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Off Avignon 2026, Ludivine Faivre : chanter juste

deAgnès André
14 juillet 2026
dans En scène
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Ludivine Faivre en trio à L'incongru ©AgnèsAndré
Ludivine Faivre en trio à L’incongru ©AgnèsAndré

Avignon, L’Incongru, 10 h, 11 juillet 2026

 

Nos Enchanteurs l’avait découverte en 2025 à Mouhet, nous la retrouvons en 2026 dans Avignon surchauffée. Non à l’Arrache-Cœur, mais dans ce petit théâtre qui porte bien son nom — L’Incongru, où c’est passer sans ambages de la lumière de la grand-place aux sièges dans le sombre.

Mais fi du théâtre ! Dès les premiers mots, nous sommes ailleurs que sur scène : voilà que nous atterrissons dans l’appartement de « ce vieux garçon » où la mère fait des ménages, où la fille l’accompagne ; jusqu’aux odeurs, tout est sensible. « C’est là que j’ai connu mon premier rendez-vous avec Georges et ses amourettes », confesse-t-elle.

Cette entrée en matière donne le ton : ses chansons sont des petites scènes de vie, des portraits, des prénoms. Des chansons de facture classique, dirons-nous, mais nous aurons un peu tort, car tout y est classiquement neuf, tel ce fantasme du facteur classique (La complainte du facteur) dont la métaphore filée rondement menée, est philatéliquement savoureuse — et la fin inopinée ! Espiègle certes, mais Ludivine Faivre observe toujours ses personnages — nos tristesses et nos joies — avec grande justesse. 

Ludivine Faivre Benoît Chabot ©Agnès André
Ludivine Faivre Benoît Chabot ©Agnès André

Oui, tout est là juste, sensible et fort, fait avec conviction. La joie affleure dans les lieux les plus durs et les désirs dans les mots les plus crus. Mais rien n’est cru ou à croire puisque tout sonne vrai. Ludivine chante des envies avortées (Maeva), des fardeaux à porter (J’m’appelle Paul), des sentiments partagés (La symphonie authentique). De l’inavouable avoué aussi : « Un jour où j’avais le feu au cul / pardonnez-moi, c’est incongru ! », face à ce fameux facteur. Et bien sûr de l’amour, l’amour qui se prend dans les jambes (d’un de ces Jules volatiles) et qui pourtant sait prendre de l’altitude : « La seule chose qu’on demande au Jules, c’est que le temps d’un instant il nous cueille en plein vol ».

Un chapeau, une coupure de journal illustrent ces fêlures et ces battements de manière sobre et lumineuse ; les intermèdes laissent la place au poème — des mots, les siens, ceux d’autres soigneusement choisis tissant le fil, sans trop serrer le sens. Faut-il en dire plus que les chansons elle-même ? Oh, il y a là soudain un poème qui passe devant « et qui fout le camp ». Peut-être l’emporte-t-on avec nous aussi, ces quelques mots, tandis que Ludivine « appuie sur une rime », « cueille les sons », « accueille les dissonances » (J’écris). Ces sons, ces instrumentations, apportent juste ce qu’il faut — la trompette soulignant l’amour déçu, un chant d’oiseaux sifflant un rêve encagé. Sans oublier la guitare (Guillaume Charret) et un trait d’accordéon (Benoît Chabot *) qui, généreux soulignent le propos, rendent l’émotion légère ou grave, la soutiennent, la déplient.

C’est ainsi qu’elle nous emporte Ludivine, même dans des rimes suivies plus pop (L’Apothéose), avec toute sa rage joyeuse (Boum) dite avec la grâce des paillettes qui ornent son col à angles aigus. Un concert absolument nécessaire en ces temps où d’autres rages règnent, les chansons d’une artiste qui sait nous chanter si justement.

 

Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Ludivine Faivre, c’est là. Son site, c’est par ici.

Ludivine Faivre joue à L’incongru, 56 rue de la Bonneterie (face aux Halles),  jusqu’au 25 juillet (sauf le dimanche), à 10 h. * À partir du 16, c’est Phil Bouvier qui prend la relève.

« La complainte du facteur »  

« Les jambes de Jules »  

Teaser spectacle « Emporte-moi »  

Tags : FestivalsLudivine FaivreNouvellesOff Avignon 2026
Agnès André

Agnès André

vit, écrit, traduit à Veynes. Un lieu qui l’a menée à la chanson et à parler au passé surcomposé. Elle aime Gaston Miron, Dorothy Parker, les poireaux et la chanson des bonbons de Jacques Brel. Sa recherche ultime n’est pas celle du temps perdu mais du mot juste.

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Dans l'anthologie des chansons carrément puantes, celle du « Rital » Claude Barzotti, La France est aux français, vaut son pesant d'or. On la trouve sans mal sur les moteurs de recherche, y compris chez les néo-nazis et les bleus Marine (cf partisansmarine.com, site qui affirme même à tord que Barzotti aurait fait de la prison pour cette chanson, alors que les rappeurs sont laissés en liberté [on connaît la chanson!]...). Jamais commercialisée, a priori jamais interprétée en scène, cette chanson immonde ferait partie d'une comédie musicale, Les Nouveaux Nomades, écrite par Barzotti en 1999, à ce jour jamais montée. Mais pré-enregistrée comme vingt-sept autres chansons de cette comédie musicale où il y aurait neuf personnages : des bons, des gentils et des crapules. C'était le rôle d'une des crapules d'interpréter cette chanson. Reste que l'enregistrement s'est fait la malle et se balade sur la toile, un peu comme les enregistrements malencontreusement perdus de Patrick Buisson. Cette chanson vit sa vie autonome, désormais pièce de choix de l'anthologie des chansons d'extrème-droite. Et de la droite extrème. Pour s'en faire une idée, un simple extrait :

Vous êtes toujours là
A rôder comme des rats
Toujours à trafiquer
A rien faire, à traîner
Vous polluez la France
Et c'est qui, qui finance ?
Chômedu et RMI
Ça sort d'la poche à qui ?

De la poche à Ducon
Et Ducon il en a marre
D'entretenir les p'tits cons
De payer leurs pétards

Barrez-vous, cassez-vous
Retournez donc chez vous
Vous foutez la pagaille
Il n'y a plus de travail
Barrez-vous, cassez-vous
On a déjà donné
Du balai, du balai
La France est aux Français
Aux Français !
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