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Clarika, à portée de nous

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17 avril 2019
dans En scène
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Clarika (photo Salle Léo-Ferré Lyon)
Clarika (photo Salle Léo-Ferré Lyon)

30 mars 2019, festival Les Chants de mars, salle Léo-Ferré, Lyon,

 

On veut toujours le beurre et l’argent du beurre. Voir un grand artiste au fait de sa gloire, qui pourrait sans mal se produire dans un Zénith, mais dans son salon, presque rien que pour soi, comme – grand luxe – un concert privé. Mais sans se ruiner. Applaudir Clarika dans une salle de 79 places est un privilège rare. Non lors d’un showcase avec de part et d’autre l’enseigne de l’agitateur qui troque son étal de disques pour des aspirateurs, non : dans une vraie salle, pour un vrai concert, forcément d’anthologie. On pense d’instinct à ces centaines de spectateurs – et parmi eux des hordes de fans – qui sont restés chez eux, faute de n’avoir pu acquérir le précieux sésame. Nous, nous sommes là, mesurant une chance qu’horoscope et karma n’auraient jamais su prédire.

Pas de coulisses, c’est de l’entrée publique qu’arrivent les artistes, dans la presque obscurité. Clarinette, violoncelle, batterie, les trois musiciens entament la soirée tandis que Clarika se tapit hors des lights, à la lisière : « C’est le vertige / De la plage blanche / On valse avec les courants d’air / C’est l’heure de remonter ses manches / Quand on est juste à la lisière / À la lisière ». D’emblée la chanson-titre de son nouvel album, et toutes celles qui suivent. La scène est de poche : le décor de la tournée qui presque débute ici et les complexes jeux de lumière n’y trouvent place. Qu’importe même si on abdique un peu beaucoup des mouvements, de la chorégraphie. Clarika est là, à portée de mains, portée de nous, dans un rapport unique et généreux. Concert collector avec supplément d’âme : « Âme ma sœur âme / Mon âme soit courageuse / Mon âme soit rebelle / Sois forte et généreuse / Comme je t’aimerai belle ». Fougue, incroyable énergie, la chanteuse enchaine les titres avec entre eux quelques complicités en notre direction, des dires qu’on tiendra pour rares confidences, une place dans ses rêves, de la tendresse rien que pour nous. Si le duo avec Lapointe est le clou de son opus tout neuf, c’est seule qu’elle part pour Venise, en vaporetto, ou non : « On n’ira jamais à Venise / Venise c’est rien que pour les cons / Se gondoler sur la Tamise / Même pas de quoi en faire une chanson / On n’ira jamais à Venise / Venise c’est qu’une ville de pigeons / Ceux qu’on plume pour quelques devises ». Car l’amour est tête de gondole chez Clarika, celui passé comme celui à venir : présentement elle est pile au milieu, en recherche comme en désamour, même si elle le veut « Tout, tout de suite, la belle vie sans mérite / Tout tout tout et plus encore / De toute façon un jour t’es mort / Alors autant qu’on en profite ». Tout tout cet album et plus encore. Avec ces Deux anglaises retrouvées, et Patricia, et ces garçons nus dans les vestiaires : « Ah, si j’étais un garçon / Je saurais ce qu’ils font / Dans les vestiaires ah / Ah si j’étais Paul ou Léon / Ou même un porte-savon / Un courant d’air… »

Le quatuor (photo x)
Le quatuor (photo non créditée)

Insouciante, Clarika, ne vivant qu’au rythme de son cortex, des battements de son cœur ? Non. Elle vous saisit, vous chamboule les tripes, vous remue en d’autres sujets prélevés à notre quotidien. A ces réfugiés qu’on laisse se noyer d’indifférence en haute mer : « Dis, où est passé l’azur / Tout l’azur / On ne te parlait que de ça / Dis, où est passée la vie / Toute la vie / Un ange te prendra dans ses bras ». Bouleversant, déchirant… Mais c’est loin la mer. Il y a plus près encore, dans la rue, devant l’école, ces gens sans papiers : « Bon sang c’est sûr / C’est la loi de la nature / C’est l’évidence / T’avais qu’à naître en France ». Clarika est coupable de ça, de vous entrainer dans ses rêves, ses amours et d’un coup vous asséner d’autres bons sens, de ces vérités bonnes à dire, de cette empathie dont elle est faite. Dans un concert totalement maîtrisé, sans temps mort, qui va crescendo. Dont vous sortez comblé mais groggy, enthousiasmé comme rarement. Un grand, un très grand moment !

Le site de Clarika, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’elle, c’est là.

Même pas peur clip

Venise concert Lille

Tags : ClarikaNouvelles
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