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Sauvage Ferré

denosenchanteurs
5 novembre 2018
dans Biblio
6
Michel Trihoreau, auteur, et Annie Butor, préfacière (photo Marine Trihoreau)
Michel Trihoreau, auteur, et Annie Butor, préfacière (photo Marine Trihoreau)

Sauf d’en écrire de sempiternels sur les vedettes du passé et du présent, si possible bien calés sur les anniversaires des trépassés pour être convié sur les plateaux télé, concevoir un livre sur la chanson est aujourd’hui pure folie : aucun éditeur responsable n’investira la moindre tune pour avancer l’encre et le papier de votre prose, quel que soit son intérêt littéraire et historique. De nos jours, un éditeur conjugue son courage à l’imparfait du subjonctif. C’est dire si Michel Trihoreau est, certes parmi d’autres mais ils ne sont pas légion, un cas d’école. Lui s’obstine à écrire ce qui est intéressant mais ne se vendra pas, ou si peu. Pas de risque, lui, de le voir écrire sur Hallyday ou sur Renaud, mais, cette fois-ci, sur les relations au sommet entre Catherine Sauvage et Léo Ferré, cinquante ans de compagnonnage artistique entre deux géants, l’une désormais totalement oubliée, l’autre devenu icône, presque un saint chez les anars qui n’ont pourtant, il me semble, ni dieu ni maître.

PROPOS DE CATHERINE SAUVAGE (EXTRAITS DU LIVRE) « Moi j’ai toujours été très amoureuse des mots, de la façon dont les gens jouent avec les mots. Moi je suis plus une comédienne qui chante qu’une chanteuse et alors Léo c’était terriblement chatoyant. Y avait des tas de choses différentes : il y avait des choses tendres, il y avait des choses violentes, il y avait aussi des choses marrantes. Et puis il y en avait beaucoup aussi – et ça c’était un truc qui me convenait très bien – avec un débit très rapide ». « Je n’ai pas beaucoup d’auteurs, mais les auteurs que j’ai, je les ai chantés en grande quantité. Les autres, c’est des poètes ou un auteur par-ci, par-là ». « Et puis j’ai chanté beaucoup de chansons de Ferré qu’il était le seul à chanter parce que c’étaient assez typiquement des chansons d’homme et moi je suis très à l’aise dans les chansons d’homme et dans Vigneault aussi j’ai chanté des chansons que j’étais la seule femme à chanter ». « J’étais aussi la seule femme à chanter les chansons politiques. Y en a qui sont démodées, on n’a pas pu les chanter longtemps, comme La révolution. C’est le genre de truc que j’adorais chanter, toutes les choses très anarchistes, très contestataires et en même temps prises sur le mode de l’humour ». « Je devais aller aux Francofolies, Foulquier voulait faire un hommage à Ferré, il aurait voulu faire un truc avec Léotard et moi, et la femme de Ferré s’est opposée catégoriquement à ce que je sois dedans ».
PROPOS DE CATHERINE SAUVAGE (EXTRAITS DU LIVRE)
« Moi j’ai toujours été très amoureuse des mots, de la façon dont les gens jouent avec les mots. Moi je suis plus une comédienne qui chante qu’une chanteuse et alors Léo c’était terriblement chatoyant. Y avait des tas de choses différentes : il y avait des choses tendres, il y avait des choses violentes, il y avait aussi des choses marrantes. Et puis il y en avait beaucoup aussi – et ça c’était un truc qui me convenait très bien – avec un débit très rapide ».
« Je n’ai pas beaucoup d’auteurs, mais les auteurs que j’ai, je les ai chantés en grande quantité. Les autres, c’est des poètes ou un auteur par-ci, par-là ».
« Et puis j’ai chanté beaucoup de chansons de Ferré qu’il était le seul à chanter parce que c’étaient assez typiquement des chansons d’homme et moi je suis très à l’aise dans les chansons d’homme et dans Vigneault aussi j’ai chanté des chansons que j’étais la seule femme à chanter ».
« J’étais aussi la seule femme à chanter les chansons politiques. Y en a qui sont démodées, on n’a pas pu les chanter longtemps, comme La révolution. C’est le genre de truc que j’adorais chanter, toutes les choses très anarchistes, très contestataires et en même temps prises sur le mode de l’humour ».
« Je devais aller aux Francofolies, Foulquier voulait faire un hommage à Ferré, il aurait voulu faire un truc avec Léotard et moi, et la femme de Ferré s’est opposée catégoriquement à ce que je sois dedans ».

9782343158105rMichel Trihoreau a retrouvé dans ses archives un long entretien qu’il a eu avec Catherine Sauvage en avril 1994 : la chanteuse y évoquait sa rencontre avec Léo Ferré, leur connivence intellectuelle, émotionnelle, professionnelle. Ce qu’il en est résulté, c’est un livre, « étonnant parcours des cabarets au music-hall, forgé par l’humanité et la lucidité, au travers d’une tranche d’histoire contemporaine faite d’actualités facétieuses ou dramatiques ». Ce sont en effet cinquante ans « d’une relation artistique peu commune entre l’interprète sensible, perfectionniste, intelligente et déterminée et l’anar, provocateur, railleur, à la tendresse ravageuse, sans équivalent dans la chanson » avec, à chaque fois, le regard, le décor d’une actualité comme jadis on les regardait avant la projection du film au cinéma : une mise en époque, en contexte, en un bain commun qui mêle tant les événements politiques que cette chanson qui se chante dans les cabarets ou se matraque en radio et télé, marquée par son temps.

48-98, c’est un demi-siècle de chanson, où Ferré et Sauvage ne donnent pas leur part aux chiens. Ferré a d’abord été rendu célèbre par Catherine Sauvage : en 1953, c’est elle qui fait un tube de Paris canaille : c’est d’ailleurs grâce à cette chanson qu’il pourra s’acheter une maison à la campagne. Ferré et Sauvage sont pleinement acteurs de décennies flamboyantes, témoins aussi du déclin. Ce témoignage de Catherine Sauvage mis en perspective par Michel Trihoreau fera le bonheur de qui s’intéresse à la chanson. Et des amateurs de Ferré. Il est dans tous les cas un livre important pour l’Histoire de cette exception culturelle qu’est la chanson.

Le livre est préfacé par Annie Butor, qui n’est autre que la fille de Madeleine Rabereau, qui, de 1950 à 1968, fut la muse de Léo Ferré, qui l’avait épousée en 1952, et dont elle divorça en 1968.

Chez le même éditeur, Michel Trihoreau a sorti deux autres ouvrages : La chanson de proximité (préface d’Allain Leprest) et La chanson de circonstance (préface de Serge Llado). On vous les recommande.

Léo Ferré est décédé le 14 juillet 1993 ; Catherine Sauvage est décédée le 20 mars 1998.

 

Michel Trihoreau, Sauvage-Ferré 50 ans de chansons, L’Harmattan 2018. 150 pages, 16,50 euros. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit de Michel Trihoreau, c’est ici ; ce que nous avons écrit sur Léo Ferré, c’est là.

Tags : Catherine SauvageLéo FerréMichel TrihoreauNouvelles
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Commentaires 6

  1. Odile Fasy says:
    il y a 8 ans

    Comment se procurer ce livre qui intéresse vivement.?

    Reply
  2. Michel Kemper says:
    il y a 8 ans

    Votre libraire peut facilement commander le livre à L’Harmattan. Si problème, prenez contact avec Michel Trihoreau par Messenger.

    Reply
  3. Amadou Alassane says:
    il y a 8 ans

    J’ai commandé le mien en ligne :
    https://nosenchanteurs.fr/index.php/2018/11/05/sauvage-ferre/?fbclid=IwAR0wptApaiBegB7RXf_mMPinmWTxKGhSI6fXVVJ5YDt1T-H9MenCg1iqH0w

    Reply
  4. Odile Fasy says:
    il y a 8 ans

    Voilà j’ai commandé le livre chez mon libraire.
    Merci pour l’article, je vais ressortir mon CD : Catherine Sauvage à Bobino en 68.

    Reply
  5. Amadou Alassane says:
    il y a 8 ans

    Une erreur s’est glissée dansle lien de mon précédent commentaire. Pour commander, c’est :
    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=61102&fbclid=IwAR0yWcZtuWCmKh_eD-mWnfGJJFM9nA5rLHZLAnLyQb6k8PE05hTE62pRJPE

    Reply
  6. Odile Fasy says:
    il y a 8 ans

    Je viens de passer un très bon moment avec votre livre Michel.
    Catherine avait du caractère c’est le moins qu’on puisse dire!
    Mais aussi un sacré talent!
    J’ai apprécié aussi les clins d’œils à l’actualité du moment, relatés avec beaucoup d’humour.
    Merci pour cet écrit sur deux monstres de la chanson.

    Reply

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