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Makja, sa parole est d’or

deCatherine Laugier
3 novembre 2017
dans Catherine Laugier, En scène, L'Équipe
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Makja (photo Francis Bozzetto)
Makja (photo Francis Bozzetto)

12 octobre 2017, Nomad Café à Marseille,


Il est mince, visage d’ascète, énergie de sportif, à l’aise en abordant ce concert à la seconde près. Si c’est son premier spectacle à Marseille, la ville ne lui est pas inconnue, il y a même de la famille et il s’y sent vivant, à la rencontre de ses habitants.

La lumière est bleue. Il est assis, nous interroge, nous prend à parti « Mais qu’est-ce que tu fais là ? » Le piano rythme, dramatique, égrène ses petites notes, sur le synthétiseur en batterie légère…

Makja vit intimement l’agitation de notre monde, elle habite son corps, le pousse en colère contenue, en pulsion vers les autres, pour les interpeller, les entraîner comme pour les dénoncer s’il le faut.

L’hypocrisie des idées dominantes, faussement nouvelles, immobiles, nécrosées, le révulse. Ses mots sont précis, précieux au sens propre, piquants, sans concession, percutants, ils sonnent comme seuls savent le faire les slameurs, les poètes. Ils sont musicaux même sans musique mais gagnent à être bien accompagnés, et c’est le cas. Mikael Bentz, son compositeur, musicien, pianiste, violoniste, et créateur d’univers sonore, habille magnifiquement  ses textes. Il est juste, d’une précision limpide et profonde. Joue du clavier et du violon avec présence, lance au synthétiseur des programmations de batterie et d’autres instruments, empile des boucles au violon avec rythme et légèreté, c’est le magicien musical qui convient à ce maître des mots qu’est Makja.

« Ces tyrans qui nous traquent / Vas-y tire donc le fil / Pour voir quelles sont ces marionnettes (…) Si vous en êtes (…) je vous emmerde » achève-t-il en baissant le ton. Puis s’excuse immédiatement en boutade. Mais le public a compris. D’ailleurs, il est sage ce public, de tous les âges, debout, tendu vers l’artiste comme celui-ci est tendu vers lui, il est tout ouïe. Pas de réflexions marseillaise surréactive, comme il peut y en avoir en certains lieux, ici on n’interpelle pas le chanteur, ou alors poliment, de petits assentiments,  encouragements verbaux en fin de titre, inclinaisons de tête. C’est très surprenant, dans ce Café concert proche des friches industrielles, quartiers longtemps délaissés de Marseille, en pleine reconstruction, le courant est passé tout de suite.

Il faut dire que Makja a une sorte d’autorité naturelle, longtemps accompagnateur social, il doit savoir capter l’attention. Tour à tour convivial, presque volubile, sa voix monte et se pare d’un accent chantant, puis, disant ou chantant, repart dans les graves, convainc, scande, se porte vers l’assistance comme au Théâtre antique, se feutre doucement, filtre dents serrées. Les donneurs de leçons qui s’essuient sur les faibles, il les dénonce, planté immobile au micro dans la lumière rouge, seules ses mains expressives s’ouvrent, désignent, repoussent, appellent à la révolte, « Et quand tu as rien tu pètes un câble / Voleur ! Vaurien ! Voleur de pot de vin ! / Où est passé notre allant ? Nos sangs mêlés ? Notre tempérament / Ils calculent leur plan ! Ils protègent leurs clans ! » Reprend entre retenue et cri Déchiiire qui s’attaque de front… aux extrêmes droitières avec quelques notes de Marseillaise dissonantes. On a parfois envie de lever le poing mais surtout de serrer la main de son voisin, ou même de l’embrasser en le pressant très fort sur son cœur.

Ne chantant de son premier EP qu’Un camp, chanson sur la fidélité à ses convictions, il dédie aux vivants Fais-moi un signe, sur la nécessité de la trace, du souvenir, vibre en larmes contenues A nos absents.

Les sentiments intimes ne sont évoqués qu’avec pudeur et discrétion, le message à son fils, Ne te retourne pas : « Tu sais, les parents ont leur temps, comme les cerises en été. » L’amour tendre de ce pantin, bras de bois et Yeux de rouille : « je suis en chair en sucre, prends mon cœur à jamais » au son d’un piano-jouet.

Sur les cordes pincées du violon, puis frottées : « Car née de doutes, Ma musique est fille de sentiers (…) Il n’existe pas de route connue d’avance » est sa profession de foi comme son errance, son âme qui doute et cherche, multiple, attentive, sauvage comme les steppes et les falaises de sa Corse native.

 

Le site de Makja, c’est ici ; ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, c’est là. Prochain concert lundi 6 novembre 2017 au Comedy Club à Paris 10eme

Yeux de rouille à Albi en 2017

Tags : MakjaNouvelles
Catherine Laugier

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