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Erwan Pinard, à boire absolument

deAgnès André
20 octobre 2022
dans Agnès André, En scène, Festivals, L'Équipe
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Erwan Pinard à Miramas Photos ©Jean-Pierre Maybon
Erwan Pinard à Miramas Photos ©Jean-Pierre Maybon

15 octobre 2022, Miramas, Festival de poche,

 « Bien sûr, il faut avoir vu Pinard en scène. Au moins une fois dans sa vie », disait Michel Kemper en août 2020 lors de la sortie des treize titres tristes de L’indicible. Je ne sais si l’énergie est depuis montée en puissance par désespoir de confinement ou si un concert de Pinard est toujours aussi émoustillant, mais je ne peux que renchérir : oui, il le faut.

Par ce chaleureux samedi d’automne piqueté de moustiques à la salle polyvalente de Miramas, Erwan Pinard entre en scène au Festival de poche, claudiquant sur son entorse, sa guitare rapiécée au gros scotch électrique argenté. Ça commence par deux petits sons, un doigt tapotant la caisse – « désolé, y’a pénurie de notes », s’excuse l’artiste sourire en coin –, une sobriété musicale railleuse qui en deux-deux nous scotche, tout autant électrifiés, à son esthétique minimaliste et contrastée.

Contraste, il en y a jusque dans les apparences – comme quoi l’habit fait paradoxalement le moine : l’homme à l’allure autrement très sérieuse d’enseignant (il l’est après tout, prof de musique dans un collège de Villeurbanne) nous gueule plus-que-soudainement des chansons d’amour courtois en compte à rebours – « ça fait trois jours que je n’ai pas gravité autour de ton corps céleste / soit 4,5 milliards de canettes de coca-cola consommées dans le monde […] » ; nous transcende de poésie ironico-purcellienne sur la rupture amoureuse et la beauté de nos activités en ligne (Ô solitude, titre de quelque huit minutes divines et lyriques) ; nous conte le truculent moment de remplir les bulletins scolaire – est-ce que mon travail est sérieux ? ; j’en passe et des meilleures (oui, des meilleures !).

PINARD Erwan 2022 © JeanPierreMaybon DSC_3125Ça gratte comme un moustique miramassien, c’est hargneux comme du Jack Simard, désopilant comme du David Lafore, cynique comme du Natyot, décalé et amoureux comme du Nicolas Jules, lumineux comme du Pierre Soulages, et vocalement sombre et rassérénant comme du Bashung. Voilà, si on devait en faire une chimère, ce serait sûrement tout cela « et bien plus encore » comme dit le markétinge, parce que là, entre les notes de goudron tendre et de carrelage froid de sa chanson « concassée, compressée, élargie, pulvérisée, reconstituée et recrachée », le tissu musical s’émaille d’influences (c’est bien un prof) dont il aime à jouer pour s’en moquer (gentiment) ou pour créer le décalage (sensible) – et dans ma grande honte de spectatrice happée par sa performance, voilà que je n’en peux citer que Goldman, Cabrel et Purcell (diantre, quelle belle trinité).

Pour le grand bonheur de nos intérieurs rebroussés à caresse-poil, nous sommes pris, prisonniers ; captant, captivés ce personnage qui va jusqu’à en avaler son micro sans oublier de rester in situ, nous prenant à propos à parti – « Tu comprends [public de] Miramas ? » –, ou tout simplement par surprise. L’attention est telle dans la salle que même débranché chuchotant, le public reste suspendu à ce sémillant électrocardiogramme verbosonore. On en vient même à entonner en cœur des hou hou susurrés de concert avec lui : c’est certain Erwan Pinard, sirène des états de corps et âmes, captive autrement que par son nom.

Suis-je la seule à me retrouver dans cet état d’émulsion tripo-synapsienne, dans ce bateau âpre mais non ivre ? Apparemment non ; les rires fusent dans la salle et les albums se vendent comme les mojitos : à flot. Que [notre] volonté soit fête.

 

Le site d’Erwan Pinard, c’est ici ; sa page Facebook là; ce que NosEnchanteurs a déjà dit de lui.
En concert le 7 décembre à La 2Deuche à Lempdes (63) 

« Supermarché » qui ouvrit le concert et acheva de nous captiver (en version solo-succulente) : 

« Colère » de son précédent album, scotchante de justesse : 

 

 

Tags : Erwan PinardFestival de poche MiramasNouvelles
Agnès André

Agnès André

vit, écrit, traduit à Veynes. Un lieu qui l’a menée à la chanson et à parler au passé surcomposé. Elle aime Gaston Miron, Dorothy Parker, les poireaux et la chanson des bonbons de Jacques Brel. Sa recherche ultime n’est pas celle du temps perdu mais du mot juste.

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