C’est le genre d’album entre tous réjouissant. D’abord – fait notable – il ne correspond à aucun anniversaire, aucune date qu’on est prié de ne pas oublier (en général, le bizness sait nous le rappeler) : les commémorations brassensiennes sont passées depuis plus de dix-huit mois. Ensuite, c’est un double album (quarante titres tout de même !) chanté entièrement en pas français : rien que du catalan ! Entre nous, ça fait drôle d’écouter un disque étranger et d’en comprendre chaque mot, chaque vers. Et quelle énergie ! C’est du Pujadó au mieux de sa forme.
« Brassens, ombre et lumière » est divisé en plusieurs sections. Ce qui est, selon Pujadó, « la forte lumière » à savoir les sujets bien connus (La mauvaise réputation, Le gorille, Je suis un voyou, Margot…), ce qui est discret et léger (Le petit joueur de fluteau, La princesse et le croque note…), les chansons posthumes ou confiées à autrui (La file indienne, Le chapeau de Mireille…) et la poésie (Marquise et Philistins). Chapitres tous introduits par des extraits d’entretiens (en français) du père Brassens. Le second cédé étant la réédition de celui, désormais introuvable, de 1993, « La mala herba » (faut-il traduire ?) premier disque que Pujadó consacrait au natif de Sète.
Vrai plaisir aussi de constater l’orchestration qui, sans faire le dos à celle d’origine, nous offre une autre lecture, vivifiante, notamment avec l’accordéon très présent dans le disque de 2013 (celui d’il y a vingt ans est plus « Brassens » dans la forme musicale).

La voix du catalan est ferme, décidée, prenante, avec la gravité hérité de sa région, avec aussi ce côté enjoué que l’on sait de tonton Georges. On devine que ce dernier aurait été ravi de savoir qu’après Paco Ibañez en castillan, Miquel Pujadó l’avait repris (et de quelle façon !) en catalan.
Notons, pour les inconditionnels que vous êtes déjà ou que vous deviendrez, qu’il existe un autre disque encore de Pujadó célébrant Brassens : « El temps no té cap importancia », sorti il y a pile dix ans. Et que, hors Brassens, Miquel Pujadóa son répertoire en propre qui lui vaut bonne réputation en Catalogne.
Miquel Pujadó, Brassens, llum i ombra, double cédé, Columna Musica (2013). info@columnamusica.co. Le site de Miquel Pujadó, c’est ici.







![Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :
Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?
De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards
Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !](https://nosenchanteurs.fr/wp-content/uploads/2014/04/hqdefault-350x262.jpg)





