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Petit Lorca devenu grand

deCatherine Cour
24 novembre 2016
dans Catherine Cour, Catherine Laugier, En scène, Festivals, L'Équipe
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(photo Catherine Cour)
(photo Catherine Cour)

El niño Lorca, par Christina Rosmini,

 

J’ose le dire : ceux qui quitteront le festival d’Avignon sans être allés voir ce spectacle auront loupé leur festival !

C’est un spectacle si original, si complet, si beau, qu’on en ressort avec un sentiment de plénitude. On a appris des choses, vu et entendu de splendides textes, dits, écrits, chantés et dansés par Christina, accompagnée du guitariste virtuose Bruno Caviglia.

Tant pis pour ceux qui aiment classer dans des tiroirs bien rassurants les artistes ou les spectacles ! Celui-là fait exploser toutes les boîtes et déchire toutes les étiquettes qu’on voudrait lui coller… « Théâtre », « Chanson », « Danse », « Musique »… il est tout ça à la fois, et plus encore !

CHRISTINA ROSMINI, RETOUR SUR EL NINO, AU TOURSKY, NOVEMBRE 2016 hristinasur El Niño Lorca, au Toursky Ce spectacle de et avec Christina Rosmini (et son guitariste Bruno Caviglia) nous conte Federico Garcia Lorca depuis l’enfance jusqu’à son exécution par des rebelles anti républicains, avec les yeux sensibles de Federico qui voulait être musicien et chanteur avant de devenir poète, et auteur de Théâtre. L’article de Catherine Cour à Avignon m’avait donné envie, je me suis donc précipitée Salle Léo Ferré au Théâtre Toursky à Marseille pour me rendre compte par moi-même. C’est un spectacle total, fluide, théâtre, musique, danse et chanson, en français, en espagnol et avec même une pointe d’anglais. L’infatigable Christina y déploie tout son charme et sa passion, incarnant à la fois la mère de cette marionnette symbolisant l’auteur, habillée de papiers où courent ses écrits, la lune, les sœurs ou cousines, ou amies d’enfance de Lorca et Lorca lui-même en plus de le conter. Vêtue d’un costume blanc, une fois  le manteau de dentelle tombée, elle a l’allure d’un toréador aussi bien que d’un artiste,  passe à la robe flamenca pour danser, déroulant son strict chignon en une luxuriante chevelure qui coule jusqu’au bas de son dos. L’écran-fenêtre-théâtre où défilent projections de lumières et dessins  fait tout le décor, avec un tabouret et une lampe. Outre l’esprit de Lorca, c’est une grande partie de l’histoire du XXeme siècle qui revit. On voyage de l’enfance andalouse, où Federico dénonce l’extrême misère de certains, rencontrée auprès de sa petite camarade au longues nattes, aux séjours à Madrid ou à Paris, dans l’effervescence créative des années folles et du surréalisme. On croise Manuel de Falla, l’élégant jeune Dali qu’il aima et qui l’aima, Buñuel qui le méprisa. On part à New York dont la modernité côtoie le racisme anti noirs malgré le succès de leur musique. On rêve à Cuba ou en Argentine, on espère des lendemains qui chantent avec la victoire des républicains en Espagne, on défile avec Maria de las Dolores tout en révérant la République. On voit mourir un torero, signe d’un destin contraire : on déchante vite jusqu’à la tragédie finale. Lorca y reste fragile poète à l’âme toujours habillée d’enfance, et surtout révolte contre un monde qui tourne mal.  Et la proximité avec le monde actuel nous fait mal, nous mouille les yeux. Ne tirerons–nous jamais leçon de l’Histoire ? Allons-nous revivre de si noires années, impensable il y a  peu encore ? Précipitez-vous au Toursky, salle Léo Ferré  à Marseille le vendredi 25 novembre 2016 ou le samedi 26 novembre à 21h CATHERINE LAUGIER (photo Paul Evrardà
CHRISTINA ROSMINI, RETOUR SUR EL NINO, AU TOURSKY, MARSEILLE, NOVEMBRE 2016
Ce spectacle de et avec Christina Rosmini (et son guitariste Bruno Caviglia) nous conte Federico Garcia Lorca depuis l’enfance jusqu’à son exécution par des rebelles anti républicains, avec les yeux sensibles de Federico qui voulait être musicien et chanteur avant de devenir poète, et auteur de Théâtre. L’article de Catherine Cour à Avignon m’avait donné envie, je me suis donc précipitée Salle Léo-Ferré au Théâtre Toursky à Marseille pour me rendre compte par moi-même.
C’est un spectacle total, fluide, théâtre, musique, danse et chanson, en français, en espagnol et avec même une pointe d’anglais. L’infatigable Christina y déploie tout son charme et sa passion, incarnant à la fois la mère de cette marionnette symbolisant l’auteur, habillée de papiers où courent ses écrits, la lune, les sœurs ou cousines, ou amies d’enfance de Lorca et Lorca lui-même en plus de le conter. Vêtue d’un costume blanc, une fois le manteau de dentelle tombée, elle a l’allure d’un toréador aussi bien que d’un artiste, passe à la robe flamenca pour danser, déroulant son strict chignon en une luxuriante chevelure qui coule jusqu’au bas de son dos. L’écran-fenêtre-théâtre où défilent projections de lumières et dessins fait tout le décor, avec un tabouret et une lampe. Outre l’esprit de Lorca, c’est une grande partie de l’histoire du XXe siècle qui revit.
On voyage de l’enfance andalouse, où Federico dénonce l’extrême misère de certains, rencontrée auprès de sa petite camarade au longues nattes, aux séjours à Madrid ou à Paris, dans l’effervescence créative des années folles et du surréalisme. On croise Manuel de Falla, l’élégant jeune Dali qu’il aima et qui l’aima, Buñuel qui le méprisa. On part à New York dont la modernité côtoie le racisme anti noirs malgré le succès de leur musique. On rêve à Cuba ou en Argentine, on espère des lendemains qui chantent avec la victoire des républicains en Espagne, on défile avec Maria de las Dolores tout en révérant la République. On voit mourir un torero, signe d’un destin contraire : on déchante vite jusqu’à la tragédie finale. Lorca y reste fragile poète à l’âme toujours habillée d’enfance, et surtout révolte contre un monde qui tourne mal.
Et la proximité avec le monde actuel nous fait mal, nous mouille les yeux. Ne tirerons–nous jamais leçon de l’Histoire ? Allons-nous revivre de si noires années, impensable il y a peu encore ?
Précipitez-vous au Toursky, salle Léo Ferré à Marseille le vendredi 25 novembre 2016 ou le samedi 26 novembre 2016 à 21h
CATHERINE LAUGIER
(photo Paul Evrard)

Christina Rosmini est l’auteure et l’interprète du spectacle : elle revendique ses racines méditerranéennes et sait s’en faire un socle culturel et spirituel « élargi » jusqu’à l’orient, l’Inde… sur lequel elle construit ses spectacles : comédienne pleine de grâce, auteure des textes et compositrice des musiques, interprète, elle met son corps souple de danseuse et sa voix chaude de chanteuse de jazz ou de flamenco au service d’un spectacle qu’elle nous offre comme on offre l’eau fraîche et désaltérante d’une source, dans ses pays de canicule.

Le thème du spectacle est peu connu, peu « exploité », ou du moins pas dans les spectacles de chansons. Écrit à l’occasion du 80e anniversaire de la Guerre d’Espagne et de l’exécution de Federico Garcia Lorca, il s’agit d’un conte musical sur la vie et l’œuvre du génial musicien, poète et dramaturge, intitulé « El niño Lorca ».

La réalisation est splendide, le spectacle total : en français et en espagnol, c’est la vie du poète qui nous est contée. De sa naissance, près de Grenade à son assassinat en 1936, nous le suivons en Espagne, aux États-Unis, en Amérique du Sud, à Buenos Aires, à Cuba… Les textes ou les chansons sont sublimés par des projections de dessins ou d’animations d’une finesse extrême. Et il est intéressant d’établir des parallèles à quatre-vingts ans d’écart : Lorca a été en bute avec l’obscurantisme religieux, la montée du fascisme, la crise financière et économique, le racisme, l’homophobie… Les choses ont-elles tellement changé ?

Lorca nous est présenté comme un éternel enfant (ce qu’il aurait bien voulu pouvoir rester), sous la forme d’une marionnette de papier. Il se révolte contre les injustices qu’il côtoie et s’inscrit dans l’avant-garde de son époque avec ses amis Picasso, Dali, Buñuel, de Falla.

Le texte s’appuie sur les écrits de Lorca, les musiques sont aussi variées que l’était son œuvre et le décor sert particulièrement bien le propos. J’ai beaucoup aimé le paravent « Belle époque », qui est, selon moi, le troisième interprète de la pièce : tantôt porte vers l’au-delà, miroir de l’âme du poète, refuge, accessoire de jeu, support des projections qui retracent la vie et les souvenirs de Lorca, il habille la scène d’une nouvelle dimension, toujours présent mais sachant aussi se faire oublier pour mieux ressurgir.

Et l’alchimie prend. La mélodie des mots parlés ou chantés sur des rythmes de rag-time ou de tango nous emporte dans ce monde intermédiaire où la lune-mère accueille l’âme de l’enfant-Lorca assassiné.

Je ne saurais trop vous recommander d’aller voir ce spectacle poétique, intense et harmonieux.

 

Le site de Christina Rosmini, c’est ici.  Ce que NosEnchanteurs en a déjà dit, là

Teaser spectacle 


Tags : Avignon off 2016Christina RosminiNouvelles
Catherine Cour

Catherine Cour

Vous voyez Obélix ? Eh bien c'est un peu moi, en version féminine, sans les moustaches ni le casque à cornes (les tresses, pour l'instant, je peux !). Côté caractère, c'est assez ça aussi ! Je suis plutôt calme, gentille… un rien contrariante sur les bords. J'adore partager, rendre service. Il faut m'en faire beaucoup pour que je sorte de mes gonds… mais quand je prends la mouche, Romain ou pas, il vaut mieux raser les murs ! Sauf que ma potion magique à moi, c'est la chanson "à texte". Il n'est pas né le Panoramix qui pourra m'empêcher d'y piquer une tête aussi souvent que possible ! Jusqu'à dix ans, il n'y avait pas de musique ni de chanson à la maison. La radio n'était allumée que pour les infos. J'étais "sport" et "lecture". Et puis, à onze ans, mes parents m'ont offert un transistor et un Teppaz… et j'ai plongé dans les chansons qui me parlaient comme mes livres bien aimés : Brassens, Brel, Piaf, Barbara, Anne Sylvestre… depuis, je rattrape les années perdues (euh… j'ai peut-être même pris un peu d'avance…!) et je continue avec tous leurs enfants "spirituels" (aux deux sens du mot). J'avoue être davantage attirée par les textes et par les voix féminines que par la musique : je n'y connais rien et si j'ai l'oreille juste, mon cerveau refuse de s'intéresser à des notes s'il n'y a pas une voix dessus. Quel que soit le genre (classique, jazz, folklore…) il me faut d'abord des paroles (si possible dans une langue que je comprenne, mais ce n'est pas une obligation) ! La voix vient ensuite et si elle est belle, tant mieux… mais la musique ne me "parle" pas. Les seules émotions qu'elle m'apporte sont celles des textes qu'elle supporte. Ah ! Et puis un défaut que j'ai failli oublier, mais que vous constaterez vite : je suis bavarde ! Très, très bavarde… Hein, Michel ?    

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