même si ça doit choquer, gêner. Comme elle aussi cette lutte contre les clichés du genre, parfois avec dérision et poésie (Comme une fille), parfois d’un direct du gauche, quand ça pousse trop (Je brûle)  !
 
 Ça commence bien, doux « Petite j’aimais les jolies robes / Qui tournent, tournent / Les grands détournent / Les jolies robes ». Et puis ça tourne…autrement : « Elle dit de moi que je provoque les hommes dans leurs désirs / Qu’avec ma jolie robe je n’ dois pas m’étonner du pire » et ça devient essai philosophique psalmodié avec insistance : « Dans la peur de ce ventre dans mon corps si dangereux / Privées d’instruction / Mariées de force, mutilées / Etranglées par les religions / Pour assurer la lignée ». J’aime moins quand cela devient pamphlet au premier degré, me dis-je en écoutant ce premier titre.
Et puis…Comment ne pas se laisser emporter par ce fleuve, ce torrent. Cette créativité musicale, textuelle, cette émotion, ces hésitations, ces doutes ? Cette vague qui reflue Sur la peau, les ailes des baisers papillon : « Nos bouches écoutent, goûtent le sel du vague à l’âme / Avalent la trame du drame / Elles ne parlent pas, elles charment / Laissent la trace de la sève ».
Marco choisit souvent le deuxième degré, elle a raison , Soyez doux :  « Chut ! Mesdames ! / Restez douces ! / Soyez soyeuses » ou encore : « T’es d’où ? / Asiatico-africano-arabo-doux ? », même si elle enfonce le clou : « Le riche et vieil homme blanc vous dit « ta gueule » ! » Manie l’humour, quant elle slamme sur Le texte du milieu (Parce que c’est le septième sur treize, tout simplement ! ), ou nous met en toute fin un Point d’orgue salvateur.

Qui vire au noir, tragique, avec cette « Marie, mariée et mère de trois enfants / Marie mère et mariée sans amant », véritable desperate housewife : « Les tartelettes sont hors du four car maintenant / Marie a la tête dedans ».

Mais cet album n’est pas qu’un brûlot féministe. Les thèmes sont aussi universels, la maladie, la mort, la ville qui vous étrangle.
L’Etrange beauté du chagrin insinue le pire, la mort d’un être cher, avec douceur, pudeur et poésie « Mon impuissance assourdissante face à ton cancer / Tes larmes sur mon épaule me crient de vivre fort / Tes larmes sur mon épaule sont les diamants de ta mort ».

Les mots, toujours les mots forts pour décrier Le Béton : « Dans ce couloir / Et ça siffle / Sur le mouroir/ Moi j’habite / Dans un tiroir / De grise ville minée sous la brise » avec pourtant le rêve à portée des yeux, des pas, au son des voix et du balafon : « Y a des rires plein les champs qui blondissent dans les gorges / L’écorce rougie des cœurs qui craque sous l’orme blanc / Les sourires d’eau douce qui coulent sur les torses / Des marins rêveurs et des pêcheurs d’amants », et cette poésie là rachète les longueurs de certains titres, psalmodiés sur des notes répétitives.
Comme dans le duo Avec nos fraises et nos couteaux, avec le rappeur MC Dro-P, qui sabre enfin la tension qui monte tout le long du morceau, en  chantant au mitan et en fin : « Alors on s’taille loin / Loin de l’ennui du présent / Alors on s’taille loin / Là où les fraises ont d’la saveur ! » Un album fort, qui se mérite ; écoutez-le avec une bonne installation audio, et laissez vibrer la part rebelle qui est en vous.

Marco Moustache, Autopsie d’un poil rebelle, Label En garde !, Inouïe distribution,  2018.
Le site de Marco c’est ici. 
Marco Moustache fait partie des collectifs d’artistes Kidikwa (slam) et  Les beaux esprits (chanson – Bruno Barrier, Florent Nouvel, Flo Zink, Garance, Gervaise, Tomislav…) et tourne en concerts «  Marco » depuis 2013. C’est son deuxième album long.

Tags : Marco moustacheNouvelles
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Commentaires 2

  1. Petit says:
    il y a 8 ans

    Bonjour madame, pour info le port de la moustache à été obligatoire d 1832 à 1942. C etait un symbole d autorité. En se l appropriant, Marco Moustache, me semble -t-il, nie l autorité masculine. Cordialement

    Reply
  2. Petit says:
    il y a 8 ans

    Port obligatoire de la moustache pour les militaires bien sûr.

    Reply

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