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Phanee de Pool, de la Suisse dans les idées

dePol De Groeve
27 mars 2018
dans L'Équipe, Lancer de disque, Pol De Groeve
1

51w9bdWpFZL._SX355_Elle nous vient d’Helvétie, n’a même pas 30 ans et se dit slapeuse. Joli mot-valise tentant de définir son art, entre le rap et le slam. Son nom est aussi intrigant que son univers : Phanee de Pool. Retenez-le, tout incline à croire que l’artiste qui le porte ira loin.

La pochette du CD nous la montre de dos, admirant une toile reproduisant la Création d’Adam de Michel-Ange. Une manière de nous suggérer qu’elle est elle-même une créatrice dotée de la grâce ? Allez savoir. Toujours est-il que son disque, elle l’a fait toute seule, en bonne autrice-compositrice-musicienne-arrangeuse autodidacte. Le tout en exerçant l’honorable profession de policière. C’est beaucoup ? Elle est comme ça, Phanee. Elle nous le dit d’ailleurs d’emblée, dans sa chanson d’ouverture : « To be or not to be / Je suis comme je suis / Jour après jour / Je ne change pas / Je vis ». La preuve qu’on ne fait pas d’Hamlet sans s’casser des keufs !

10 chansons + un instrumental dans l’album. Du slam, elle a retenu les textes longs, tant dans la durée que dans la métrique. Du rap, le débit et le phrasé. De la chanson, les mélodies et (parfois) les couplets-refrains. Le mix donne un disque (d)étonnant, à l’aspect musical un peu bricolé (à votre synthé !) mais aux textes d’une maturité qui n’a rien à envier aux vieux briscards de la chanson française.

Que de belles trouvailles en effet. Qu’il s’agisse de décrire une rupture sentimentale (« Y’avait trop d’eau dans le gaz et pas assez dans le vin »), la recherche d’un boulot quand on n’est pas trop motivé (« Alors j’ai dû choisir, j’y ai réfléchi à deux fois / Le choix B ou le choix A, le ba-ba de l’employé »), la schizophrénie (« C’est comme un hologramme que tu croises dans la rue / Que tu regardes traverser, qui marche toujours devant toi »), le couple (« Si le coup de foudre est éphémère, il fait quand même flamber la terre ») ou les différentes étapes de la vie (« Comment tu t’appelles / Paraît qu’c’est toi ma cheffe directe / Et que j’vais grandir sous ton aile »), à chaque fois l’angle de vue se révèle original, les mots judicieux et les vers bien tournés. La synergie parfaite, quoi : le son a du sens et le sens a du son.

Car sous ses atours légers, Phanee de Pool n’hésite pas à aborder les rives de la gravité. Faut dire que notre époque ne lui inspire guère confiance, qu’elle se demande ce qui est le pire (être femme dans un monde d’homme, un étranger au milieu des loups, un esprit ouvert parmi les têtes étroites…) ou qu’elle dresse le catalogue des choses noires qui se déroulent toutes les minutes dans le monde. Mais ouf !, son humour légèrement cynique vient à bon escient désamorcer la lourdeur potentielle. Quand la chanson ne s’avère pas ouvertement comique, comme ce C’est normal – revisite dans son final du Blues du dentiste d’Henri Salvador -, hilarant inventaire par un hypocondriaque de tous ses dysfonctionnements (« Le soir, quand j’m’endors, je dois laisser la lumière / Car dans le noir j’vois Dark Vador s’amuser avec son laser ») !

Avec Hologramme, premier album d’une lignée qu’on espère fournie, Phanee de Pool pose les bases de son univers. C’est résolument moderne, frais et léger, profond et drôle. Gonflé aussi. Car avouez, ce n’est pas tous les jours que vous entendrez un tel hommage à une maman : « Tu sais, très honnêtement, j’étais quand même bien dans ton ventre / Il manquait juste 10 centimètres pour que je puisse étendre les jambes / Et un filet de lumière traversant une petite fenêtre / Que j’aurais pu installer, moi, entre ton cœur et ton urètre ». Qui dit mieux ?

 

Phanee de Pol vient de se voir décerner un Coup de Coeur de l’Académie du disque Charles-Cros. Phanee de Pool, Hologramme, Escales productions (CH) 2018. Le site de Phanee de Pool, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

Tags : NouvellesPhanee de Pool
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Commentaires 1

  1. Lanatrix Alain says:
    il y a 9 ans

    C’est bien ryhtmé, c’est frais et c’est joyeusement vivant… Le message passe bien !

    Reply

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