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Louise O’sman : en temps utile

deAgnès André
10 avril 2024
dans Agnès André, En scène, L'Équipe, Lancer de disque
2
Louise O'sman trio Photos ©Agnès André
Louise O’sman trio Photos ©Agnès André

6 avril 2024, Le Petit-Duc, Aix-en-Provence

 

Louise O’sman s’adonnerait-elle désormais à l’hypnose ? Basse bourdon, chœurs en réverbération, et la voix en demi-tons, orientale qui laisse place à la voix, parlée :

 

C’est le temps de ces heures closes
où l’on est si peu de choses
et pourtant

l’infini.

Un concert qui s’ouvre sur le poème et les sons obsédants lancés par Alexis Campet au clavier et Jérémie Schacre à la guitare électrique ; des voyelles et le temps qui s’allonge ; et le temps…suspendu. Ou plutôt : le temps qui « se balance tranquille / dans l’air qui s’est fendu ». Une entrée en matière-clepsydre qui a de quoi nous désheurer, où les mots prennent ad litteram leur temps, clairs, tranquilles.

À L’heure d’été, titre de ce trio, de ce nouvel album de Louise O’sman. On reconnait dans les nouvelles chansons de ce deuxième opus, le don de l’autrice-compositrice-interprète à peupler les lieux de ses images, sa façon d’embrasser les éléments depuis haut, et son goût pour le « troisième degré », ainsi qu’elle le nomme : L’heure d’été n’a rien de l’extravagance solaire de la saison chaude mais tout des jeux d’ombres lorsque l’heure s’allonge — ô mes peines parfois si douces / qui recouvrent mon cœur de mousse / dans les bois des hautes futaies.

Osman_4242 © Agnès André 850x567Ce sont de petites berceuses pour blessures plus ou moins grandes – l’indifférence de chaque matin, la béance de ton cœur – où l’on croit y sentir, par petits moments, un élan à la Lise Martin, une ritournelle à la Anne Sylvestre. On reconnait aussi sa façon qu’elle a bien à elle de lier les syllabes, comme si elles s’enroulaient. On reconnait enfin sa façon d’apporter sa respiration à l’accordéon, de se lover alors dans le sourire.

Les intermèdes pour présenter les chansons sont rares, comme s’il ne fallait pas briser le sort, briser la musique qui se déploie (la présence discrète et entière – regards discrets, mots chuchotés – des deux musiciens y est pour quelque chose). C’est l’hypnose sans le sommeil, ou comme dirait Michaux : façons d’endormi, façons d’éveillé.

Osman_4250-233x350 ©agnes AndréOsman_4253-233x350 ©agnes AndréRéveil : la belle échappée du cœur lorsque le battement (main d’Alexis Campet contre peau de la caisse claire) s’accélère et que le texte se fait slamé, que les rythmes prennent des contours africains : « Portons nos âmes ». Et palpite. « Trébuchant sur la virgule / du temps, qui attend ». Silence de la voix. Urgence de la voix : « Enfourchons son aiguille furibonde / Comme on ferait le tour du monde / Cueillant chaque seconde / Comme un bouquet de thym / Et que s’il ne s’arrête / Le temps pour être honnête / Ne s’énonce que de temps en temps ». Et palpite. Et surprend joyeusement dans cette langoureuse heure d’été qui parfois flirte avec mélancolie anodine d’automne. Des sanglots longs, d’ailleurs — curiosité — arrangés à la napolitaine par la guitare de Jérémie et soupirs-accordéon (ce qui vient nous happer quand l’image résonne moins). Louise O’sman trio nous en accorde une deuxième, pulsée, Qu’on se ressemble, pressée par une basse rebondissante, caressée au bendir. Sa mise en musique enfin d’Où vont les chevaux quand ils dorment : rock. Toute en arrachées électriques et de pauses vocables, cette interprétation aurait presque un petit goût de Nicolas Jules…

Osman louise 2024 L'heure d'été 500x500Je me souviens d’une poète qui disait que, la musique, certaines musiques, desserrent le cœur, ouvrent la poitrine. « Music expands the chest »1, et l’on respire. Voilà qui pourrait bien décrire le nouveau concert de Louise O’sman : et l’on respire. Dans « l’heure qui s’allonge / à l’insu du monde qui s’arrondit ». En temps utile et essentiel : celui du poème.

 

 1 Ada Limón dans The New York Times Poetry Podcast, 20 mars 2024.

Le site de Louise O’sman, c’est ici.  Ce que Nos Enchanteurs a déjà dit de Louise O’sman, c’est par là ! 

Louise O’sman, L’heure d’été, Néomme, 2024

L’heure d’été fête sa sortie à Paris le 30 avril 2024 au Zèbre de Belleville, en compagnie de l’ubiquiste David Lafore et du génie (punk rock) du mandoluthe Hakim Hamadouche. Le samedi 13 avril Louise O’sman sera au Café Plùm à Lautrec,  toutes les autres dates de concerts sur son site.

« L’heure des lys » 

« Où vont les chevaux quand ils dorment » 

 

 

Tags : Le Petit DucLouise O'smanNouvelles
Agnès André

Agnès André

vit, écrit, traduit à Veynes. Un lieu qui l’a menée à la chanson et à parler au passé surcomposé. Elle aime Gaston Miron, Dorothy Parker, les poireaux et la chanson des bonbons de Jacques Brel. Sa recherche ultime n’est pas celle du temps perdu mais du mot juste.

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Commentaires 2

  1. Daumas Christian says:
    il y a 2 ans

    Bravo Agnès André pour ce si beau compte-rendu du concert de Louise. Vous rendez par vos mots toutes les émotions que suscite l’Heure d’Eté voulu par cette magnifique artiste. Louise O’sman est, à mes yeux et oreilles une artiste incomparable. Je suis en admiration et hypnotisé éveillé de bonheur par votre récit et vous remercie d’avoir ainsi auréolée Louise O’sman, Alexis et Jérémie, un trio d’alchimistes créateurs d’élixir de bonheur!

    Reply
  2. Agnès André says:
    il y a 2 ans

    Merci Christian Daumas, votre commentaire me réjouit ! J’espère que cette chronique fait également écho à vos ressentis de concert, mais il semble bien que oui…. Au plaisir !

    Reply

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