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Médaille de bronze pour Barcella

dePol De Groeve
5 avril 2018
dans L'Équipe, Lancer de disque, Pol De Groeve
0

BarcellaExiste-t-il artiste plus solaire que Barcella ? Son rayonnement naturel, la chaleur de ses concerts, le bronzage intérieur que l’on ressent à son écoute… Est-ce dès lors une surprise s’il a intitulé son nouvel album Soleil ? Comme une évidence. Vous me direz que c’était déjà le titre d’une chanson de son CD précédent, Puzzle. Exact. Et puisque l’homme a des sources d’inspiration tenaces, il a même récidivé, la nouvelle chanson s’appelant Soleil 2.0., comme un amusant clin d’œil, pour ce qui s’avère être un véritable manifeste : « J’ai conçu cette chanson comme un médicament / Comme une envie d’ensoleiller la vie des gens / Une armistice en ce contexte détonnant / Pour la notice mon petit doigt m’a dit comment / Un doigt de complicité / Un soupçon d’humanité / Un zeste de légèreté / Rien de vraiment compliqué ».

Son nouvel opus de douze titres contient son lot de chansons accrocheuses et rythmées. Un vrai et grand plaisir sans prise de tête, à l’inspiration malheureusement parfois un peu convenue (« Dieu que je me sens bien / Dans le creux de tes reins / Quand l’encre de tes mains / Douces dessine ton corps sur le mien »). Des chansons pop-variété, aux arrangements parfois un peu passe-partout (si ce n’est la belle chorale qui l’accompagne sur plusieurs titres), mais efficaces à souhait. A la manière d’un Bénabar ou d’un Renan Luce. Populaire sans être putassier.

A l’inverse, de nombreux morceaux, plus posés, dévalent du versant nostalgique et mélancolique de l’artiste, abordant le retour aux sources pour se remettre d’un chagrin (Les chevaux sauvages), l’absence (Maman), l’amertume de la rupture (Les valses machiavelles), l’enfance… Autant de sujets que tout digne descendant de Souchon ou de Renaud se doit d’affronter. Des chansons moins à même de faire bouger le public dans les salles, mais qui le toucheront certainement plus profondément, tant l’artiste s’y dévoile à mots découverts. « Si je reste sage, oh maman / Comme une image / M’indiqueras-tu ce rivage / Où m’attend l’équipage ? »

Mais à la vérité, quel que soit le thème ou le rythme musical, c’est bien l’amour de cet ancien champion de slam pour les mots qui traverse tout l’album. On pouvait certes s’en douter après avoir apprécié sa verve scénique ou s’être penché sur les belles trouvailles stylistiques de ses albums précédents (dont l’emblématique Claire Fontaine, sur les amours d’une page blanche et d’un stylo), on en a ici confirmation. Pas un titre ou presque qui n’y fasse référence. Oubliées les brunes ou les blondes, c’est bien Larousse qu’il préfère. Car chez notre magicien du verbe, tout se doit de passer par les mots. Tant le désarroi (« les mots me manquent », écrit-il à deux reprises) que l’amour (« jamais je n’ai dit les mots « je t’aime » à personne »), le regret (« le poids des mots que l’on retient ») que la douleur (« Si le silence est d’or / Seul sur le sable / Inconsolable / Je recherche les mots »), ce qui n’est pas exprimé en termes précis ne semble pas exister. Lourds ou légers, les mots lui sont vitaux et c’est en jardinier expérimenté qu’il arpente « le jardin secret des voyelles et consonnes ». Source de chagrin souvent, ils sont aussi la bouée qui lui permettra de surmonter les difficultés, de tout réinventer, tout réécrire : « J’aime que l’on se dise des gourmandises / Des mots qui collent à la peau / Des confettis, des mots valises / Des mots pour se tenir chaud ». Et quand il s’allie avec Aldebert pour une chanson en duo plus spécifiquement dédiée aux enfants, de quoi est-il question ? Vous l’auriez deviné : « des gros mots » !

Alors, Barcella, obsédé textuel ? Assurément. Mais il serait bien sot de vouloir l’en guérir.

 

Barcella, Soleil, Ulysse/Editions Charabia, 2018. Le site de Barcella, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui, c’est là.

Tags : AldebertBarcellaNouvelles
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