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Huma Tour, man ! [1/3]

dePatrick Engel
19 septembre 2019
dans En scène, Festivals, L'Équipe, Patrick Engel, Vincent Capraro
1
L'Or du Commun sur la grande scène de L'Huma (photo non créditée extraite de leur page facebook)
L’Or du Commun sur la grande scène de L’Huma (photo non créditée extraite de leur page facebook)

Vous n’imaginez même pas, chères Enlectrices et chers Enlecteurs, quelles embûches durent être surmontées pour pouvoir vous assurer la narration de cette nouvelle édition de la Fête de l’Humanité… C’est qu’en ce jour d’immense transhumance, une poignée de gauchistes sanguinaires au couteau entre les dents d’honnêtes travailleurs exploités par le Grand Capital s’était mis en tête de paralyser les transports parisiens dans le but avoué de sauver la retraite (imminente) du rédacteur en chef bien-aimé du site que vous parcourez à l’heure présente… Fort heureusement, une solution de secours fut trouvée et grâce à la fortune personnelle conséquente du dit rédac-chef, c’est dans un chuintement élégant et discret que la limousine de fonction discrètement siglée , pour NosEnchanteurs, vint s’amarrer tout en douceur tel un luxueux paquebot de croisière terrestre devant l’entrée ensoleillée du parc de la Courneuve…

Une fois nos quartiers pris dans l’habituel foutoir sans nom qu’est le camping le plus festif de France (dixit le site de la Fête de l’Huma…), une fois siroté le rituel premier petit mojito de bienvenue, le temps est venu de nous immerger au sein de ce fabuleux creuset de rencontres et de partage qui nous accueille à nouveau. Autre rituel immuable, également, les tentatives hasardeuses d’optimisation du programme (pléthorique) des concerts, il est pourtant prouvé qu’en ce domaine, le hasard fait en général plutôt bien les choses. Témoin ce tout premier set pas spécialement prévu sur la Grande Scène avec les rappeurs bruxellois de l’Or du commun. Les trois garçons envoient un flow débridé et parfaitement maitrisé, mâtiné d’ambiances jazzy sur d’énormes infrabasses vibrionnantes. Sous les boucles hypnotiques des textes bien posés, la prairie déjà desséchée nous noie petit à petit dans une ambiance planante des plus pulvérulentes…

Lynette Horner (photo Olivier Genieys tirée de leur page facebook)
Lynette Horner (photo Olivier Genieys tirée de leur page facebook)

Hasard à nouveau de nos déambulations, nous tombons ensuite, sur un des fameux stands des fédérations du Nord, sur Lynette Horner et son boy’s band-musette-punk-licorne (si, si…), et ses reprises bien déjantées de chants de lutte populaire. Un ch’ti peu d’poeusie, c’est bin bon, hein ! De l’autre côté de la fête, far, far away comme on dit en Bretagne, la scène Zebrock nous offre sa première bien belle découverte en la personne d’Angel Fall, groupe lauréat du Prix Zebrock en 2005 déjà. Leur rock indé de bon aloi alterne les textes en français et en anglais sur une formule guitare/basse/claviers/batterie, porté par la belle voix claire du chanteur. De son timbre éthéré façon Matthew Bellamy, de Muse, il nous invite à l’abandon de longues ballades stratosphériques féériques, ponctuées de belles envolées lyriques bien musclées. Ou, si vous préférez, du rififi hifi dans les riffs effrénés de la folie licencieuse de Pif le chien. Et paf ! C’est le groupe Shoefiti qui déboule ensuite sur scène, power trio de rock garage lo-fi saturé, emporté par une basse bondissante et un bon gros son grasseyant à souhait. Le tout chanté entièrement en anglais, cette fois, but nobody’s perfect… Le soleil lourd jusqu’à présent se met à raser plus légèrement les allées embaumées d’odeur de viande grillée. Sous la sainte trilogie salade- tomate- union, les rayons chaleureux nous adoubent citoyens donners, et c’est ça qu’est bab’… La Petite Scène (pas si petite que ça, d’ailleurs) est située à mi-chemin de notre parcours et nous permet d’écouter quelques titres de Lily le groupe, proposant un mix sympathique de chanson-rock et de jazz manouche, mitonné dans un sauce musiques du monde. Sympa, donc, mais un petit peu déjà entendu…

Lofofora (photo Vincent Capraro)
Lofofora (photo Vincent Capraro)

Toujours sur la Petite Scène, c’est maintenant du lourd, du très lourd qui s’avance avec les fous furieux furibonds de Lofofora venus fêter sur scène les 30 ans du groupe de métal. Et c’est bien la fine fleur d’acier des métalleux qui se retrouve pour en découdre sur scène ou dans la fosse, fines lames acérées et bretteurs émérites du gros son qui touche et qui tache à la fin de la voix. Le mot d’ordre est rapidement donné à l’adresse d’un public déchainé qui n’attendait que cela pour se lancer dans un pogo échevelé : « Allez, bouge ton cuuuul ! » Les textes, hurlés comme par la sirène apocalyptique d’une cimenterie désaffectée, n’oublient pas de taper fort sur les ravages incommensurables d’un ordre capitaliste établi, et c’est en plein état de légitime défonce que la ronde infernale se met en branle dans la poussière au beau milieu de la foule des spectateurs, chevauchée fantastique toutes crinières au vent et naseaux grands ouverts, homérique pogo circulaire aussi acérée qu’une scie éponyme… Imaginez une gentille petite ronde collective dans une cour d’école, mais façon Mad Max, et vous aurez une toute petite idée de la chose. Waouh ! Le niveau est donc bien haut lorsque nous approchons de la Grande Scène, pour ce qui promet d’être le point d’orgue (de Staline, ah ah, ah, ah !) de cette première journée, à savoir le set incandescent et in-ra-ta-ble de Paul Kalkbrenner, tête d’affiche mondialement reconnue de la scène techno berlinoise. Huma de nuitLa nuit tombe sur la prairie, noire elle aussi, mais de  monde, alors que retentissent les premiers beats martiaux balancés aux platines par le divin chauve, le visage dupliqué à l’infini en noir et blanc sur les écrans géants. La lente montée paroxystique se fait organique avant d’exploser en pulsations telluriques renversant tout sur leur passage. En sorcier des machines, Kalkbrenner délivre une électro-pop tout en finesse, un peu trop d’ailleurs tant nous nous attendions peut-être à des ambiances plus décalées façon Berghain, pour les connaisseurs nombreux à lire ces lignes… Mais il fait le job, la foule n’est plus qu’une houle mouvante léchant sans fin les rivages d’une scène hors d’atteinte. (C’est une image, calmez-vous !). À nos côtés, perdue dans son monde, une jeune festivalière hallucinée nous offre une démonstration irréelle de bolas lumineuses électriques… Et la nuit ne fait que commencer.

Dites, vous avez remarqué que je ne vous ai pas encore parlé de bouffe ? C’est que demain est un autre jour !

 

Lire le second épisode de cette trilogie Humanesque, c’est ici. Et le troisième, c’est là.

Retrouvez les photos exclusives de Vincent Capraro à la Fête de L’Humanité : Aya Nakamura ; Eddy De Pretto ; Lofofora ; Les Fatals Picards.

 

Lynette Horner :

Lofofora :

Tags : Angel FallFête de l'Huma 2019L'or du communLily le groupeLofoforaLynette HornerNouvellesPaul KalkbrennerShoefiti
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Commentaires 1

  1. Franck Halimi says:
    il y a 7 ans

    Lorsqu’elle plonge la plume la première dans l’annuelle ferveur de la Fête de L’Huma, la grande verve Engelienne touche son acmé !

    J’ignore de quelle nature sont les substances qui viennent alors le submerger et l’habiter, mais je me porte volontiers cobaye pour les tester dès que possible.

    Parce que, là, c’est du grand art et Sade onan vit…

    Reply

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