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Vive la Reprise 2014 : les ultimes sélectionnés

dePatrick Engel
29 octobre 2014
dans En scène, L'Équipe, Patrick Engel, Prix
1
From (Ziel est dans l'obscurité, au piano)
From (Ziel est dans l’obscurité, au piano)

C’est dans un Forum Léo-Ferré noir de monde, et de beau monde, que se sont déroulées ces ultimes sélections du tremplin Vive la Reprise, vingtième du nom, heureuse initiative du Centre de la Chanson. Ne comptez pas sur nous pour balancer des noms, ce n’est pas le genre de la maison ! Il fallait y être, un point, c’est tout…

Sept candidats pour deux places seulement au final, chacun interprétant une reprise du répertoire, une reprise de Michèle Bernard, et deux titres libres dont une composition personnelle, voici quelles étaient les règles du jeu. Et je vous prie de croire qu’il y avait du lourd également sur les planches, à tel point que, selon un de nos informateurs, une part non négligeable du jury serait depuis en cure de repos intensif dans une discrète petite clinique tout ce qu’il y a de plus chic dans la banlieue de Genève… Quoi qu’il en soit, chers Enlecteurs impatients, il vous faudra, à moins que les clichés ci-contre ne vous aiguillent un peu, attendre la toute fin de ce petit papier pour connaitre les heureux lauréats, sauf pour les téméraires qui sauteraient directement en bas de page, au risque de se blesser d’ailleurs. (*)

Premiers à ouvrir le bal, From & Ziel, imparables duettistes complices. La belle voix grave de From, alias Samuel Veyrat, s’élève entre les murs du Forum, une voix éraillée par la vie, une voix charriant des flots de galets au sein d’un torrent d’émotions… Une putain de vraie présence, un petit côté Arno ou Arthur H, et l’aveu touchant, au détour d’un titre, d’avoir découvert l’œuvre de Michèle Bernard à l’occasion de ce concours. Le choc des générations… Et puis, donc, Ziel (Ian Zielinski) au clavier et le petit frisson, au-delà de l’interprétation en elle-même, d’entendre sur la reprise de Pépée sonner le Steinway de Ferré…

Alexandra Gatica (DR)
Alexandra Gatica (DR)

Place ensuite à la pétulante Alexandra Gatica, par ailleurs ex-chanteuse de la Compagnie du 26 Pinel, groupe de fort glorieuse mémoire dans nombre de petits bars parisiens… Après une introduction pleine d’humour masquant (un peu) son trac évident, elle cueille le public là, juste à la pointe du cœur, sur Mon enfance, ce si beau titre de Barbara. Portée seulement par une guitare électro-acoustique, la voix est singulière et bouleversante, un peu rauque, un peu voilée, un peu à la manière de Rachel des Bois. S’ensuivent deux compositions personnelles, dont une très belle sur ses origines chiliennes (d’où le charango qui fait son apparition), accompagnées à la basse électrique par son comparse François Puyalto, également candidat ce soir et qu’elle présente comme son plus dangereux concurrent…

(photo Clotilde Penet)
Dany Buckton trio (photo Clotilde Penet)

Faites du bruiiiiit, Dany Buckton Trio est dans la place ! Dans une formule originale (guitares, cajon, saxophone baryton), les trois garçons tout en cheveux attaquent par un titre un peu expérimental, limite bruitiste qui se révèle être une reprise du groupe la Rumeur. Sur les titres suivants, on sent beaucoup plus l’influence d’artistes comme la Tordue ou les Têtes Raides, tant la voix du chanteur évoque par moment celle de Christian Olivier. L’autre reprise, c’est carrément Gulliverte d’Anne Sylvestre, dont ils assurent découvrir la présence ce soir non seulement dans la salle, mais aussi dans le jury… Pas démontés pour autant, ils lui assurent en préambule que leur version sera meilleure que la sienne : éclat de rire général, dans la salle et de l’intéressée !

François Puyalto (DR)
François Puyalto (DR)

Retour sur scène de François Puyalto, en solo cette fois-ci et une introduction a capella plutôt gonflée, accompagné simplement de claquements de mains… La chanson de Michèle Bernard, ça sera Les vieux, les enfants, un petit bijou d’écriture, avec son accompagnement tout en sobriété sur une belle basse électrique Fender. La voix est belle et souple, un peu dans le registre de Sacha Distel (oh, ça va.. !) ou du regretté Jean-Michel Caradec, pour vous donner une petite idée, facétieux Enlecteurs… Enfin, l’occasion d’une très belle redécouverte, celle du Couteau, ce poignant titre libertaire de Théodore Botrel, titre déjà repris par Melaine Favennec (dans le coffret Anthologie de la Chanson française / La Tradition, chez EPM).

Inès Desorages (DR)
Inès Desorages (DR)

La toute jeune Inès Desorages, découverte sur cette même scène il y a peu, se présente à nous avec son nom qui sonnerait presque comme un nom de scène, mais non. Seule à la guitare, un peu malhabile mais desservie aussi par quelques petits problèmes techniques, elle est sans conteste de la soirée celle qui a le moins l’habitude de la scène. Cela dit, la voix est agréable, claire et limpide, avec une petite façon de sembler hésiter sur les fins de phrases qui fait que l’on tend un peu plus l’oreille et l’attention à son propos. Son titre personnel, Johnny, est fort bien écrit et n’est pas sans évoquer une plume souchonienne…

Romain Lemire (DR)
Romain Lemire (DR)

Le longiligne Romain Lemire nous emmène à son tour dans son univers poétique au couleur du barde de Natashquan. C’est en effet par deux très beaux titres de Gilles Vigneault qu’il attaque son set, deux titres extraits du spectacle qu’il tourne en ce moment, spectacle dédié à cette grande figure de la chanson francophone d’outre-Atlantique. Ce n’est sans doute pas un hasard si le gaillard porte un improbable pantalon pied-de-poule à la couleur indéterminée, hommage discret sans doute à la garde-robe vigneaulienne, modèle 1972… Vêtue avec plus de sobriété, impériale au clavier, Marylou Nezeys orne avec style et brio de bien belles envolées textuelles, comme sur Rue de Paris, un exercice de style fort réussi.

Lou (DR)
Lou Casa (DR)

Lou Casa vient conclure en solo cette riche soirée, dépliant sur scène sa grande carcasse et la déployant en majesté pour atteindre à une épure presque éthérée. Brel, puis Barbara, se prêtent à merveille à cette interprétation un peu théâtralisée, tout en tripes et en sensibilité. La présence, le grain de voix font un peu songer à Dominique A., et on se laisse surprendre quand sur Salalmwambilow (à répéter 30 fois très vite en cas de hoquet), il prend des accents de griot blanc sur une belle litanie quasi capverdienne…

Vous l’aurez compris, perspicaces Enlecteurs, le niveau des candidats est cette année à la hauteur de nos espérances, et Roxane Joseph, inflexible maitresse à bord du Centre de la Chanson après Dieu qui, rappelons le, non seulement n’existe pas mais de surcroit est mort, avait beau jeu de préciser que choisir c’est renoncer… Un vrai déchirement, donc, de n’envoyer que deux de ces artistes en finale lundi prochain, mais c’est ainsi. Allez, je vous le dis : après d’âpres délibérations, ce sont Lou Casa et From & Ziel qui rejoindront à la Maison de la Poésie Jules Nectar, Chouf, Gérald Genty et Olivier L’Hôte. On pourrait, et je ne vais pas me gêner, déplorer le manque de représentation féminine dans cette sélection, mais vous savez ce que c’est, on commence comme ça et après elles demandent le droit de vote… Quoi qu’il en soit, ces messieurs ont intérêt à assurer, et nous serons bien sûr là pour nous en faire écho.

Mais demain est un autre jour…

 

On lira nos autres articles (et leurs précieux commentaires) sur Vive la reprise 2014. C’est ici et ici. Les liens vers les artistes : From & Ziel, Alexandra Gatica, Dany Buckton Trio, François Puyalto, Inès Desorages, Romain Lemire et Lou Casa.

 

(*) Note aux téméraires qui auraient sauté directement ici, remontez immédiatement reprendre le cours normal de la lecture, non mais..!

 

Tags : Alexandra GaticaDany Buckton TrioFrançois PuyaltoFrom & ZielInès DesoragesMichèle BernardNouvellesVive la reprise 2104
Patrick Engel

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Commentaires 1

  1. Norbert Gabriel says:
    il y a 12 ans

    Le hasard qui est du genre masculin – comme Dieu qui n’existe pas, mais pour le genre, on sait pas vraiment – s’arrange toujours pour faire son intéressant, et il a donc choisi des finalistes masculins pour MichèlE Bernard… Le hasard serail-il un chouilla misogyne?

    Reply

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