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Aldo Campo, le géant discret

deCatherine Laugier
27 mai 2026
dans Artistes, Catherine Laugier, Hommage, L'Équipe, Lancer de disque
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Aldo Campo en 2018, compte facebook
Aldo Campo en 2018, compte facebook

Il y a 6 ans, le 26 mai 2020, disparaissait Aldo Campo, artiste multiple oh combien, après une lutte longue et discrète – il donnait ses concerts jusqu’à Paris entre deux séances de traitement – contre ce qu’on qualifie de longue maladie. Scénariste, poète, auteur de théâtre et de chanson, chanteur à la belle voix grave, doué de talent de comédien, amateur de rugby et de peinture, chroniqueur à la plume alerte, (im)pertinente et poétique, il était l’auteur de billets d’humeur satiriques et incisifs en fin observateur de notre Société. Après avoir vécu longtemps à Bordeaux, il vivait à Andernos dans la maison d’architecte conçue par son propre père. 

Passionné de chanson, Gainsbourg, Vian, Ferré, et tout particulièrement Nougaro, à qui il  a consacré deux spectacles hommages, Nougaro-gare en 2004 et Flambant neuf en 2013, avec le musicien Michel Duvet, dans le duo La nuit tous les chats. Ce « Nougaro émoi » mêlait des intermèdes poétiques aux chansons du toulousain choisies parmi les moins connues. Comme Façon Chaplin ou Chanson pour Marylin qui lui permettait aussi d’assouvir sa passion pour le cinéma, qui lui à fait également créer tout un spectacle en hommage à François de Roubaix. Mais Aldo Campo était aussi l’auteur et le compositeur de ses propres chansons, quand il ne laissait pas la musique à Michel Duvet.
Ce dernier, avec ses proches a réuni à titre posthume vingt ans de créations pour en faire cet album de dix huit titres « à contre courants ».
On y retrouvera ce texte de présentation de Nougaro-émoi qui ressuscite l’âme de Nougaro « jongleur de mots qui brillent », Comment sauter du Toc à l’âme.

Beaucoup d’hommages, un Song for Roger (Hodgson, de Supertramp), ce Drôle de mec  à Serge Gainsbourg, ou à Scott Fitzgerald ce Long Island, où flotte encore l’âme du « Great Gatsby » énamouré  / De sa Daisy désirée ».
De la dérision sur un air très jazzy, accompagné d’un sifflement mélodieux « Tout va bien ce matin / On tue toujours partout autant / Moi j’m’en lave les mains » – sachant que la majorité des titres ont été enregistrés en 2003, ça ne nous donne pas d’optimisme pour l’avenir.
D’ailleurs sur Tous vos restos m’écœurent, diatribe acérée contre ces « baladins repus qui délivrent pitance / À tous ces chiens battus qui n’aboient plus de peur / Qu’on vide leur gamelle », on ne peut qu’être frappé par la ressemblance avec Jean Guidoni dans sa façon de chanter, et avec ses meilleurs auteurs pour la virulence du propos. Un oxymore musical que ce tourbillon accordéoné invitation à la danse, qui le rappelle encore.

Des instrumentaux, l’introduction en prélude, l’hommage à François de Roubaix, ou celui « À Tatie Nini », ce ¡No pasarán! de résistance anti fasciste d’abord lancé contre Franco. En référence à ce  quartier de Bordeaux, la « Petite Espagne » qui abrita nombre de réfugiés républicains espagnols.

CAMPO Aldo La nuit tous les chants à contre courantsMais Aldo, ce sont aussi des chansons qui chantent  l’amour sous toutes ses formes : d’une plume aussi poétique que sensuelle « Je suis l’abeille qui fait l’autre ruche / Et qui butine la plume d’oie / J’aime que les miches de ma douce / Baignées d’aurore en bord de couette » ou « enivré, d’alcool de palme d’immensité » par sa Vahiné. Capable aussi d’imaginer, chantée dans un superbe duo avec Françoise Moulineau, « cette fille [qui] portait toujours sur elle un parapluie », et qui Peut-être ?
Un amour qui ne se passe pas toujours bien : jalousie et voyeurisme, « cauchemar aux insomnies de mon café noir », aléas en tous genres déclinés sous forme de point-virgule avec une incroyable virtuosité, in cauda venenum : « Rien n’est moins sûr j’vais faire le point ». Car Aldo Campo est un magicien des mots. Mais aussi de notes, telle cette  mise en musique du Je hais les haies de Raymond Devos, qui devient un poème de l’absurdité d’un monde, barricadé de murs et de barrières. 

Avec cette voix qui s’accentue parfois comme son préféré, Claude Nougaro, sans jamais l’imiter, capable aussi de susurrer à votre oreille un poème d’E. Armand sur les Quais de Bordeaux, Rêverie, tel un cousin du  Brauquier de Marseille. 

Pourquoi cet enregistrement d’il y a vingt ans n’a-t-il pas donné lieu plutôt à un album ? Peut-être parce qu’Aldo Campo préférait avant tout la scène. Quitte à « se battre férocement et vaincre l’indifférence à chaque seconde (…) Chez moi, c’est délibérément provocateur, on me prend comme je suis. Ou on me jette, au choix. » (1) L’album est un vrai trésor, avec ses textes, ses photos discrètes, toute une vie trop courte « intense, généreuse, lumineuse », nous dit Michel Duvet, son ami de 35 ans de vie. Quand certains titres restent en piano-voix, d’autres sont accompagnés par une palanquée de musiciens talentueux, de l’accordéon aux guitares et de la flûte traversière aux saxos.

Aldo Campo n’ignorait pas la mort « Un jour ou l’autre la vie nous somme / D’aller illico faire un somme / Du côté du crevatorium », c’était l’humour noir du Serment du Jeu de Psaume. « Pour que cette nuit soit douce / Que ton sommeil soit profond », écrivait-il  (Jusqu’au petit matin) Mélodie Campo, sa fille,  lui répond par ce texte du livret : « J’espère que t’es bien, peinard, que tu veilles ceux qui restent ». « Le ruisseau du sang d’encre et de sanglots s’écoulent », mais les poètes ne meurent pas. 

(1) Blog Agora Vox, janvier 2010, à l’occasion d’une rencontre avec Roger Pierre en 2005.

Aldo Campo, La nuit tous les chats, à contre courants…, autoproduit,  2023. Le compte facebook d’Aldo Campo est toujours là. Les pages facebook Nougaro Émoi (pour ses magnifiques poèmes de présentation), et La nuit tous les chats (pour commander l’album) sont toujours disponibles. Ce que NosEnchanteurs a déjà dit d’Aldo Campo, c’est là.

« Song for Roger », version 2014 

« Drôle de mec », version 2014 

« Tous vos restos m’écœurent », version 2011 

Tags : Aldo CampoMichel DuvetNouvelles
Catherine Laugier

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